Agora du Management
Continuons le débat ! Définissons pour clarifier ! Dialoguons pour construire !
Mon article La simplicité, clef de la pensée ?, s'interrogeait sur les principes d'un livre mentionné par Gilles sur Zone Franche : Made to stick. Dans son article L'élégance de la simplicité, va plus loin dans la réflexion et appelle de fait certains commentaires.
Nous ne sommes pas si loin dans nos approches et j'en veux pour signe cet extrait du livre La philosophie pour les nuls que j'apprécie tout particulièrement :
Platon pensait que l'esprit de n'importe qui, fût-il esclave, contenait déjà tout le savoir possible, le travail de dialogue consistant dès lors à le mettre au jour. Descartes écrivit son discours de la méthode en français et non en latin, la langue savante de l'époque, de manière à être compris même des femmes. Leibniz, qui fut avec Newton le cerveau le plus productif de son temps, se faisait fort d'expliquer les grandes lignes de sa pensée (pourtant complexe) à n'importe quel honnête homme de son temps en un quart d'heure.
Une pensée n'existe vraiment que si elle est comprise, ce qui semble être l'approche des frères Heath (dont je n'ai toujours pas lu le livre "Made to stick" qui ne semble pas disponible en France sauf à le commande outre-Manche/Atlantique ; à moins d'une autre piste de Gilles).
Par ailleurs, il m'est arrivé de regretter l'inacessibilité de certaines pensées du fait d'un langage trop érudit ou hermétique (Whitehead, Deleuze, Gilbert Durand...) ; je m'efforce de continuer à essayer de percer leur contenu car il y a un je-ne-sais-pas-quoi de différence dans leurs visions.
Mais peut-être, est-ce parce que les philosophes modernes et contemporains n'ont pas su établir un message simple que les philosophes grecs semblent autant d'actualité ?
Ces prémisses étant posés, j'apporterai quelques remarques afin d'affiner mon idée qui soit est mal exprimée soit tout simplement simplette.
Voici donc le passage que je souhaite tout particulièrement approfondir :
Et là, mon lecteur, qui n'a pas lu le livre, est intrigué par cette règle. Il mélange dans son commentaire simplicité et idée simple, point que mettent justement en évidence nos deux auteurs ...En effet, pour tous ceux qui pensent bien, la bonne pensée, c'est la pensée compliquée - eux, ils diront complexe, c'est plus chic- celle qui n'est pas accessible à l'idiot moyen, mais réservée à une élite, qui comprend. Alors que la simplicité, on le sait bien, c'est l'affaire des imbéciles, ceux à qui il faut cacher les choses importantes, à qui il faut parler comme à un débile mental.
Il est vrai que certains managers se positionnent dans un cercle élitiste, dénigrant ainsi l'intelligence de leurs équipes. Gilles utilisent une analogie particulièrement réussie :
D'où la tendance de certains dirigeants et managers à adopter ce type de communication : je t'explique, mais n'en demande pas trop, et je ne te dis pas tout, tu ne comprendrais pas (laisses moi être ce magicien d'Oz avec ses mystères..).
Il faut lire son article sur le syndrome du magicien d'Oz.
Néanmoins, je ne pense pas encore être atteint de ce syndrome (même si parfois, lorsque la répétition et la reformulation échouent...).
Tout d'abord, revenons à une différence qui m'est chère : complexe et compliqué ; il ne s'agit pas là d'être chic ou non.
Pour rappel, "complexe" vient du latin complexus, d’un verbe qui signifie embrasser, englober. J'utilise la notion de complexité pour faire référence à la globalité d'un système et ses interactions ; la complexité implique pour l'observateur : flou et imprécision, aléa et instabilité, ambiguïté, incertitude et imprévisibilité.
Pour faire simple, est complexe un système où le battement d'aile d'un papillon à Pékin contribue, de manière imprévisible, à une tempête sous les tropiques.
Et le compliqué ? Il faut juste de la patience, de la rigueur et de la méthode (des savants de la systémtique diraient : tant qu’ils sont pratiquement et exhaustivement dénombrables on sera en présence d’un système compliqué (ou hypercompliqué), dont un dénombrement combinatoire pourrait permettre de décrire tous les comportements possibles (et par là de prédire son comportement effectif à chaque instant dès que la règle ou le programme qui les régit est connue).
