Samedi 10 mars 2007
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Qu'est-ce que le jeu ?
Activité divertissante, soumise ou non à des règles, pratiquée par les enfants de manière désintéressée et par les adultes à des fins parfois lucratives
Le jeu est donc une pratique identifiée comme telle par les acteurs ; il est une période prélevée sur notre temps, il est une "parenthèse dans la vie".
Roger Cailloix distingue quatre catégories de jeu : les jeux centrés sur la compétition, le hasard, la mise en scène/le simulacre, le vertige.
Notre société tend de plus en plus à évaluer toute activité en fonction de son utilité. Ainsi, pour légitimer le jeu, on lui trouve des utilités comme par l'exemple
l'apprentissage, l'entraînement (motricité, apprentissage de règles...), le délassement comme pour nous préparer à revenir à une activité sérieuse en étant plus reposé et donc productif.
Mais je n'approfondirai pas les différentes interprétations présentées par l'auteur. En effet, le jeu considéré comme une activité circonscrite dans le temps n'a pas sa place dans les
organisations et le management, sauf peut-être à l'occasion de séminaires annuels, dans des sessions de teambuilding.
Je m'intéresserai plus aujourd'hui mais à "l'esprit du jeu qui peut se mêler à toute activité".
Dans le jeu, l'enfant s'impose un rôle et accepte des règles avec la possibilité d'en sortir à tout moment "je joue" "je ne joue plus". Cette attitude caractérise (et prépare à) une prise de
recul où l'individu se dissocie entre un acteur engagé dans une activité et un juge décalé par rapport à son engagement ; l'esprit du jeu pourrait donc être compris comme une conscience de
soi.
L'esprit du jeu intégré dans les activités humaines peut souligner une incapacité à s'investir dans ses activités et serait ainsi un symptôme de désespoir collectif : on n'arrive plus à prendre
au sérieux ce que l'on fait.
A partir de là, Denis Mousset renvoie au nihilisme de Nietzche (La volonté de puissance) : les valeurs supérieurs se déprécient , les fins manquent ; il n'est plus de réponse à cette question :
à quoi bon ?
Cette absence de sens objectif à la vie ne doit pourtant pas laisser place à un nihilisme régressif, cynique et désabusé. Il existe un "nihilisme affirmatif" qui serait celui de l'esprit du jeu
: puisque la vie n'a pas de sens, autant lui en inventer un et s'inventer des rôles.
Ne retrouve-t-on pas cela dans le phénomène Second Life (certains candidats à la présidentielle y feraient même campagne) :
Pas tout à fait MMORPG (acronyme pour désigner les jeux de rôle en ligne massivement multi-joueurs), Second Life est davantage un jeu de rôle hybride avec comme cadre un espace
digital en 3D où le joueur évolue au gré de ses envies. Car Second Life est aussi bien un espace de vie où l’on peut rencontrer des gens, inviter ses amis à prendre un verre à la maison puis
aller au concert qu’un espace de débauche où se mélange spéculation et même prostitution ! Tout dépend donc de ce que vous souhaitez y faire. Le jeu vous projette en tout cas dans un autre
monde, avec ses propres codes et même sa propre monnaie.
Je laisse les connaisseurs apprécier.
L'esprit du jeu serait donc un remède au désespoir.
Certains pourront critiquer cette affirmation d'absence de sens objectif ; toujours est-il que la société est tellement complexe et les rapports humaines tellement inter-reliés, que les
finalités deviennent très inceraines et aléatoires dans leurs résultats : on ne sait pas ce que notre action va donner, si cela va être bon ou mauvais.
Cette absence de sens ou incertitude quant au résultat nous amèneraient finalement à regarder la forme, l'ici et le maintenant, le rôle, et donc à revenir à l'esprit du jeu.
Cet esprit du jeu devient donc un regard (tendre, amusé, désespéré) sur nos pratiques ; on se surprend à jouer le manager en colère, le décideur affirmatif...
Avec l'esprit du jeu, l'incertitude de la finalité devient ainsi négligeable.
Je vous laisse ici et maintenant sur les réflexions que pourrait susciter cet article et reviendrai sous peu avec la suite.
En attendant, cherchez l'esprit du jeu dans vos pratiques.
Cet article retranscrit les idées d'une conférence de Denis Mousset,
disponible sur le CD des éditions M-Editer : Croire.
L'image est issue du blog de Marie Zimmer.
Publié dans : Détours
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Par La Chouette
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