
Aujourd’hui, je vais vous faire part
de quelques actualités suite à la parution du dernier numéro de
Philosophie Magazine, n°14 du mois de novembre 2007 ; quelques thèmes intéressants
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Le bonheur sur mesure (avec une question plus particulière sur le bonheur comme objet de l'économie ou de l'entreprise)
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L’entreprise est-elle inhumaine ? (autour du film de Nicolas Klotz, La Question Humaine)
Au-delà, la revue fait part de certains événements :
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Une journée de l'UNESCO sur les nouvelles pratiques philosophiques, le 14 novembre à Paris.
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Les CitéPhilo du 8 au 26 novembre à Lille sur les formes.
Pour chacun de ces deux événements, vous trouverez ci-dessous quelques points que je souhaite porter à votre attention :
L’UNESCO organise à Paris une journée, le 14 novembre, suite à la publication d’un rapport sur les nouvelles pratiques
philosophiques ; au-delà de la contribution de
Michel Tozzi, l’auteur du très utile « Penser par soi-même », le rapport présente quelques
intéressantes réflexions, dont une plus particulière sur l'entreprise ; son titre, « Philosopher, une école de liberté » amène à s’interroger sur la nécessité,
le rôle de la liberté au sein de l’entreprise : pourquoi apprendre à être libre en entreprise ?
Ci-dessous, un extrait relatif à la philosophie en
entreprise (page 167 du rapport) :
La philosophie en entreprise
La philosophie en entreprise est à la fois un lieu, mais aussi une modalité spécifique ainsi qu’une raison d’être différente de l’activité philosophique. Ce peut être un atelier ouvert aux
employés dans le cadre des activités organisées par un comité d’entreprise, ou alors, cela fait partie des activités de formation de l’entreprise, ce qui devient alors un cas de figure
différent puisque c’est l’entreprise qui détermine l’intérêt de cette activité : elle conseille à ses employés d’y participer ou les y oblige. Il existe plusieurs motivations: la formulation de
valeurs d’entreprise, l’apprentissage du travailler en commun, l’activité de détente, ou encore la consultation individuelle. Les valeurs sont pour une entreprise ce qui lui donne une identité
à la fois interne et externe. Interne, cela signifie que ses employés se rassemblent autour de quelques grands concepts ou principes, qui valorisent les personnes, régulent l’activité et les
relations, etc. Le principe de l’activité philosophique est alors de formuler ces valeurs, d’en examiner le sens, de les problématiser, de les discuter, de les faire vivre, d’en vérifier
l’opérativité, en collaboration avec les différentes parties prenantes de l’entreprise. Externe, cela signifie que les valeurs doivent faire partie de l’image de l’entreprise, et la représenter
auprès des consommateurs ou du public en général. L’idée en est d’améliorer l’image de l’entreprise, parfois aussi de réfléchir aux processus de décisions, aux critères utilisés, en particulier
dans le domaine éthique. Deuxième motivation : penser et travailler ensemble. Un des parasitages les plus fréquents de la vie en entreprise, comme dans la société en général, réside dans les
conflits de personnes ou d’ego. L’atelier de philosophie devient par conséquent une manière de réapprendre à collaborer, soit en traitant le quotidien sous une modalité différente, soit en
abordant des questions totalement déconnectées de la vie courante, ce qui apporte une bouffée d’air frais dans un environnement confiné, ou permet de prendre conscience des difficultés.
Troisième motivation : l’activité de détente. Il s’agit ici de mener une activité de pensée qui permet à l’esprit de se déployer plus librement que d’habitude, d’aborder des thèmes qui le
préoccupent, de manière libre et détendue, pour prendre la distance et pour se reconstituer intellectuellement, de la même manière où l’activité physique le permet au corps. Ceci s’effectue
soit sous la forme d’atelier de pratique, soit sous la forme d’une conférence avec un apport culturel. Quatrième motivation : la consultation individuelle. Cette pratique vaut en particulier
pour les cadres supérieurs qui doivent en permanence prendre des décisions difficiles et se sentent souvent seuls face à leurs responsabilités. Mais cela vaut autant pour tous les employés, qui
parfois se sentent pris dans un étau existentiel, entre leurs besoins personnels, leurs obligations familiales et leurs responsabilités professionnelles. La consultation philosophique se
présente alors comme un moyen de clarifier sa propre pensée et les enjeux qui la sous-tendent. Il ne s’agit pas de psychologiser, puisque c’est principalement de la pensée dont il est question
et non du ressenti. Il s’agit d’identifier une vision du monde, de la problématiser et de se positionner face à elle. Ce n’est pas non plus du coaching, puisqu’il ne s’agit pas d’examiner les
problèmes et enjeux concrets afin de prendre des décisions immédiates. Bien que la distinction n’est pas toujours très claire. À propos de la philosophie en entreprise, chacun aura son idée sur
la légitimité ou non de telles initiatives, à savoir s’il s’agit réellement d’une amélioration du concept d’entreprise, du bien-être des employés, ou d’une manipulation gestionnaire ou de
communication.
