Agora du Management
Au début de ce mois,
j'entamai une série de billets autour du thème des lieux communs en retenant plus spécifiquement que ces lieux communs étaient source d'erreurs, voire de bêtise ; tout le monde est exposé.
Aujourd'hui, je ne vais pas vous affirmer le contraire mais nuancer mon propos.Si vous y regardez bien, le lieu commun est certes un espace abandonné par la pensée, mais il n'est pas nécessairement le lieu de la bêtise. En effet, l'utilisation de lieux communs constitue une dimension des rites de socialisation ; prenons un exemple : "Je n'ai jamais vu un été aussi mauvais" ; combien de fois, cette année, avez-vous pu entendre cette affirmation sous cette forme ou une autre ? Est-elle un signe de bêtise ? ; à force de répétition, elle se vide de son sens ; en tous cas, elle donne lieu un échange prévisible ; du moins, au début de la conversation.
Elle est donc une entrée en matière, une manière de rentrer en contact avec l'autre. On s'en lasse mais elle ne doit pas s'interpréter comme un signe de bêtise… sauf si l'échange est exclusivement constitué de ce genre de banalités…
Une autre voie serait de considérer le lieu commun comme un symbole, non pas comme un signe dont le signifiant a un lien naturel avec le signifié (lequel n'est pas accessible directement), mais, au sens étymologique, comme un signe de reconnaissance partagé (Le sumbolon est un signe de reconnaissance, en général un morceau de poterie ou une pièce de monnaie, que deux hôtes partageaient et dont ils conservaient chacun la moitié qu’ils transmettaient à leurs descendants ou relations) ; ainsi, le lieu commun peut faire référence à une expérience partagée entre plusieurs individus d'un même groupe.
Cette idée nécessite d'être creusée et manque encore d'exemples concrets. Des idées ?
Mar 11 sep 2007
2 commentaires
Florent, je te remercie de ton commentaire et te rejoins tout à fait sur la dimension sociale ; j'ai été un peu étonné du qualificatif de "romantique" ; est-ce une autre manière de dire, "idéaliste" ?
J'ai néanmoins répondu au sein d'un billet que je souhaitais publier : le parler creux. Je ne suis pas aussi radical et appelle à la vigilance. Je vise un certain équilibre (le zhong en quelques sortes) .
N'as-tu pas entendu certains mots comme "efficacité", "efficience" ou "stratégie" placés à toutes les sauces et qui, à force d'une utilisation abusive, ne portent plus aucun sens ; de mon expérience, ils constituent régulièrement des points finaux à des discussions sans pour autant avoir de solutions concrètes en face : "oui chef, je vous promets, je serai plus efficace lors de mon prochain article" ;-)
J'ai néanmoins répondu au sein d'un billet que je souhaitais publier : le parler creux. Je ne suis pas aussi radical et appelle à la vigilance. Je vise un certain équilibre (le zhong en quelques sortes) .
N'as-tu pas entendu certains mots comme "efficacité", "efficience" ou "stratégie" placés à toutes les sauces et qui, à force d'une utilisation abusive, ne portent plus aucun sens ; de mon expérience, ils constituent régulièrement des points finaux à des discussions sans pour autant avoir de solutions concrètes en face : "oui chef, je vous promets, je serai plus efficace lors de mon prochain article" ;-)
Damien
Cet aspect du lieu commun comme , initiateur et soutien d'un échange rappelle les définitions de structuration du temps selon Berne: telle que 'le passe temps" qui consitue un échange sur des sujets "très communs" à tous les sens du mot dont le partage est la propriété principale et non pas l'information portée...
jean-patrick.sales - le 04/11/2007 à 11h48
c'est une des fonctions du langage, comme l'a montré Saussure, que d'entrer en relation. Le mot "allo" n'a aucun sens, sinon que de dire "je suis là"
(amusante votre image du symbole ; c'était aussi une pratique taoiste que de partager une planchette (appelée "fou") en deux ; le maître en gardait une moitié ; l'initié gardait l'autre. Leur réunion faisait foi)
Au delà de la fonction immédiate du lieu commun, j'y vois aussi une fonction sociale au sens large. Notre culture n'est elle pas faite de lieux communs ? De vues auxquelles nous pouvons nous référer ?
C'est une vue romantique à mes yeux que de "créer du neuf" à chaque fois qu'on parle. C'est croire en l'individu, parfois outre mesure.
Les chinois ont énormément de "lieux communs", chengyu et proverbes. Dans une situation donnée, amusante ou gênante, le fait de trouver un chengyu bien adapté va aider à se dire "je ne vis pas cela tout seul ; nous partageons cette situation et la surmonterons ensemble.' Je trouve le "commun" du lieu commun important.