Samedi 4 février 2012 6 04 /02 /Fév /2012 14:26

roi boit - jordaensDans la course à la présidentielle en France, on a assisté ces derniers temps à une escalade entre les différents camps pour savoir lequel des candidats remporterait le titre de l’authenticité, en particulier entre Sarkozy et Hollande. Au regard du nombre d'interventions de part et d'autres, l’enjeu semble important.

L’authenticité serait-elle devenue soudain la vertu cardinale du bon Président ?
A la longue, j’ai perdu le fil de ce match et ne peut dire si l’un des candidats a pu décrocher la palme de l’authenticité. Avant tout, il me semble nécessaire de revenir sur la notion d'authenticité même et de se demander s'il s'agit vraiment d'une vertu nécessaire au bien diriger.

En creusant quelques définitions et termes voisins appartenant au même champ sémantique (authentifier, inauthentique, faux, copie, duplicité, douteux, incertain, conventionnel, original,…), on peut identifier quelques pistes d’analyse :

  • L’authentification repose sur une expertise dans le but de certifier l’origine d’un objet, de son auteur ; un candidat authentique serait donc un candidat conforme à son original, à lui-même. Peut-être, existe-t-il des clones des candidats et il serait devenu nécessaire d’experts pour s’assurer que l’on a bien à faire à l’original. Trêve de plaisanterie, cela n’est pas le débat soulevé par les journalistes et politiques.
  • L’authenticité touche à la personnalité et aux traits de caractère du candidat en supposant que l’on puisse revêtir selon les circonstances des personnalités différentes ; est authentique, celui qui est sur scène et devant les caméras, comme dans la vie de tous les jours. Mais, alors, que voulait dire Shakespeare lorsqu'il écrivait (extrait de Comme il vous plaira) : « Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs. Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles. ». Cette citation mets à mal la notion d’authenticité et fait presque une normalité de la multiplicité des rôles, de la duplicité. Cependant, les débats actuels semblent plus vouloir souligner l’écart entre la personnalité affichée devant la caméra et celle dans la vraie vie. On peut néanmoins se demander, d’une part, s’il existe des situations (des scènes) où l’on est vraiment soi, et d’autre part, si cela constitue vraiment une qualité, une vertu, de savoir que la personnalité affichée est celle de tous les jours. Être authentique, est-ce vraiment vertueux ? L’avare, constant dans ses attitudes, quelle que soit la situation, n’est-il pas authentique ? On pourra de la même manière considérer comme authentique celui qui affiche sans retenue un goût immodéré pour l’argent et le luxe ou qui laisse éclater ses colères dans retenue. Et celui qui fait preuve de retenue, de timidité ? Doit-il être considéré pour autant comme inauthentique et par voie de conséquence comme non vertueux ?
  • Quant à l’étymologie même du terme, elle remonte au grec et signifiait «qui consiste en un pouvoir, une autorité absolus», d'où les sens de garanti ou d’inattaquabilité qui en découlent. Si quelque chose ou quelqu'un est autentique, il en découle qu'on peut lui faire confiance ou, une autre manière de voir, qu'elle est prévisible.

 

Le débat actuel sur l'authenticité des candidats traduit donc peut-être au fond un besoin de confiance, de sécurité ou de prévisibilité ; dans la recherche d’authenticité, la population affirme son souhait de ne pas être trahie, de ne pas être trompée. Ainsi, si le candidat s’affiche comme un chef, comme un décideur, dans cette phase de parades et de séductions que sont les élections, il devra se comporter comme tel une fois élu.

 

Sur cette question de l’authenticité, on retrouve les mêmes problèmes que ceux soulevés par l’engagement et la responsabilité, que j’ai pu développer dans mon livre « Socrate, un philosophe au secours de l’entreprise » dans les chapitres 7 et 19, par exemple.

Alors, finalement, est-ce que l’authenticité est vraiment une vertu, c'est-à-dire une qualité qui va faire qu'un dirigeant sera meilleur qu'un autre ? Pour répondre à cela, il faut s'appuyer sur la méthode de Socrate que j'ai présentée et identifier les missions qu'on attend qu'il remplisse.

Dans un deuxième temps, Socrate aurait chercher à savoir si cette vertu peut s'apprendre. Pour notre part, du point de l'entreprise, il faudra se demande si elle doit tout autant être attendue des dirigeants des entreprises.

Publié dans : Éthique et gouvernance - Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire - Par Damien
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Commentaires

Bonjour,

merci pour cette réflexion. Il me semble que l'authenticité, tel qu'on l'entend habituellement, relève aussi d'une forme d'utopie (puisqu'il s'agit, aussi d'une forme d'idéal de l'homme "honnête"). Si l'on voulait pousser la logique ce cette notion jusqu'à l'absurde, on pourrait dire aussi que l'escroc peut être "authentique", si c'est là le fond de sa nature :)

Cordialement

Commentaire n°1 posté par Marc Traverson le 14/04/2012 à 16h49

Socrate et l'entreprise

Dépayser les lieux communs.

Remettre du sens et de l'éthique dans les pratiques au quotidien.

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