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Jeudi 18 février 2010 4 18 /02 /Fév /2010 23:03
interprete03.jpgLorsque le sujet du contrôle interne est évoqué, y est souvent associé la notion de dispositif ; il s’agit d’un terme courant au prix, en fait, d’un contenu assez flou.
Je vous propose aujourd’hui de l’approfondir au travers de l’approche de Michel Foucault revue par le philosophe italien contemporain, Giorgio Agamben, dans son livre « Qu’est-ce qu’un dispositif ? » (Editions Rivages poche/Petite Bibliothèque, 2006). Il est à signaler que, selon certains, la lecture de Foucault par Agamben est passionnante mais très sujette à discussion ; peu m’importe, son éclairage de la notion de dispositif est très intéressante. La notion de dispositif est décisive dans la pensée de Michel Foucault ; en voici une description extraite d’un texte de Michel Foucault :
« Ce que j’essaie de repérer sous ce nom c’est, (…) un ensemble résolument hétérogène comportant des discours, des institutions, des aménagements architecturaux, des décisions réglementaires, des lois, des mesures administratives, des énoncés scientifiques, des propositions philosophiques, morales, philanthropiques ; bref, du dit aussi bien que du non-dit, voilà les éléments du dispositif. Le dispositif lui-même c’est le réseau qu’on établit entre ces éléments (…) par dispositif, j’entends une sorte – disons – de formation qui, à un moment donné, a eu pour fonction majeure de répondre à une urgence. Le dispositif a donc une fonction stratégique dominante… J’ai dit que le dispositif était de nature essentiellement stratégique, ce qui suppose qu’il s’agit là d’une certaine manipulation de rapports de force, d’une intervention rationnelle et concertée dans ces rapports de force, soir pour les bloquer, ou pour les stabiliser, les utiliser. Le dispositif, donc, est toujours inscrit dans un jeu de pouvoir, mais toujours lié aussi à une ou à des bornes de savoir, qui en naissent, mais tout autant, le conditionnent. C’est ça le dispositif : des stratégies de rapports de force supportant des types de savoir, et supportés par eux. »
Dits et écrits, volume III, p. 299.
Agamben pousse un peu plus loin cette définition et propose une synthèse de l'approche de Foucault, des définitions communes, de l'oikonomia de la théologie chrétienne et du Gestell d'Heidegger :
Ensemble de pratiques et de mécanismes (tout unimement discursifs et non discursifs, juridiques, techniques et militaires) qui ont pour objectif de faire face à une urgence pour obtenir un effet plus ou moins immédiat. [...] Le lien qui rassemble tous ces termes est le renvoi à une économie, c'est-à-dire un ensemble de praxis, de savoirs, de mesures, d'institutions dont le but est de gérer, de gouverner, de contrôler et d'orienter - en un sens qui se veut utile - les comportement, les gestes et les pensées des hommes. [...] J'appelle dispositif tout ce qui a, d'une manière ou d'une autre, la capacité de capturer,d'orienter, de déterminer, d'intercepter, de modeler, de contrôler et d'assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants.
Le dispositif est résolument inscrit dans la pratique, une logique de l'effet.
Au-delà, la dernière phrase de cette citation d’Agamben donne l’orientation dans la suite de son propos où il dénonce la dimension manipulatrice des dispositifs. A mon sens, il y s’agit là d’une question de morale de société et cela dépasse l’objet de ce blog mais l’ensemble des points mis en avant permet néanmoins de souligner des dimensions inhabituelles d’un dispositif :
  • Les jeux de pouvoirs et de réseaux ;
  • Les discours (on touche ici à la notion de storytelling ou narration, technique utilisée bien au-delà aujourd’hui de la sphère de la littérature ; j’y reviendrai) ;
D’un point de vue pratique et purement contrôle interne, ces dimensions du dispositif sont difficiles à identifier et pondérer ; aucun outil ne permet vraiment de les cerner. Selon moi, le seul moyen efficace de maîtriser ces dimensions, autant que possible, est le recours à des chartes ou codes éthiques, de déontologie, de conduite… peu importe le nom, il s’agit de faire appel à la responsabilité et l’éthique de chacun, et de faire confiance…
En fait, il ne 'agit de tomber ni dans un angélisme naïf ni dans un réflexe sécuritaire liberticide (tout contrôler sur le mode 1984 d'Orwell) : un équilibre entre la maîtrise de l'organisation et son cap d'un côté et le maintien de ses capacités d'adaptation et d'innovation de l'autre.
Dans une prochaine étape, je chercherai à rapprocher les notions de dispositif et d'organisation.
Publié dans : Risques et contrôle - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire - Par Damien
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