Mercredi 7 février 2007
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Michel Lacroix, un philosophe contemporain vient de publier chez Flammarion un ouvrage à cheval entre la philosophie et la psychologie, intitulé "Avoir un idéal, est-ce bien raisonnable ?".
La notion d'idéal n'a pas toujours bonne presse ; en effet, par le passé, certains idéalismes (collectifs) ont pu donner cours aux pires atrocités. Par ailleurs, aujourd'hui, souvent, idéalisme s'oppose à pragmatisme ; l'idéaliste serait cet individu déconnecté de toute réalité . Sur la base de cette dernière affirmation, il serait donc impératif que le manager ne soit pas un idéaliste. Mais n'en restons pas là !
Pour M. Lacroix, un groupe, un individu fait preuve d'idéalisme à partir du moment où il poursuit ses objectifs avec une passion exclusive et, j'ajouterai, avec continuité/persévérance... voire obstination ?
Rien de grand se fait sans idéalisme ; ce dernier fournit une formidable énergie à l'individu, au collectif.
L'idéalisme a quelques points communs avec la notion de valeur ; on y retrouve le caractère normatif du devoir être et non de l'être ; il permet de juger nos actes (si votre idéal est la solidarité, tout comme les valeurs, vous jugez tous vos actes au travers de cet idéal/valeur).
Au passage, vous aurez certainement relevé le terme de passion, peu présent dans le discours managérial, ou, en tous cas, si il l'est, rarement présent dans la réalité...mais je ne resterais pas affirmatif sur ce point car attention... de quelle passion, de quel idéalisme parle-t-on ?
M. Lacroix parle d'un idéalisme tempéré. Pour lui, la tempérance pouvait s'appuyer sur les doctrines du péché originel ; l'individu redoutait la "faute" ; aujourd'hui, il considère notre société contemporaine comme dominée par l'idéal personnel, "l'idéal du moi", où l'individu redoute plus la médiocrité. Néanmoins, son idéalisme doit être tempéré, mais de manière laïque. Dès qu'il se sentent impuissants à faire passer leurs idées, les individus peuvent commencer à perdre raison.
A mon sens, l'introduction de la religion chrétienne dans son analyse révèle un certain ethnocentrisme ; la religion n'est pas la seule source de valeurs et de tempérance ; mais il y a là un autre débat philosophique.
Dans tous les cas, il est selon lui absolument nécessaire d'épurer l'idéalisme de ses pulsions destructrices, et mettre en avant un idéalisme tempéré et réconcilié avec le réel...
Il est en reste pas moins que : "L'acte fondateur de l'identité personnelle est celui par lequel on se donne un idéal".
Stratèges ! Faites de votre projet d'entreprise une passion, un idéal !
Mais attention ! La passion, comme toute valeur, ne se décrète pas ; en 1991, Elf Aquitaine lançait son slogan : "la passion a toujours raison" ; aujourd'hui, la situation de l'entreprise ne donne pas raison à la passion.
Ce dernier point relève d'une argumentation facile, voire simpliste ; l'échec d'Elf est certainement plus compliqué. La passion, l'idéal, est certainement un bon moteur du changement mais ne suffit pas à lui-même.
Je rappellerai succinctement la vision développée par François Jullien dans son traité de l'efficacité et résumé dans un précédent article, Le budget ou comment un héros négocie le futur :
Mais cette vision héroïque du manager va plus loin. Dans son livre François Jullien, nous explique que la tradition européenne, telle qu'elle nous vient des grecs, pense l'efficacité à partir de l'abstraction de formes idéales (eidos) que l'on projetterait sur le monde et que la volonté se fixerait comme but à atteindre (telos), à faire passer dans les faits. L'homme occidental choisi d'intervenir dans le monde et de donner forme à la réalité.
Selon le même auteur, face à la vision du plan dressé d'avance et de l'héroïsme de l'action, se présente une conception chinoise de l'efficacité qui apprend à laisser advenir l'effet : au lieu de viser l'effet, l'idée est de le recueillir comme conséquence du potentiel de la situation pour le changement. Il s'agit de savoir tirer partie du déroulement d'une situation en se laissant porter par elle. Cette vision chinoise est intéressante dans la mesure où elle permet de considérer l'approche budgétaire sous un autre angle ; elle l'a remet peut-être fondamentalement en cause.
Finalement, M. Lacroix propose un idéalisme tempéré et réconcilié avec le réel, c'est-à-dire à mi-chemin entre l'éidos grec et le pragmatisme chinois.
Publié dans : Risques et contrôle
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Par La Chouette
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