Autrement dit, le compliqué se démêle ; le complexe ne peut être appréhendé ; en tous cas par le point de vue d'un seul individu.
Dans son livre La Méthode, volume I, Edgar Morin écrit d'ailleurs :
La compexité s'impose d'abord comme impossibilité de simplifier ; [...] La complexité n''est pas complication. Ce qui est compliqué peut se réduire à un principe simple comme un écheveau embrouillé ou un noeud de marin. Certes, le monde est très compliqué mais s'il n'était que compliqué [...] il suffirait d'opérer des réductions bien connues [...] [Ce] type de réduction, absolument nécessaire, devient crétinisant dès qu'il devient suffisant, c'est-à-dire prétend tout expliquer.
Sur la base de cet extrait d'E. Morin, je dirais que le vrai problème n'est donc pas de ramener le complexe à des messages simples mais de faire de ces messages simples, des règles absolus, inébranlables. Voilà donc où pourrait se trouver mon inquiétude.
La simplification est bien nécessaire comme clef de compréhension et de communication. Elle peut devenir dangereuse si l'esprit critique ne s'exerce pas.Au-delà, l'idée d'ajoindre des anecdotes à la simplification rejoint tout à fait une vision que j'exprimais dans mon article L'éléphant et les aveugles - ouvrir les possibilités de sens.
Il va falloir maintenant me prêter ce fameux livre afin de poursuivre le débat ;-)
Cependant il arrive plus souvent que les jargons excessivement complexes, ou à la mode, masquent (mal) un manque de fond, ou la tentative de prendre le pouvoir sur l'autre en l'embrouillant. L'effort pour rendre notre expression fluide, "simple" en un certain sens, même si le sujet traité mérite la nuance, voilà qui me paraît la politesse des meilleurs penseurs.
Mais je renonce pas et j'en veux pour preuve mes deux dernières acquisitions : un DVD, l'abécédaire de Deleuze (un ami me l'a recommandé car l'écoute, par le jeu de la voix, accroche plus facilement ; il s'agit en fait de mon cadeau d'anniversaire) et un livre tout récent (publié en janvier 2007 et acheté ce matin à la FNAC) : Gilles Deleuze, une introduction par Arnaud Bouaniche, Ed Pocket La Découverte, collection Agora.
Si ces deux "outils" sont efficaces, vous devriez voir un peu plus de références à Deleuze, et peut-être avec l'aide de Marc ;-)
(il est nécessaire de disposer de power point pour visualiser le document)
En voici un extrait :
La simplicité en 10 lois et trois clefs :
1. Réduction : pour atteindre la simplicité, le mieux est la réduction méthodique
2. Organisation : avec de l’organisation, un ensemble composé de nombreux éléments semble plus réduit
3. Temps : en économisant son temps, on a le sentiment que tout est simple
4. Apprentissage : la connaissance simplifie tout
5. Différences : la simplicité et la complexité ont besoin l’un de l’autre
6. Contexte : ce qui se trouve à la périphérie de la simplicité n’est absolument pas périphérique
7. Emotion : mieux vaut plus d’émotions que moins
8. Confiance : dans la simplicité, nous avons confiance
9. Echec : certaines choses ne peuvent jamais être simplifiées
10. Loi cardinale : la simplicité consiste à soustraire ce qui est évident et à ajouter ce qui a du sens
Et 3 clés à ajouter :
• Au loin : plus semble moins si l’on s’en tient éloigné, très éloigné
• Ouverture : l’ouverture simplifie la complexité
• Puissance : se servir de moins, en tirer plus.
Ce livre est disponible sur amazon.fr, où je l'ai reçu en une semaine.
Peut être aussi chez Brentano's, avenue de l'Opéra ?
(Tout ça est de l'info gratuite, je ne touche rien ni sur l'un ni sur l'autre).
Juste pour éviter toute déception : ce n'est pas le niveau de réflexion d'Edgar Morin;
Mais c'est vrai que ces six règles sont faciles à retenir et convaincantes (le livre les applique directement, et nous "stick"...)
ça ressemble plutôt à cet ouvrage de Malcolm Gladwell de l'année dernière, "The Tipping Point", qui parlait déjà de "stickiness" des idées, et que les auteurs disent avoir voulu prolonger (pas bêtes, vu le succés de ce livre de Gladwell).