Partager l'article ! Au bord de la faillite, accepteriez-vous d’emprunter auprès d’un baron de la drogue ?: En temps de crise, il est souvent difficile de trouve ...
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Questionner sa pratique et lui donner du sens |
Blog animé par Damien Goy |
En temps de crise, il est souvent difficile de trouver des financements, en particulier si vous êtes dans une situation financière très dégradée, voire
au bord du défaut de paiement.
Les prêteurs ne se bousculent pas et s’ils daignent considérer votre cas, ils exigeront des taux d’intérêt plus élevés, accompagnés le cas échéant de clauses contraignantes, pouvant se traduire, par exemple, par un plan de redressement drastique.
Le diagnostic vaut que vous soyez particulier, entreprise ou Etat,…
Ainsi, devant la raréfaction des prêteurs, il serait considéré comme malvenu de faire la fine bouche et de vouloir sélectionner ses prêteurs. S’il ne restait plus qu’un seul prêteur pour vous financer et qu’il s’agissait d’un baron de la drogue, accepteriez-vous son offre ?
En philosophie, un cas fictif de ce genre est ce qu’on appelle une expérience de pensée ; elle vise à interpeller le sens moral de chacun à partir d’une narration courte et simple où l’on fait varier quelques paramètres, parfois de manière extrême, afin d’éprouver l’évolution du jugement moral et ainsi d’en identifier les éléments clefs.
Le cas présenté dans cet article, « L’argent de la drogue » amène à s’interroger sur le poids dans le jugement, et au final dans la décision, de l’origine des fonds, qu’il s’agisse de l’identité du prêteur ou de la manière dont ces fonds ont été acquis.
Si vos finances étaient saines, vous choisiriez très certainement de ne pas emprunter auprès du baron de la drogue. Par contre, au bord de la faillite, là où il s’agit presque d’une question de survie (mais peut-être pas), en serait-il de même ? Adepte de la realpolitik et de Machiavel, vous feriez sûrement le choix de la survie financière indépendamment des questions morales ; n’est-il d’ailleurs pas plus essentiel d’assurer sa survie quitte à bafouer ses principes moraux ? Sur le plan individuel, il ne fait peut-être pas sens de prendre le risque de la morale ; par contre, sur le plan collectif, de la société, cela fera peut-être sens. Au final, certains se conforteront dans leur choix de realpolitik en considérant que ces questions sur la moralité et l’origine de l’argent ne sont pas légitimes au regard de la Loi, laquelle affirme le caractère fongible de l’argent, ainsi qu’au regard du sens commun, lequel nous dit que l’argent n’a pas d’odeur…
Approfondissons cette hypothèse ! Si vous acceptez donc l’argent de ce prêteur peu moral, mais néanmoins votre sauveur, vous lui serez redevable financièrement (par le contrat) et moralement (pour vous avoir sorti d’une mauvaise passe). En outre, il sera également en mesure de vous contraindre si vous prenez ouvertement une position qui va à l’encontre de ses intérêts. Pensez-vous pouvoir d’un côté accepter l’argent d’un baron de la drogue et de l’autre mener une campagne de lutte contre la drogue ? D’une certaine manière, vous aurez perdu une part de votre souveraineté ou de votre liberté, voire des deux (et ce d’autant plus dette sera concentrée sur ce prêteur).
A l’opposé, d’autres personnes jugeront qu’il ne faut pas fermer les yeux sur l’identité et la moralité du prêteur et, donc, que l’origine de l’argent doit peser dans la décision. Ceux-là devront cependant s’interroger sur la manière d’arriver à une évaluation objective de la moralité du prêteur ? Dans le cas du baron de la drogue, il ne doit pas y avoir trop de doutes sur cette évaluation, sauf si, peut-être, on commence à vous expliquer que ce baron cherche à racheter ses erreurs passées en soutenant des projets comme le vôtre… Le dilemme ne devrait pas présenter trop de difficultés dans le cas d’un dictateur à l’origine de nombreux massacres dans son pays ? Et celui qui ne respecte pas les Droits de l’Homme ? Qu’en serait-il alors de celui qui n’a pas de sang sur les mains et respecte les Droits de l’Homme ? Accepteriez-vous son argent ? Et si le prêteur est une entreprise dirigée par un homme d’affaires brutal, méprisant, sans scrupules et connu pour ses nombreux démêlés avec la justice ? Cela changerait-il quelque chose de savoir que la justice n’a jamais réussi à le condamner et qu’il est donc peut-être innocent ? Au final, cette série de questions vise à définir la dose de fautes morales (avérées ou soupçonnées) que vous êtes prêt à accepter chez votre financeur ? Pouvez-vous en imaginer un qui n’est rien à se reprocher ?
Ces variations montrent à quel point il est difficile de trouver des critères objectifs, vérifiables et réalistes de la moralité d’une institution ou d’une personne. Cependant, aussi difficile cela soit-il, cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille renoncer à apprécier la moralité du prêteur quitte à ne pas avoir de critères objectifs et de procédure à une évaluation au cas par cas. La meilleure manière d’y parvenir, c’est probablement d’en débattre que ce soit avec des proches pour le particulier, au sein des instances de gouvernance pour l’entreprise ou encore dans le cadre des institutions politiques pour l’Etat.
Ce qu’il y a d’intéressant dans l’expérience de pensée est qu’elle peut préparer et éclairer une décision concrète. Par exemple, prenez l’exemple de l’Europe aux abois dont le FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière) s’apprête à s’endetter plus largement en émettant des sommes importants de titres obligataires ! L’Europe doit-elle accepter de se financer auprès de n’importe quel investisseur au risque de perdre, à l’avenir une partie de sa souveraineté ?
Dépayser les lieux communs.
Remettre du sens et de l'éthique dans les pratiques au quotidien.
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Mise à jour du 5 jan. 2012
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