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Dimanche 14 février 2010 7 14 /02 /Fév /2010 23:42
mostarDans l'Antiquité, les représentations des deux divinités grecques Hermès et Hestia étaient souvent associées. Ce n'est pas un hasard. En effet, les oppositions et complémentarités de Hermès et Hestia illustrent parfaitement la tension qui existe entre, d'une part, le contrôle/maîtrise et, d'autre part, l'innovation/prise de risques. Mais je vais laisser Jean-Pierre Vernant en dire un peu plus, au travers d'un texte, commandé pour le cinquantième anniversaire du Conseil de l’Europe, et inscrit parmi d’autres sur une borne du pont de l’Europe, qui relie Strasbourg à Kehl :
Passer un pont, traverser un fleuve, franchir une frontière, c’est quitter l’espace intime et familier où l’on est à sa place pour pénétrer dans un horizon différent, un espace étranger, inconnu, où l’on risque, confronté à ce qui est autre, de se découvrir sans lieu propre, sans identité. Polarité donc de l’espace humain fait d’un dedans et d’un dehors. Ce dedans rassurant, clôturé, stable, ce dehors inquiétant, ouvert, mobile, les Grecs anciens les ont exprimés sous la forme d’un couple de divinités unies et opposées : Hestia et Hermès. Hestia est la déesse du foyer, au cœur de la maison. Elle fait l’espace domestique, qu‘elle enracine au plus profond, un dedans, fixe, délimité, immobile, un centre qui confère au groupe familial, en assurant son assise spatiale, permanence dans le temps, singularité à la surface du sol, sécurité face à l’extérieur. Autant Hestia est sédentaire, refermée sur les humains et les richesses qu’elle abrite, autant Hermès est nomade, vagabond, toujours à courir le monde ; il passe sans arrêt d’un lieu à un autre, se riant des frontières, des clôtures, des portes, qu’il franchit par jeu, à sa guise. Maître des échanges, des contacts, à l’affût des rencontres, il est le dieu des chemins où il guide le voyageur, le dieu aussi des étendues sans routes, des terres en friche où il mène les troupeaux, richesse mobile dont il a la charge, comme Hestia veille sur les trésors calfeutrés au secret des maisons. Divinités qui s’opposent, certes, mais qui sont aussi indissociables. Une composante d’Hestia appartient à Hermès, une part d’Hermès revient à Hestia. C’est sur l’autel de la déesse, au foyer des demeures privées et des édifices publics, que sont, selon le rite, accueillis, nourris, hébergés les étrangers venus de loin, hôtes et ambassadeurs. Pour qu’il y ait véritablement un dedans, encore faut-il qu’il s’ouvre sur le dehors pour le recevoir en son sein. Et chaque individu humain doit assumer sa part d’Hestia et sa part d’Hermès. Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui. Demeurer enclos dans son identité, c’est se perdre et cesser d’être. On se connaît, on se construit par le contact, l’échange, le commerce avec l’autre. Entre les rives du même et de l’autre, l’Homme est un pont.

Texte de Jean-Pierre Vernant , "La traversée des frontières", Seuil, 2004.
Publié dans : Risques et contrôle - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire - Par Damien
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La Rochefoucault
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