Agora du Management

ignorance.gif Si vous allez sur le blog de Laurence, "Promenades philosophiques", vous avez pu lire au mois de juin un article intitué  "Nul n'est censé ignoré la loi".
En ce qui me concerne cet adage m'a toujours semblé ridicule tellement il est inatteignable ; regardez tous ces spécialistes qui consacrent leur vie à des branches particulières du droit et ne sont toujours pas d'accord sur l'interprétation des textes.
Voilà ce qu'en dit succinctement Laurence :
"Nul n'est censé ignoré la loi": cette formule a-t-elle un sens ou est-elle absurde ?

Tout citoyen français est en effet censé connaître, sur le territoire l'ensemble des lois. Mais comment cela est-il possible ? Il semble évident d'affirmer l'impossibilité d'un tel principe; d'où le rôle des fictions juridiques.
Source : Promenades philosophiques, Laurence Harang, 23/06/2007
Pour compléter, voilà ce que j'ai pu trouver ailleurs sur le thème de la fiction juridique :

 

Une fiction juridique est "un mensonge technique consacré par la nécessité" (Rudolf von Jhering). Il s'agit d'un concept juridique.

Cette manipulation de la réalité peut s'exercer sur un fait, une situation ou une norme. Elle consiste soit à nier, soit à prétendre sciemment à une supposée vraie afin d'amener le débat non pas sur le terrain de la preuve, mais du fond.

Les sources matérielles du droit, législatives ou jurisprudentielles font appel à la fiction pour exercer une emprise sur la réalité.

Exemples:

  •  
  • La personnalité juridique
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  • L'enfant à naître est supposé né chaque fois qu'il en va de son intérêt, en matière d'héritage notamment.
  •  
  • L'adoption, qui fait de l'enfant adopté celui des parents adoptifs.
  •  
  • L'adage Nul n'est censé ignorer la Loi est un autre exemple de fiction juridique employé en droit.
  •  
  • L'absence : une personne décédée peut survivre juridiquement. Au contraire, une personne vivante peut être réputée morte, et doit alors être l'objet d'une résurrection judiciaire.
  •  
Source : Wikipédia

 

 [L]a résistance initiale [de Milka B.] est excusable en raison de son ignorance du droit des marques (preuve que nul n’est censé ignorer la loi ne veut pas dire que tout le monde est censé la connaître).
Ignorer est à prendre au sens ancien de refuser de se soumettre (pas exactement, mais dans les faits – voir ci-dessous –, ça revient au même) Ce principe est inspiré du droit romain (Nemo censetur ignorare legem). Il s’agit d’une fiction juridique, un postulat que l’on sait faux, mais qu’il est nécessaire de considérer comme vrai pour que l’édifice fonctionne (dans ce cas précis, pour que personne ne puisse dire je ne savais pas, ce qui est un peu facile…). J’ai entendu dire sans pouvoir le confirmer qu’il fut très brièvement couché par écrit lors de la création du code Napoléon et tout aussi prestement retiré quand on vit son inapplicabilité pratique. Cependant, en 1999, la Constitution a été modifiée (ça arrive souvent) pour que l’accessibilité et l’intelligibilité de la loi soit garantie.

 

Source : Empyrée, David Latapie, 11/07/2006
Et qu'en dit notre chère administration ? :

 

Ce célèbre adage ne signifie pas que tout citoyen est censé connaître l’ensemble des textes législatifs et réglementaires (décrets, circulaires…) existant dans l’ordre juridique français. Avec 8 000 lois et plus de 110 000 décrets en vigueur, le plus studieux des juristes ne relèverait pas un tel défi...

 Cet adage représente en fait une fiction juridique, c’est-à-dire un principe dont on sait la réalisation impossible, mais qui est nécessaire au fonctionnement de l’ordre juridique. Ici, la fiction est évidente : personne ne peut connaître l’ensemble des lois. Mais dans le même temps, cette fiction est éminemment nécessaire. En effet, si elle n’existait pas, il suffirait à toute personne poursuivie sur le fondement d’une loi d’invoquer (et même de prouver) son ignorance du texte en cause pour échapper à toute sanction. On comprend que les règles perdraient toute efficacité devant la facilité avec laquelle on pourrait se soustraire à leur application.

 Toutefois, aujourd’hui, cet adage est fréquemment évoqué pour regretter l’absence de sécurité juridique à laquelle sont confrontés les citoyens. Les causes en sont multiples : existence de règles posées par la jurisprudence (qui est d’un accès difficile et dont la lecture n’est pas évidente pour un non initié), multiplication des normes aussi bien au niveau national qu’au niveau communautaire, rédaction déficiente des textes normatifs…

Le Conseil constitutionnel, conscient de ce problème, a dans une décision de 1999 créé un nouvel objectif de valeur constitutionnelle : l’accessibilité et l’intelligibilité de la loi. C’est pourquoi l’information publique a été développée notamment avec le portail de l’administration française, www.service-public.fr , et la mise en place d’une édition électronique du Journal officiel, prévue par l’ordonnance du 20 février 2004 et appliquée depuis le 1er juin 2004.

Source : site Vie Publique
En clair, tout le monde reconnaît le caractère fictif de l'adage "Nul n'est censé ignoré la loi" mais il est un prérequis structurant pour l'ensemble du système.

Et maintenant, tentons le décalage suivant :

Sur le même principe, existe-t-il des fictions managériales ?
Sam 14 jui 2007 3 commentaires

"Nul n'est censé ignorer la loi" n'est pas un simple adage, c'est une règle juridique qui a été instituée et acceptée partout dans le monde pour obliger le législateur à diffuser les textes des lois qu’il fabrique et pour porter le citoyen à connaitre les lois en vigueur. Nul ne peut donc se dérober derrière sa méconnaissance d’un texte législatif applicable.

Imaginons le monde sans cette règle !!!

Merci
Battini Mustapha - le 19/07/2007 à 21h21
Merci pour votre commentaire ; je crois que sur le fond il n'y a pas de désaccord entre nous, et ce d'autant moins, que je rapporte (textes surlignés) des positions de juristes ou textes de référénce ; ces derniers parlent d'adage ou de principe ; en tous cas, dans les quelques textes lus, je n'ai pas identifié de texte de loi, de décret, de constitution instituant ce principe ; merci aux éventuels spécialistes d'apporter leur contribution sur ce point.

Au-delà, lorsque les juristes utilisent le terme de "fiction juridique", cela ne signifie absolument pas l'inutilité de ce principe. Au contraire, ils en soulignent le caractère essentiel mais néanmoins inatteignable. Il n'est donc pas question d'imaginer le monde sans ce principe.

Existe-t-il de telles principes dans le management : des fictions managériales ; par exemple : le chef a toujours raison !?   ;-)
Damien
Il me semble avoir entendu parler également d''insécurité juridique", pour stigmatiser le fait que le législateur empile des textes de lois au mépris, parfois, de la logique. Avec cet inconvénient majeur que le justiciable se retrouve face à un inextricable maquis.
Personnellement j'attendrais du Parlement qu'il s'efforce de nettoyer les textes, avant d'en rajouter. Mais c'est un voeu pieux!
Marc Traverson - le 24/07/2007 à 13h56
Bonjour la chouette,

 Lors d'un colloque consacré à la fiction en 20003, jai écrit quelque chose sur "les fictions juridiques". La première partie de l'encyclopédie est un extrait de mon article (les citations sont en latin).
 Le thème de la fiction est très riche en littérature, en droit et en science.

Au plaisir de te lire à nouveau,

Laurence
harang - le 31/08/2007 à 11h33