Agora du Management
Sur le
site de l'Institut Sens & Croissance, vous pourrez trouver une vision intéressante du travail en entreprise, vu sous le regard d'un moine ! ; en voici, un extrait :
Le monde du travail a changé. Aujourd’hui, priorité est donnée au profit à court terme au détriment des valeurs humaines. Une situation inquiétante sur laquelle nous
revenons avec le père Hugues Minguet. Moine bénédictin, il dirige l'Institut Sens & Croissance, qui offre un lieu d'échange et de réflexion pour des cadres dirigeants désireux de concilier
leur travail avec le respect de certaines valeurs éthiques
Les Cahiers Lamy du CE : Le monde du travail a profondément évolué. Une perte du sens, l’individualisation des taches, la hiérarchisation croissante, la déshumanisation du travail, le fossé
qui se creusent entre les salariés et les dirigeants, les cadres qui n’ont plus confiance... Autant d’éléments qui révèlent une crise latente dans les entreprises. Quel est votre sentiment
?
Père Hugues Minguet : Ce constat que vous dressez est la révélation de plusieurs éléments aujourd’hui en crise. Le 1er d’entre eux, c’est l’interprétation du réel : on a du mal à réaliser et
comprendre les réalités qui nous entourent. Parallèlement, on a perdu le sens des choses (crise du sens), et on ne sait plus vraiment ce à quoi nous sommes destinés (crise de la destinée). La
parole est, elle aussi, visée : si les moyens de communication se sont développés, la communication, elle, ne suit pas la même évolution. La crise touche donc des éléments fondamentaux et a
affecté des endroits de transmission du savoir (famille, école, université). Jusque là l’entreprise était épargnée. Aujourd’hui, elle est en pleine évolution.
Comment cela se traduit concrètement au travail ?
H. M. : Les salariés vivent une pression intense, à la fois transversale et horizontale. Ils doivent par exemple répondre de toute urgence à la fois à leur supérieur hiérarchique, à des collègues
du service informatique et aux clients. Ils sont pris en tenaille ; aujourd’hui en entreprises se vit une réelle pressurisation qui se traduit par de nombreux maux. La sécurité sociale est
aujourd’hui capable de mesurer l’impact de la pression du travail sur la santé et prend conscience du coût que représente la souffrance au travail, qui ne fait qu’augmenter. Ainsi, contrairement
aux générations précédentes, le travail n’est plus au cœur de nos vies, un lieu d’épanouissement mais plutôt source de maux tant physiques que psychologiques.
Qu’est-ce que les salariés recherchent réellement dans leur travail ?
H. M. : Du sens. La carrière n’est plus la priorité, c’est le sens qui en est une. Ils sont en attente d'autres modèles. Si auparavant, ils étaient de bons mercenaires, surtout les cadres moyens
ou supérieurs, obéissant aux ordres pour gagner la guerre économique, c’est moins le cas aujourd’hui. Ils veulent pouvoir regarder leur famille dans les yeux le soir en rentrant. Pour ma part,
j’ai fait un test sur environ 2 000 cadres, en leur posant la question suivante : selon votre position hiérarchique, quelle qualité attendez-vous de votre N+1 ou de votre N–1 ? : 80 % des
réponses portent sur des attentes de type « morale » et le reste sur des qualités techniques. C’est plutôt positif mais cela démontre le désarroi croissant dans lequel ils se trouvent. Beaucoup
de dirigeants d'entreprise sont donc dans des situations schizophréniques. Les meilleurs veulent humaniser leur entreprise dans un contexte souvent très brutal. D'autres parlent de sens mais
demandent à leurs troupes d'être de bons mercenaires. Ils ont de plus en plus de mal à faire percevoir à leurs salariés le sens de leur travail. Mais on a l'impression que rien ne peut arrêter
cette logique. On le voit bien, il y a d’un côté les attentes des cadres et de l’autre celle de l’entreprise qui veut les motiver mais n’y arrive pas !
Comment notre modèle tient-il toujours alors ?
H. M. : C’est le chômage qui fait qu’aujourd’hui les gens restent où ils sont et subissent ces pressions. Ils n’en parlent pas et restent dans un mutisme avec une frustration croissante. Car la
parole est en crise comme nous l’avons dit, beaucoup de cadres ne communiquent pas leur stress ou leurs problèmes à leur hiérarchie. Les informations ne remontent pas, elles ne descendent pas non
plus et on ne sait plus vraiment qui commande le navire « Entreprise ». Pour qu’il y ait vraiment un équilibre, il est donc primordial qu’il y ait des contre-pouvoirs, qu'il s'agisse de syndicats
ou du CE. L’employeur qui veut instaurer dans son entreprise un véritable dialogue social peut faire de belles choses.
(...)
Que faudrait-il faire ?
H. M. : Plusieurs éléments sont nécessaires pour rétablir la situation.
Du bon sens : toutes les composantes de l’Etat, tous les corps intermédiaires mais aussi chaque individu doivent l’intégrer si l’on veut un changement.
Du réalisme par rapport aux circonstances : quand on achète par exemple des tee-shirts à 2 €, on doit bien se douter qu’ils ne sont pas fabriqués en France et que notre économie du textile est
donc en danger. Il faut prendre conscience de nos modes de consommation et du monde qui nous entoure.
