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Dimanche 11 février 2007 7 11 /02 /Fév /2007 17:13
Que signifie vraiment "organiser" ? Quelle est l'étymologie de ce mot ? Après quelques recherches, différentes origines semblent se dessiner sans qu'aucune ne s'affirme vraiment.

J'ai trouvé une base d'analyse intéressante, que je commente, dans le dictionnaire d'Alain Rey sur les termes d'"organe" et "organisme" ; en fait, mes commentaires n'ont pas vocation à trouver la bonne définition pour le manager mais surtout à ouvrir des pistes, des chemins ; amis aventuriers, continuez la route !
L'organon est un moyen matériel employé pour mener à bien un travail, assumer une fonction, réaliser un "ouvrage" ou une "oeuvre" (autre sens du mot organon, apparenté à ergon). Il se caractérise donc par son utilité, par la fonction qu'il peut remplir dans un processus de production finalisé. C'est du domaine de la technique (tekhnê, à la fois "technique", "art" et "science") que provient la notion. Est organikos ce qui aide à l'action, ce qui est pratique, "efficace" - et pour l'être, une entreprise, à partir du milieu du XXème siècle, ne se conçoit plus sans organigramme, ni un cadre sans organizer (en anglais). La rationalisation du travail suppose d'être toujours plus attentif à la coordination de ses moyens, en un mot grec apparenté à organon, à son ergonomie. Le radical indo-européen *werg-, qui a donné le grec organon, se retrouve dans la vocabulaire du travail d'autres langues européennes, notamment germaniques : l'anglais work ou l'allemand Werk.

La définition de l'organigramme devient presque l'acte fondateur de l'entreprise/organisation. Néanmoins, si l'on poursuit l'analogie architecturale, comment peut-il constituer une fondation  alors que, dans beaucoup d'organisations, il change régulièrement, voir fréquemment.
Organiser, tout comme l'organigramme, est un acte de management du quotidien. L'organisation, à défaut d'être une fondation, est, je pense, un moyen, un outil. Mais, un outil pour quoi faire ? L'outil n'existe pas pour lui- même, il répond à certaines fonctionnalités (je ne cherche pas à approfondir ici les différentes fonctionnalités possibles) ; il est, comme outil, le prolongement de la main de l'homme. Il permet à l'homme de travailler, et en l'occurence, de travailler en collectivité (au passage, sur ce principe, on peut souligner qu'une organisation ne peut être responsable à la place d'un homme ; comme si l'on pouvait accuser un marteau !).

Nous pourrons donc retenir ici l'organisation comme outil de l'homme en vue d'une certaine finalité.
L'organiser n'est donc pas une fin en soi.

Et organiser ? J'ai pu trouver différentes définitions :
  • Doter d'une structure ou d'une constitution déterminée, d'un ordre, d'un mode de fonctionnement.
  • Soumettre à une méthode, à une façon déterminée de fonctionner.
  • Soumettre à des règles de fonctionnement.
  • L'action d'organiser est un processus plus ou moins volontaire qui consiste à un mettre un ordre dans une situation considérée comme en désordre.
  • Il y a donc au départ du désir d'organiser le constate, plus ou moins formulé, d'une insatisfaction par rapport à l'état de choses actuel et la référence à un autre état souhaitable, dans la tête de celui qui formule cette observation.
Une idée prévaut : organiser, c'est mettre de l'ordre ; mettre de l'ordre, c'est ordonnancer, positionner selon des règles préétablies ; ici, dans cette vision de l'organiser, il n'y a pas nécessité d'une finalité ; vous pourrez toujours me dire, par rapport à la vision précédente de l'outil, que l'on peut taper sur un clou avec un marteau pour taper sur un clou.

Par ailleurs, comme le souligne A. Rey, cette racine de l'organon a également largement alimenté la terminologie des sciences de la nature, de la biologie : organe, organisme... Cette utilisation en biologie est arrivée bien après l'approche grecque de l'organon comme instrument (au XVème en fait). De ce fait, il en déduit la question de la primauté de la technique sur la vie (ce qui nous ramène à cette vision de la technique pour maîtriser la nature où l'homme se positionne en dehors de la nature).
Dans cette dimension biologique, A. Rey donne à l'organiser un sens étymologique de "rendre apte à la vie" ; créer une organisation est-ce donc donner la vie ? Organiser, c'est donner la vie (le manager créateur, un démiurge ou un Docteur Frankenstein).

De cette approche, et en mettant de côté mes commentaires farfelus, on peut retenir que l'organisation est nécessaire, vitale, pour avancer vers une certaine finalité ou, sans être affirmatif : un groupe d'hommes peut-il avancer vers une finalité sans organiser/organisation ?

Pour finir, un dernier extrait du dictionnaire d'A. Rey :
Le français garde trace, par ses expressions, de l'origine du mot : l'organum du latin chrétien, l'orgue qui entre dans les Eglises au IXè siècle et dont la soufflerie matérielle supporte et accompagne le souffle spirituel des fidèles.

Sans aller jusqu 'à dire que les salariés d'une entreprise ou de toute autre organisation sont des fidèles ou des croyants, l'analogie entre l'organisation/l'organigramme et l'orgue est intéressante ; n'est-il pas plus pertinent de considérer la fonction de l'organisation/l'organigramme comme un accompagnement plutôt que comme une stucturation (l'orgue accompagne le chant plus qu'il ne le structure). Lorsque j'utilise cette notion de structuration, j'y vois une certaine rigidification et un manque de souplesse/réactivité par rapport un environnement par essence changeant et le risque de passer à côté de certaines opportunités ou de s'enfoncer inexorablement dans les abîmes de l'échec.

J'arrive ici sur une vision plus personnelle de l'organiser ; j'en conserve la dimension d'outil mais l'enrichis de la vision des discours systémiques du complexe. En effet, le fonctionnement d'une organisation ne peut se déduire de la simple juxtaposition du comportement de chacun de ses composants pris isolément, indépendamment des autres éléments constitutifs. Autrement dit, l'organisation est un outil complexe lorsqu'il s'agit d'évoluer vers une certaine finalité ; la connaissance de chacun des composants de l'organisation est insuffisante pour avoir la certitude d'évoluer dans le bon sens.
En fait, j'ai tendance à penser qu'il n'est pas possible de déduire l'organisation idéale d'une finalité donnée (cette organisation qui permettra d'atteindre la finalité en question). Je préfère plus simplement cette vision de l'organiser comme outil de régulation, c'est-à-dire comme un outil permettant de maintenir un équilibre au travers des mutations du monde, en particulier en fixant des points de repère souples (il ne s'agit donc pas de lignes blanches à ne pas dépasser) ; cette vision s'inscrit dans une conception du flou que l'on accepte comme un état normal (je sais, c'est désagréable ; je suis moi-même myope mais je l'accepte et m'adapte ;-) ) ; je passe peut-être donc d'une vision technique de l'organiser comme outil à une vision plus artistique de l'organiser comme instrument, source de créativité.

Qu'en pensez-vous ?

A l'occasion, je reviendrai sur les notions d'ordre et de régulation, pris au travers du prisme de la pensée chinoise.
Publié dans : Management et organisation - Voir les 2 commentaires - Ecrire un commentaire - Par La Chouette
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