Samedi 24 avril 2010
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Dans quelle mesure peut-on être responsable de ce que l'on ne fait pas ?
Dans son livre "Que peut l'éthique", Monique Canto-Sperber explique (pp 81-82) :
Selon la conception traditionnelle de la responsabilité, les hommes considéraient qu'ils n'étaient responsables que de ce qu'ils faisaient intentionnellement. Voici un exemple. Si j'agis dans une
situation dont je maîtrise les données, je ne suis alors responsable que des seuls effets connus et prévisibles de nos actions. Cette idée de la responsabilité prévaut encore. C'est elle,
notamment, qui est au fondement de la responsabilité pénale, elle correspond à la définition morale de la responsabilité individuelle : on n'impute pas à une personne les résultats des actions
qu'elle n'a pas commises. Mais une telle conception de la responsabilité peut-elle être accomodée à un monde aussi complexe que le nôtre, où en particulier il n'est pas toujours possible d'avoir
une idée claire des conséquences de ce qu'on fait ? Si en raison de l'intrication des chaînes causales qui façonnent le monde d'aujourd'hui, il est impossible de connaître et de circonscrire les
conséquences de son action, comment pourrait-on être dit responsable de ses actions ? Davantage, on ne peut guère être responsable de ses seules actions dans la mesure où dans certains cas notre
action n'aura d'effet qu'entremêmée avec de nombreuses autres actions.
La définition traditionnelle de la responsabilité individuelle, que je viens de rappeler, est très utile, en matière pénale surtout, puisqu'elle rattache les peines aux actes et qu'elle permet de
préserver le sens traditionnel de l'autonomie personnelle, mais d'un point de vue méataphysique ou ontologique, elle ne peut suffire pour définir les normes régissant la complexité des relations
possible entre le monde et nous.
J'ajoute que se répand peu à peu une conception négative de la responsabilité individuelle : être responsable de ce que l'on fait, fort bien - en admettant que l'on sache ce que l'on fait,
que l'on sache quelles sont les conséquences de ce que l'on fait, et qu'on sache que l'acteur qui a accompli cet acte est bien soi-même -, mais pourquoi ne pas être responsable également de toute
ce que l'on ne fait pas ? C'est là un sens tout à fait nouveau de la responsabilité.
En entreprise et dans toute organisation poursuivant une finalité, la responsabilité porte déjà sur ce que l'on ne fait pas ; en effet, à partir du moment où des objectifs ou une mission
sont assignés, on peut vous reprocher de ne pas avoir tout mis en oeuvre pour l'atteinte de ces objectifs.
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Note : Une dose de réflexion éthique tous les jours fait le plus grand bien et c'est une bonne manière d'affûter ses facultés de discernement le jour où l'urgence ou plus largement le contexte ne
vous laissent pas suffisamment de temps pour réfléchir à vos décisions ou comportements.
Aujourd'hui en image, peinture de Gauguin : Mahana no atua (Le jour de Dieu), 1894
Bravo pour votre blog. je l'ai référencé sur le mien (Mortel management) dans les blogs amis.
D'être responsable également de toute ce que l'on ne fait pas me rappelle à un proverbe: la présence de la silence indique également la connivence sur l'affaire.
Dans nos sociétés occidentales judeo-chrétiennes, l'idée de libre-arbitre, de choix, d'intention est fondamentale. Il faut pouvoir rendre quelqu'un responsable pour pouvoir le punir ou le récompenser. Malheureusement cette vision ne "tient pas la route". Impossible de prouver, d'établir l'existence de celui qui est libre, qui choisit, qui a l'intention, c'est à dire de trouver celui qui est coupable.
Un exemple à propos de tenir la route : si je renverse quelqu'un avec ma voiture, j'admets que je suis responsable mais dans l'ignorance complète du moment où j'aurais été celui qui aurait décidé cet acte. J'avoue en être la cause, c'est tout.
Dans nos sociétés, la notion de responsabilité est liée à la notion de connaissance. (comme dans la Genèse). Le degré et l'étendue de la connaissance définissent la responsabilité. C'est donc une affaire de loi.
Avec la politique et les normes sociales en vigueur dans nos sociétés extrêmement policées, la notion de responsabilité s'est quelque peu dévoyée.
Être responsable - pour rejoindre les propos de l'article - revient trop souvent à ne pas agir différemment de la façon prescrite, à ne pas faire ce qu'il est déconseillé de faire, à ne pas penser différemment. Cette responsabilité nie la responsabilité et le libre-arbitre qui consistent, normalement à agir en accord avec soi, avec la connaissance à sa disposition, et à en assumer les conséquences.
Non, si on veut être utile, faire le bien, être responsable à la mode d'aujourd'hui, il faut être irrespponsable, il faut faire le bien défini par les autres. La connaissance, c'est la connaissance de ce que disent les personnes patentées.