Encadré 44 : La consultation philosophique en entreprise
Ce qui peut être introduit en entreprise, c’est la philosophie en tant que méthode de penser et culture donnant un certain regard sur le monde. Voici ma façon d’accompagner les personnes qui
travaillent en entreprise. L’introduction de la philosophie en entreprise commence par deux refus. Je refuse de plaquer du mécanique sur du vivant et d’agir dans l’urgence. Ce double refus
coïncide avec le recours à l’activité pensante de tous ceux qui sont impliqués dans la situation à traiter. Cette situation peut être de différentes sortes. Intégration des salariés d’une
entreprise rachetée ; construction ou/et mise en oeuvre d’un projet ; enquête sur un sujet ; redéfinition des repères d’un changement de Directeur général ou d’un rachat. Dans tous les cas, je
pars du principe que les personnes impliquées dans une situation détiennent, sans encore le savoir, les clés permettant de traiter au mieux cette situation. Ma façon d’aborder est vivante et
rapide. Le dialogue porte sur un thème qui concerne le sujet à traiter. Si un manager veut que ses collaborateurs soient autonomes, le thème pourra être : qu’est-ce que l’initiative ? Si une
entreprise se trouve face à l’inertie d’un groupe, le thème pourra être : qu’est ce que le changement ? Le dialogue invite les individus à partir d’une définition à la fois précise et ouverte
de la notion, puis à croiser leurs questions et leurs idées pour comprendre ce que signifie l’initiative ou le changement hors entreprise. Cette approche leur permet de se rencontrer sur un
autre terrain que celui du faire. Et elle me permet d’identifier la représentation du monde à partir de laquelle chacun parle et agit. Au fur et à mesure du dialogue, les interlocuteurs
reviennent à l’entreprise. Mais, enrichis de ce qu’ils ont compris, ils voient à présent les choses autrement. Le dialogue s’achève toujours sur une question pratique, qui est le thème du
prochain dialogue. Le dialogue révèle la culture de l’entreprise, cet ensemble de représentations et de conduites qui favorisent ou freinent, en l’occurrence l’initiative et l’adhésion au
changement. Dans la synthèse écrite, je reprends avec des mots étrangers au jargon de l’entreprise le produit du dialogue. J’adresse ce document à tous les interlocuteurs en leur demandant
d’apporter corrections et compléments. Je reprends le tout à partir de leurs réactions et leur présente la synthèse définitive car revue et validée. Ainsi, lors du prochain dialogue, nous
allons de l’avant. Les points philosophie scandent le dialogue et apparaissent à la fin de la synthèse écrite. Pendant le dialogue, j’éclaire ce qui est dit par des références aux philosophes.
Ces références ont, au moins, deux avantages. Le premier est de faire prendre aux esprits une réelle hauteur. Le second est de procurer aux personnes un sain plaisir narcissique, celui de se
sentir intelligentes. Les gens oublient en entreprise que leur intelligence ne se limite pas à traiter ce que l’entreprise leur demande de traiter. Ma porte d’entrée en entreprise est le
Directeur des ressources humaines, mais cette porte s’ouvre seulement à deux conditions. La première est que ce Directeur soit ouvert à l’humain et convaincu de la nécessité de réfléchir avant
d’agir. La deuxième est que ce même Directeur ait la confiance de la Direction générale.
Eugénie Végléris, Agrégée et docteur en philosophie, consultante (France)
Le programme des CitéPhilo est disponible ICI :
J'ai relevé ci-dessous quelques conférences pouvant être intéressantes :
Vendredi 9 novembre 14h30 > 16h30 : Portrait de l’homme d’affaires en prédateur (La Découverte)
Comment devient-on homme d'affaire ? Que signifie au juste « faire des affaires » ? Qu'ont en commun
François Pinault, Bernard Arnault ou Vincent Bolloré ? Si les parcours diffèrent, un élément semble essentiel dans la réalisation d'une bonne affaire, moment clé sans lequel rien n'est
possible.
Université d'Arras - Amphithéâtre Jean Monnet – Arras
Samedi 10 novembre 16h > 18h : Les formes de la vie éthique aujourd’hui
Ces deux ouvrages parus simultanément interrogent, chacun à sa manière, le statut de l'éthique, ses formes et sa dignité philosophique: philosophie première maximaliste ou morale pratique
minimaliste? La distinction, aussi convenue que problématique, entre éthique et morale est elle pertinente? La vie éthique est elle tout entière une "explication avec soi-même" (Paul Audi)? Le
souci de soi doit il nous conduire à une éthique "alternative" (Ruwen Ogien), tentant d'échapper à la tutelle d'Aristote ou de Kant?
