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des organisations aussi imbriquées que les nôtres, la responsabilité individuelle a-t-elle encore un sens?
Lors d'une formation récente sur les délégations de pouvoirs (et donc de responsabilités), l'animateur indiquait que les juges français cherchaient, dans les affaires pénales, à retrouver l'organigramme hiérarchique pour imputer les responsabilités et apprécier la validité des délégations de pouvoirs. L'échange qui s'en suivit montra que cela devenait de plus en plus difficile en particulier dans les grandes structures multi-sites, avec des organisations matricielles et des centres de services partagés ; par exemple, le responsable du site pourra-t-il vraiment décider seul et avoir le droit d'engager un investissement lourd de sécurité sans requérir d'autorisations préalables ? Ne devra-t-il pas solliciter aussi le responsable du processus métier car l'investissement peut également entraîner des modifications de process opérationnel ? Je suis certain que vous auriez de nombreux autres exemples qui ne feraient que souligner la complexité des processus de décision dans les organisations. Dès lors, comment imputer clairement la responsabilité ? Vous me répondrez que le cas échéant, il s'agit du travail de la justice et vous aurez raison. Mais il s'agit ici de la responsabilité juridique laquelle s'appuie sur des textes de loi, de la jurisprudence mais aussi des moyens judiciaires d'enquête. Que dire alors de la responsabilité morale ? Peut-elle encore être imputée individuellement dans les organsiations ? Mais si plus personne n'est responsable, peut-on alors tout faire ? Si non, l'appréciation de la responsabilité ne tombe-t-elle pas sous le coup du regard arbitraire de l'autre (son impression) ?
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Note : Une dose de réflexion éthique tous les jours fait le plus grand bien et c'est une bonne manière d'affûter ses facultés de discernement le jour où l'urgence ou plus largement le contexte ne vous laissent pas suffisamment de temps pour réfléchir à vos décisions ou comportements.
Aujourd'hui en image, peinture de jean Metzinger : l’oiseau bleu, 1913.
Dépayser les lieux communs.
Remettre du sens et de l'éthique au quotidien.
"Socrate, un philosophe au secours de l'entreprise" - Damien Goy (Maxima)
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Mise à jour du 5 jan. 2012
Merci pour ces réflexions, Damien, qui me donnent l'occasion de reprendre contact avec ce blog stimulant. Voici donc ma réponse. Dans une organisation complexe comme l'entreprise (d'autant plus qu'elle est ramifiée), difficile de parler de "la" responsabilité au singulier. Les projets matriciels en sont effectivement l'illustration. Peut-on parler alors de multiples centres de responsabilité, liés à la pluralité des centres et des niveaux de décision ? Cela me fait penser à l'idée de Michel Foucault (le philosophe auteur de « Surveiller et punir », 1975), qui analyse le pouvoir comme multiple (réseau, pluralité de centres) plutôt que comme pyramidal. La responsabilité n'est plus alors à penser en termes de "délégation de pouvoirs", mais plutôt en termes de "secteurs de pouvoir et de décision", qu'il s'agit de coordonner et de contrôler globalement. Lorsque les organisations exigent de plus en plus que leurs membres répondent individuellement de leurs actes, qui est responsable de cette exigence, si ce n'est celui qui pilote l'organisation, ses règles et sa structure ? Mais ici, "responsabilité" s'entend au sens d'être l'auteur d'une organisation causant des actes dont les individus soient eux-mêmes responsables. Le risque est de transférer la responsabilité à l'acteur du système plus qu’à son auteur. La judiciarisation de la notion de responsabilité exige cependant de déterminer qui – ou quoi – est la cause première de l’action, et non seulement quelle est sa cause immédiate ou prochaine ; en ce sens, le « procès » de la responsabilité conduit à faire de la décision un « processus » global, où les responsabilités s’empilent et se complètent, suivant une « organisation » plus ou moins explicite (et qu’un procès veut justement expliciter).
Bonjour, ravi de te relire.
Face à cette évolution de la notion de la responsabilité, la jurisprudence prend un poids de plus en plus important, c'est à dire que cela met plus en avant une décision en situation qu'une règle absolue. Le procès du process décisionnel est donc forcément quelque chose de plus long en temps.
Excellent blog que je découvre! Bravo! En fait, la responsabilité que vous êtes en train de découvrir et de décrire, c'est la "Responsabilité Sociale" qui est en train de naître au monde, et qui a des caractéristiques bien particulières différentes des responsabilités que l'on connaît déjà et différentes aussi, hélas, du discours ambiant sur la "RSE" qui ne prend pas toute la mesure de ce qui est en train de naître.
Je travaille à tout cela dans ma thèse de doctorat de philo sur la Responsabilité Sociale. On pourra donc en reparler.
François Vallaeys
N'hésitez pas à reparler. Le sujet est complexe et plus facile à dire qu'à faire. Cela sera avec plaisir