Agora du Management

Comme je l'ai mentionné dans l'introduction de mon blog, il sera intéressant, d'un point de vue philosophique, de passer en revue les différents "concepts" rencontrés dans l'entreprise

La première notion que j'ai souhaité aborder est celle de "client".

 

Le mot "client" vient du latin cliens, -entis "protégé d'un patronus". Au-delà de l'étymologie classique du dictionnaire, Michel Cavey (http://michel.cavey-lemoine.net/article.php3?id_article=27) remet la notion de cliens dans son contexte historique : "Dans la société romaine, il arrivait qu’un homme libre en difficulté financière vînt se placer sous la protection d’un homme plus aisé ; il devenait alors cliens, et son protecteur était le patronus. Le client devait servir son patron auprès des autres, en échange de dons en nature ou en espèces (sportula). Le client venait chaque jour effectuer sa salutatio matinale, au cours de laquelle il recevait sa sportula. Ensuite il accompagnait son patronus au forum : l’importance du patronus se mesurait au nombre de ses clientes. En échange de la protection de son patronus, le cliens avait un devoir, qui se nommait la fides.(…) Le terme patronus est directement issu de pater : il s’agissait, dans le système au fond clanique de la société romaine de permettre à certains, trop pauvres, trop seuls ou même tout simplement étrangers, de s’associer à un clan plus puissant. Le mot de cliens désignait donc un état de dépendance volontaire, et le système féodal procéda de cette construction"

 

A la lecture de cette définition, on retiendra différents traits, caractéristiques de la relation entre cliens et patronus :

 

- il s'agit d'une relation de sujétion, le cliens servant le patronus ;

 

- le cliens est dans une situation d'échec ;

 

- le cliens se met dans un état de dépendance volontaire ;

 

- la relation a une forte dimension financière ;

 

- l'importance, l'image du patronus est mesurée à son nombre de cliens.

 

La relation cliens-patronus se retrouve aujourd'hui dans l'entreprise dans la relation client-fournisseur ; dans cette dernière, on retrouve encore certains traits :

 

- L'idée d'un état de dépendance volontaire : en dehors des cas de monopole, le client entre encore volontairement en relation avec le fournisseur ; néanmoins, le degré de dépendance n'est pas aussi nécessairement aussi fort qu'à l'époque romaine ; ainsi, le client sera d'autant plus dépendant du fournisseur que le service/produit qu'il achète sera nécessaire à l'existence du client ; néanmoins, contrairement à l'époque romaine, cette dépendance n'est pas le constat d'une situation d'échec ;

 

- Le fournisseur gagne en image et en crédit si ses clients sont connus et renommés.

 

- La relation continue à reposer sur un échange d'argent.

 

Ma dernière formulation révèle d'ores et déjà une évolution de la relation : d'une relation de sujétion à une relation d'échange ?

 

En échange de son service, le fournisseur reçoit du client une somme d'argent ; à l'époque romaine, le client recevait la somme d'argent.

 

Aujourd'hui, on entend souvent des phrases du type "Le client est roi" ; cela révèle donc le maintien d'une relation de sujétion. Toutefois, la relation s'est inversée : le fournisseur est au service du client. ; sur ce seul point, on peut considérer que le client est devenu le patronus. Mais cela n'est pas si simple ; car aujourd'hui le fournisseur bénéficie de la fidélité de son client, le fides du cliens (http://fleche.org/lutece/ : fides, fidei, f. - 1 - : foi, confiance, loyauté, véracité, conscience, promesse, serment, parole d’honneur, protection, patronage, assistance, croyance, créance).

 

A l'occasion de cette première étape, il ressort que la notion de "client" est étroitement liée aux notions de sujétion, de dépendance, de fidélité, de confiance, d'argent, d'image, de renommée,…

 

Dans mon prochain billet, je développerai cette analyse.

 

Lun 17 avr 2006 2 commentaires
Bonjour, Bon article ou plutôt bon début. En effet, il me semble parfaitement décrire le côté historique que vous voulez placé en contrepoids avec la situation actuelle. Très bonne idée mais inachevée. Je comprends l'heure tardive a du vous restreindre. Voilà la raison invoquée. Ma méthode de travail est tout autre. Quand elle n'est pas trop affublée du côté exclusivement "actuel", certains de mes articles sont préparés des mois à l'avance et se complètent au fur et à mesure. Je vous sens assez proche de ma manière d'écrire. Par comparaison, si vous en avez le temps allez jeter un coup d'oeil du côté de Swan (comme dit la chanson) à l'adresse http://vanrinsg.hautetfort.com/archive/2006/03/03/le-mal-au-blog.html
Un autre point, puis-je vous inciter à vous "montrer" un peu plus sur la page 'A propos'. Un peu de texte vous décrivant serait bien venu.
Bonne continuation.
A+
L'enfoiré - le 19/04/2006 à 00h45

Bonjour, votre blog est trés interessant, j'aimerais avoir votre avis sur un sujet.


En effet, j'écris un mémoire de fin d'étude sur la fidélisation client et l'assistanat en marketing B to B.....C'est à dire, sur les entreprises qui fidélisent par assistanat pour développer un lien de dépendance.


Je suis partie sur des définition de psycho mais j'ai du mal à faire le lien !


Peut être  pourrez vous m'aider.


Merci !!

carole - le 14/06/2006 à 15h36
Votre question soulève des points intéressants ; je vais essayer de rédiger un peu article autour votre problématique, en espérant que cela vous aidera.
Damien