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Samedi 3 mars 2007 6 03 /03 /Mars /2007 15:46
Comment je l'évoquais dans un précédent article, Méfions-nous de la confiance, l'urgence est un facteur de modification des rapports sociaux ; les conséquences de ce phénomène peuvent être considérées sous différents angles ; nous assistons aujourd'hui au règne de l'instantané, de l'immédiateté, du flux tendu.
Le temps court a supplanté le temps long (
définitivement ?).
Cette modification de notre rapport au temps produit des effets contrastés sur les individus ; certains vivent et s'épanouissent dans l'urgence ; d'autres sombrent dans la dépression :
  • Afin de faire face aux objectifs qui leur sont assignés dans les organisations, les individus prennent de moins en moins le temps d'entretenir des liens avec les autres ; il y a une perte des petits liens de tous les jours, du vivre ensemble : prendre un café, fêter un anniversaire, fêter une réussite… Il n'y a plus de temps pour l'écoute, la discussion, l'échange. Les situations d'urgence sont génératrices de stress. Certains parlent de culte de l'urgence, voir de « tyrannie de l'urgence »
  • De l'autre côté, l'urgence peut être vécue comme une opportunité ; afin de bousculer le temps, l'individu fait preuve de créativité, de spontanéité, d'imagination... l'urgence oblige l'individu à s'appuyer sur les autres, de faire confiance... L'urgence pourrait donc favoriser la confiance ?!
Au-delà de ces points de vue qui, je pense, co-existent dans des proportions variables suivant les situations, qu'est-ce que l'urgence ?

Basiquement, lorsque l'urgence est invoquée, cela implique un changement de priorité (l'activité requise doit être réalisée avant toutes les autres, peu importe la planification initiale) et la réalisation plus rapide qu'en temps normal. Cette invocation survient lorsqu'un événement/demande imprévu survient ou lorsque quelque chose a été oublié.
L'urgence devient un présent imposé ; imposé par un contexte, un directeur, un client...
L'urgence réclame l'engagement immédiat ; il n'y a plus de temps, plus de futur ; c'est la fin du monde maintenant.  Elle n'est plus le temps de la réflexion, au contraire ; l'esprit critique a du mal à s'exprimer dans l'urgence. L'urgence projette donc l'individu dans l'immédiateté, la spontanéité, l'intuitif, même si il est souvent considéré que le bon manager se doit d'analyser rationnellement, y compris dans l'urgence ; ou peut-être faut-il considérer que le bon manager anticipe le futur, les situations d'urgence et qu'il n'a plus besoin de temps de réflexion dans l'urgence (vision un peu idéaliste selon moi).
L'urgence transforme l'individu en héros de l'ici et le maintenant ; s'il réussit, la vie continue ; s'il échoue, c'est la fin du monde.

D'un point de vue pratique, une difficulté essentielle réside dans l'appréciation de l'urgence, par essence subjective. Son invocation à répétition la galvaude ; elle fatigue et stresse les individus ; elle ne peut être que l'exception. Autrement, elle traduit les faiblesses, les défaillances, le manque d'anticipation de l'organisation, d'un individu :
Qualifier l'urgence à bon escient est un art

Si l'on essaye de pousser plus loin la réflexion, on a le sentiment que l'urgence fait sortir l'individu du temps linéaire, séquentiel et irréversible. Comme l'exprimait déjà Saint Augustin, le présent n'est qu'en cessant d'être, en rejoignant le passé. Alors, l'urgence est-elle une suspension du temps, un autre temps ou un espace sans temps ?
J'ai écrit un peu plus haut que "L'urgence transforme l'individu en héros de l'ici et le maintenant" ; quel est l'adversaire de ce héros ? Le temps ? Est-ce qu'en acceptant de se soumettre à l'urgence, l'individu ne pense-t-il pas triompher du temps ? N'est-ce donc pas une quête de l'immortalité ?

Une autre manière de considérer l'urgence serait de la concevoir comme un moyen pour l'individu de fuire un avenir incertain et/ou sombre, et ainsi de se réfugier dans le présent. L'urgence ne traduit-elle pas un manque de confiance dans l'avenir, une impatience : un "tiens" vaut mieux que deux "tu l'auras" ; d'où ce culte de l'immédiateté.

Quel que soit le point de vue retenu, l'individu-dans-l'urgence se trouve confronté à des exigences paradoxales : d'un côté le devoir de rechercher la qualité, et de l'autre l'action dans l'urgence. Comment réconcilier les deux ?

Pour finir, je vous invite à vous à réfléchir sur la fable de La Fontaine : le lièvre et la tortue.
Publié dans : Éthique et gouvernance - Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire - Par La Chouette
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Commentaires

Bonjpour à tous,


Dand CHALLENGE's parue ce jour il y a un article interésant concernant le sujet abordée en page 96 "Vaincre la tyrannie du "tout-urgent" "


L'impératif des entreprises, la réactivité empoisonne souvent le quotidien des employés. Stressés ils ne distingent plus les priorités.


4 Clés pour ne plus confondre vitesse et précipitation.


Ce sont quelques idées et analyses données par des sociologues, consultants des cabinés et institus d'opinions. Je vous conseil de lire.


Bon W-End à tous

Commentaire n°1 posté par L'AIGLE le 09/03/2007 à 14h40
Je n'ai pas eu l'occasion de l'acheter ; il va fallir que je m'en procure des copies.
Merci pour l'info
Réponse de La Chouette le 13/03/2007 à 08h04

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Citations

"Tout le monde se plaint de sa mémoire mais personne ne se plaint de son jugement"
La Rochefoucault
"Voyager nuit gravement aux lieux communs"
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