De l’écoute, du partenariat : il faut faire confiance aux individus les prendre comme de partenaires de l’entreprise, de la construction. Quand on voit le nombre de salariés qui ont été promenés
entre les entreprises du fait d’OPA, ou de fusions, on peut toujours leur parler de ré-enchanter l’entreprise comme je peux l’entendre de la part des consultants, mais tout cela est de l’ordre
manipulatoire : il faut lancer une vraie réflexion sur le respect des personnes pour les aider à atteindre la performance.
Il faudrait enfin réconcilier anthropologie, vision de l’homme, éthique, et management performant. Il faut trouver une voie entre les 4. C’est ce que nous proposons aux entreprises aux
directions, cadres dirigeants, cadres : un travail d’intelligence collective.
Cette vision du travail en entreprise soulève d'intéressantes réflexions ; les vagabondages de mon esprit m'ont amené à croiser l'idée du présent article de mettre en place des contre-pouvoirs et un commentaire récent d'un lecteur sur mon article sur le courage : la réflexion sur les contre-pouvoirs, catalyseurs du courage, en entreprise peut-elle faire évoluer la gouvernance des entreprises ?
Est-ce que des contre-pouvoirs, ne seraient-ils pas contre-productifs ? La question mérite d'être posée en particulier lorsque l'on prend conscience des erreurs et décisions absurdes auxquelles les entreprises et leurs managers peuvent arriver (Voir mes articles autour du livre Les décisions absurdes : ICI et LA ) ; les contre-pouvoirs, en favorisant le courage de s'exprimer, ne permettrait-il pas de construire une meilleure intelligence collective et d'aboutir ainsi à de meilleurs décisions. Je n'ai pas de vision tranchée sur le sujet et attends vos réactions sur cette idée.
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L'Institut Sens &
Croissance
Cet article me parais une suite logique au précèdent sur " Le Courage " et reflète bien ce qui vivent les cadres et le non cadres dans l’Entreprise en Générale.
Le commentaire précèdent souligne bien cette " Peur " de monter au créneau pour communiquer avec la haute hiérarchie qui n’entend autre chose que Profits, Rentabilité, Productivité obsessionnelle.
L’actionnariat des entreprises demande des résultats immédiats, car ils savent que ça ne durera pas long temps. Alors ils veulent tout et tout de suite. Ils ne sont pas la pour écouter les état d’âme des salariées qui se " plaignent tout le temps ". Si ça ne fonctionne pas ils vont ailleurs au le " soleil brille mieux " "l’argent na pas d’odeur ".
La prise de conscience n’est pas encore
Seule la jeunesse peu changer la société, car elle est encore libre des idées et les risques ne sont pas importants sur les engagements financiers pris.
Qu’en pensez vous ???
En fait, il ne faut pas généraliser ; il existe des managers qui savent entendre et écouter, sans pour autant être rancunier. Néanmoins, une autre manière de voir serait de considérer ce genre de situation comme un jeu de pouvoirs ; pour peser, il faut accumuler le pouvoir et il ne s'agit pas seulement d'un pouvoir légitime (au sens de donné par l'organigramme et les règles internes) mais d'un pouvoir lié à la maîtrise de zones d'incertitudes, d'informations, de processus clefs.
Par ailleurs, j'ajouterai que le courage ne s'exprime pas seulement par l'expression frontale d'une opinion (d'une attaque frontale) mais peut également se traduire par des résistances passives.
Pour répondre plus spécifiquement à votre commentaire, Pia, je dirais, que l'amélioration attendue n'est pas quelque chose que l'on voit ou non à l'horizon ; nous sommes tous responsables de sa construction ; les grands fleuves naissent de petits ruisseaux ;-) mais pour cela, il faut partager ses idées avec les autres et cela peut déjà demander du courage...
Il m'arrive souvent de ressentir cette difficulté face au sens du travail. Mais ce ne sont pas du tout les outils du courage ou du contre pouvoir qui me permettent de m'en sortir. Ces outils ne sont ils pas une réaction frontale ? Une sorte de "verdun" du sens au travail ?
C'est plutôt pour moi un cheminement culturel, aussi étonnant que cela puisse paraître. Plus précisément linguistique et étymologique.
Les mots ne sont ils pas un formidable puits de sens ?
En revenant à leur signification et à leur histoire, tant en francais qu'en chinois, je découvre souvent des choses qui trouvent de miraculeuses applications dans mon travail ; qui lui redonnent du sens.
Je partage ton point de vue, en particulier sur l'importance des mots ; j'entendais récemment un intervenant sur France Culture qui prenait une autre position : les mots fonctionnent comme des catégories.
C'est donc peut-être pour cela qu'il faut constamment les questionner, les décatégoriser et ainsi atteindre d'autres sens.
Cert article est particulièrement représentatif de ce que vivent les cadres de mon entourage aujourd'hui. Par contre l'invitation à communiquer avec sa hiérarchie sur la crise de sens est à mon avis un leurre. Ceux qui ont pu choisir cette voie se retrouvent souvent dans une impasse, lachés par les collègues qui ont peur de faire front ; incompris par la hiérarchie qui doit elle-même "tenir" ses objectifs ! Bref pour ce que j'en sais les entreprises où le dialogue est possible et peut permettre d'éviter les décisions contre-productives sont rares. Est-ce par crainte que la situation devienne incontrôlable ? Au risque de paraître pessimiste, je ne vois pas d'améliorations à l'horizon.