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Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /Déc /2009 22:16
« Il risque de pleuvoir » est un court roman d’Emmanuelle Heidsieck (publié en 2008 aux éditions du Seuil) où elle nous plonge dans la tête d’un cadre supérieur du secteur de l’assurance, Antoine Rougemont. Deux heures durant, le temps d’une cérémonie d’enterrement, le lecteur est pris dans un incessant va-et-vient entre un regard amère sur les personnes qui l’entourent, et des rétrospectives, en particulier sur l’évolution du monde des assurances. Dans un style mordant et original, Emmanuelle Heidsieck décrit un monde des affaires impitoyable et trace les lignes d’une chronique de la mort annoncée de la Sécurité Sociale, en particulier au travers de manigances pour faire main basse sur les données médicales individuelles. Antoine Rougement justifie, malgré lui et indirectement, cette dernière position par son concept de hasard moral ; je vous le livre :
Demain, dans mon cours à Dauphine, il faut que je développe la notion de «hasard moral». Je vais commencer par «S’il existe un marché de l’assurance et une possibilité de s’autoprotéger contre les risques, ce qui est le cas en général, la prime d’assurance dépend du niveau de précaution pris par l’individu. Plus ce niveau est élevé, plus faible est la probabilité d’apparition du risque et plus faible est la prime d’assurance, soit: «Dans ce contexte, on appelle “hasard moral” ie fait qu’un individu assuré prend davantage de risques, ce qui peut mettre l’assureur en difficulté. C’est en s’appuyant sur ce concept, très débattu, que certains prônent aujourd’hui le transfert de l’activité de la Sécurité sociale à des sociétés d’assurances privées. Ce courant de pensée constate qu’en pratiquant la gratuité des soins la Sécurité sociale accroît les risques au lieu de les réduire, tandis que les assureurs sont en mesure d’éliminer le “hasard moral” en excluant du dédommagement ceux qui n’ont pas pris de précaution et en proposant des tarifs intéressants aux autres, soit en discriminant entre hauts et bas risques.
Cela amène les assureurs dans une quête d'informations sur les assurés. L'auteur rappelle le cas américain des boîtes noires à installer sur les véhicules, pour permettre à l'assureur d'évaluer le niveau de précautions du conducteur et, le cas échéant, d'augmenter sa prime (le pay-as-you-drive). A mon sens, cela traduit une vision bien particulière de l’incertitude, qui serait alors à comprendre comme une insuffisance de connaissance (que les sciences permettront demain de combler).
Ilya Prigogine dans son ouvrage avec Isabelle Stengers (la Nouvelle Alliance) proposait une autre approche de l’incertitude où les lois déterministes de la physique ne peuvent plus prétendre renvoyer les incertitudes humaines à l’ignorance. L’incertitude ne serait donc pas seulement une affaires de connaissances ; dès lors, la quête d’information pour réduire l’information ne pourrait être qu’illusoire.
A noter qu'au passage, l'auteur soulève une question éthique sur la base du "Jusqu’où faut-il aller dans la quête de l’information".
Par le style narratif du roman, E. Heidsieck fait bien passer ses idées  : un roman sympathique à lire donc.
Publié dans : Risques et contrôle - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire - Par Damien
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