Palais des Beaux Arts – grand auditorium – Place de la
République - Lille
Lundi 12 novembre 15h > 17h : Le divin marché (Denoël)
La religion du marché est partie d'Europe au XVIIIe siècle pour s'étendre sur la planète tout entière. Elle
présente cette originalité que chacun contribue au bien collectif en suivant ses intérêts particuliers.
Transformant en vertu les faiblesses humaines, le dogme du libéralisme est devenu irrésistible. Dans cet essai, Dany-Robert Dufour fait le procès de la toute-puissance du marché dans nos sociétés
libérales
FNAC - 20 rue St Nicolas – Lille
Lundi 12 novembre 18h30 > 20h : L’avenir de la nature humaine : vers un eugénisme libéral ? , de Jürgen Habermas
(Gallimard)
Avec le développement des biotechnologies, ce qui était jusqu'ici "donné" à chacun comme nature organique par la reproduction sexuée est susceptible d'être désormais
programmé et intentionnellement manipulé. Si bien que ce qu'il y en nous de proprement biologique, et qui semblait jusqu'ici dépendre de facteurs non humains (la Nature), pourrait être le
résultat d'une volonté. Où l'on voit que la question des limites à établir entre eugénisme positif et eugénisme négatif engage à terme celle d'une éventuelle rupture de la symétrie entre
personnes égales : dès lors que d'autres que nous pourraient avoir décidé de ce que nous sommes.
L’Odyssée, Médiathèque de Lomme – 794 av. de Dunkerque – Lomme
Métro : Maison des Enfants
Mercredi 14 novembre 16h30 > 18h30 : Le capitalisme cognitif. La nouvelle grande transformation (Amsterdam)
La mondialisation actuelle correspond à l’émergence d’un troisième type de capitalisme, qui n’a plus grandchose à voir avec ce capitalisme industriel qui, à sa naissance (1750-1820), rompit
avec sa protohistoire mercantiliste et esclavagiste. Nous ne vivons donc pas une transition socialiste : l’ironie de l’histoire veut plutôt que nous vivions partout une transition à un nouveau
type de... capitalisme.
Cet essai entend nous mettre sur le chemin d’une politique et d’une morale provisoires, à la hauteur de cette « nouvelle grande transformation »
FNAC - 20 rue St Nicolas – Lille
Lundi 19 novembre 15h > 17h : Les normes chez Foucault (PUF)
En recomposant, à même Surveiller et punir, les toiles que trament, chez Foucault, les signifiants du normal et de l’anormal, Stéphane Legrand redessine notre généalogie de sujets modernes,
où l’on ne s’identifie plus par les jeux de l’alliance mais via une hantise de la norme qui implique le refoulement d’un certain nombre de figures de l’anormalité.
Palais des Beaux-Arts -
grand auditorium - Place de la République - Lille
Lundi 19 novembre 19h > 21h : Eloge du conflit (La Découverte)
Le polémos, « père de toutes choses » selon Héraclite, est devenu, dans nos sociétés postmodernes, comme le fantôme de lui-même. L’idée même d’opposition, de dissidence, dénote et dissone
dans le beau système idéologique occidental, dont l’harmonie a des accents presque totalitaires. Angélique del Rey et Miguel Benasayag démontent les ressorts et illusions de cette sorte de
refoulement malsain du conflit, en un éloge aux dimensions éthiques.
Sciences Po Lille – amphi BP2 (rdc) - 84, rue de Trévise – Lille (Métro Porte de Valenciennes)
Vendredi 23 novembre 20h > 22h: La corruption : une nécessité ? Actualité de Machiavel
Dans un monde globalisé et complexifié, où les actions se conçoivent plus que jamais dans une optique
utilitariste, la corruption apparaît à la fois comme un rouage et un obstacle à l’efficacité.
L’ordre politique et la loi sont-ils dès lors irrémédiablement exposés à la corruption ? Faut-il continuer d’évaluer la
rectitude des conduites par rapport à une norme de comportement civique ? Mais une conception purement déontologique de la corruption n’implique-telle pas
l’adhésion – non discutée – à un statu quo : celui d’un ordre marchand généralisé ? Le droit suffit-il à rétablir la liberté dans un monde corrompu ?
Sciences Po Lille – amphi BP2 (rdc) - 84, rue de Trévise – Lille (Métro Porte de Valenciennes)
Samedi 24 novembre 18h > 20h : La logique des rites dans la culture chinoise
Toute société est amenée à générer un système de règles positives pour réguler les comportements sociaux des individus qui la composent. En Chine, ce système a pris la forme originale d’un
double mécanisme, composé de la loi pénale d’une part et de l’appareil des rites d’autre part. Comment comprendre cette originalité, comment saisir la logique des rites ?
Ecole Supérieure
de Journalisme – grand amphithéâtre - 50, rue Gauthier de Châtillon – Lille