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La sécurité d'une
organisation peut-elle reposer sur le principe que celui qui n'a rien à se reprocher n'a rien à cacher }?{
Beaucoup d'émissions et de publications sont consacrées ces derniers temps aux questions de la liberté et de la sécurité. Ainsi, France Culture, dans son émission Fabrique de l'humain, invitait le 8/4 Gérard Wajcman, l'auteur du livre, "l'oeil absolu" :
Lors de l'émission, G. Wajcman relatait l'expérience de vidéosurveillance de la police londonienne, et en particulier, l'interview d'un responsable de cette dernière qui mettait en avant cet argument : "celui qui n'a rien à se reprocher n'a rien à cacher".
On retrouve ici le thème de la transparence que le livre d'Orwell, 1984, ou encore, le film minority report, avaient bien illustré. Différentes études ont par ailleurs montré que le simple fait de se sentir savoir surveillé créé un sentiment de culpabilité quand bien même la personne n'a rien fait de particulièrement répréhensible. De plus, à bien y réfléchir, cela traduit un manque de confiance de la société dans l'individu. Peut-on construire un projet de société sans confiance ?
D'une part, il y a donc les effets de la surveillance omniprésente sur l'individu ; d'autre part, il y a la question de la finalité et de l'efficacité d'une telle surveillance. Elle est une réponse possible à la volonté d'anticiper tout événement potentiellement dangereux. Mais est-ce que le fait de tout savoir à un moment donné permet-il de tout prévoir ? Même en imaginant un cerveau ou un ordinateur suffisamment puissant pour digérer toute l'information collectée, n'y-a-t-il pas des risques d'erreurs d'interprétation, d'évaluation du poids d'un événement par rapport à un autre ?
Cette question du contrôle et de la transparence posée ici au niveau de la société peut se décliner sur les entreprises où les dérives de la crise financière poussent le régulateur à demander plus de transparence et de contrôles. Ainsi, le thème de la traçabilité est souvent évoqué dans les approches de contrôle ; les reportings financiers sont de plus en plus détaillés... Comment alors face à ce besoin d'un meilleur contrôle (peut-être pas un tout-contrôle), peut-on préserver le sentiment de confiance constitutif du lien social et de la capacité d'innovation des individus ? Comment aussi rester cohérent en affirmant d'un côté plus de contrôle, plus de transparence et de l'autre en appelant à plus de responsabilité ?
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Aujourd'hui en image, peinture de Alain Gaudin : liberté, 2009.
Dépayser les lieux communs.
Remettre du sens et de l'éthique au quotidien.
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Mise à jour du 5 jan. 2012
Peut-on construire un projet de société sans confiance ? Ce n’est pas la bonne question. La société est déjà construite et c’est parce que son passé a prouvé que l’on ne pouvait pas avoir confiance dans l’individu qu’il faut mettre en place de tels outils de surveillance pour le futur. En revanche vous avez raison quand vous posez la question de la finalité et de l'efficacité d'une telle surveillance.
« Comment aussi rester cohérent en affirmant d'un côté plus de contrôle, plus de transparence et de l'autre en appelant à plus de responsabilité ? » S’il y a plus de transparence, il n’y a pas besoin d’augmenter le contrôle. Si un individu sait qu’il est « transparent », il s’autocontrôle. « Le simple fait de se sentir surveillé crée un sentiment de culpabilité quand bien même la personne n'a rien fait de particulièrement répréhensible. » Et c’est sur ce moteur qu’il faut jouer. Le défi consiste à transformer le sentiment de culpabilité en autocontrôle et en responsabilisation.
Votre GPS, votre carte de crédit, votre carte vitale, votre déclaration d’impôts, votre téléphone portable…vous rendent transparent et vous ne culpabilisez pas pour autant, alors pourquoi faire une fixation sur la video ? D’autant plus que cette surveillance s’exerce dans la sphère publique ; le seul endroit où il serait inacceptable d’être surveillé est dans le cocon du privé, dans l’intimité d’un home, sweet home.
Dans un autre domaine, je suis intimement convaincue que si le management de l’entreprise était plus transparent, les individus seraient aussi moins en souffrance, parole de consultante !
Tout d'abord, merci de votre commentaire qui a suscité chez moi de nombreuses questions très intéressantes. Certaines mériteront probablement que j'ouvre d'autres billets sur ce blog.
Une première idée m'a interpellé : "son passé a prouvé que l'on ne pouvait pas avoir confiance dans l'individu" ; en effet, la société regorge d'exemples de confiance : le crédit, payer son billet de train ou d'avion avant d'avoir bénéficié de la prestation, payer un abonnement à une revue, confiez ses enfants à une nourrice ou à une crèche, payer des impôts à un Etat... Faut-il se méfier de tout et ne peut-on avoir confiance en personne ?
En outre, le manque de confiance est-il la seule raison des systèmes de surveillance ? La faillibilité des individus peut être aussi une raison ? Et la peur ?
Vous indiquez par ailleurs "S’il y a plus de transparence, il n’y a pas besoin d’augmenter le contrôle" ; pensez-vous que le fait de tout voir est le seul garant de la qualité d'un contrôle ? L'efficacité des contrôles et surveillances ne trouve-t-elle pas de limites dans nos capacités de traitement de l’information ou d’interprétations de certains faits (voir une personne accomplir un geste ne révèle pas nécessairement ses intentions).
Dans votre commentaire, vous énumérez également quelques éléments qui nous rendent déjà transparents (GPS, carte de crédit…) ; certes, mais ils sont parcellaires. La question est de savoir quel degré de transparence l’individu est prêt à accepter ? Jusqu’à quel point accepteriez-vous d’être transparent(e) ? Et si tous vos faits et gestes en dehors de votre domicile étaient tous enregistrés ? Accepteriez-vous un tel niveau de transparence ? L'accepteriez-vous toujours si vous n'aviez pas totalement confiance dans l'institution/la société et craigniez l'évolution vers une dictature ?
Vous posez également, indirectement, une question intéressante : qu’est-ce que l’intimité ? Où commence-t-elle ? Où s’arrête-t-elle ? Se réduit-elle au domicile ? Votre sac à main ou votre attaché-caise ne sont-ils pas une partie de l’intimité ? Vos emails personnels reçus sur votre boîte professionnelle ?
Et pour finir, par rapport à votre conclusion, pensez-vous que la souffrance au travail est plus la conséquence d’un problème de confiance ou d’un non-respect de l’engagement, de la parole ? Ne pensez-vous pas non plus que certaines informations d’entreprise doivent rester confidentielles ?
Au plaisir de vous lire et d'avancer dans la compréhension des points que vous avez soulevés.