Lundi 8 janvier 2007
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Comme je le soulignais dans mon article Morale et Sciences Humaines, l'expression de la morale repose sur un jugement, ce sur quoi un lecteur-ami s'interroge : la moralité sans jugement existerait-elle ?
Pour l'instant, je ne chercherai pas à répondre à cette question mais me contenterai de rappeler une définition du mot "jugement" et vous faire part des idées et réflexions (ramenées au management) suscitées à l'écoute d'un CD audio sur une approche philosophique de la notion de Croire, et plus particulièrement, de la présentation de Jean-Luc Nativelle sur l'opinion.
Ces deux éléments en soi alimenteront les méditations des managers (en fait de tout individu) et éclaireront un début de réponse
Jugement selon le TILF : démarche intellectuelle par laquelle on se forme une opinion et on l'émet; résultat de cette démarche.
De par son utilisation dans des expressions telles que "jugement de Dieu" ou dans les procédures judiciaires, la notion de jugement emporte un certain caractère définitif. Le jugement tranche.
Nous voyons donc ici que la notion de jugement renvoie à celle d'opinion par opposition à la vérité ; pour faire simple, la vérité serait unique, universelle et immuable (au passage, lorsque l'on considère l'histoire des sciences et la remise en cause des théories classiques par la physique quantique, nous pouvons légitement nous demander s'il existe une vérité, au sens des qualités cités ci-dessus ; je mentionne la physique et ne parle même pas des affaires humaines).
Les opinions par essence ne sont ni objectives ni neutres ; elles sont plurielles ; elles ne peuvent donc pas constituer un savoir (dans la logique de ce raisonnement, la morale ne peut donc pas être une science).
Nous pouvons à nouveau, ici, nous poser la question d'une moralité sans jugement, c'est-à-dire une moralité sans opinion : serait-ce une moralité fondée sur un savoir ?
Au-delà de cette question, je pense que le management n'est pas une science (ceci est mon opinion, elle peut faire l'objet d'un débat epistémologique mais, en tous cas, pas ici) ; le management est donc selon moi du domaine de l'opinion, d'où l'intérêt tout particulier d'y réfléchir. Il n'est ni du domaine du savoir et ni de celui de l'ignorance (l’ignorance qui se sait ignorance pour approcher le savoir).
Il ne faut pas non plus confondre certitude et savoir ; la certitude reste de l'ordre de l'opinion : elle traduit un état de l'entendement à l'égard d'un ou de plusieurs jugement(s) qu'il tient pour vrai(s) (définition du TILF). La certitude traduirait donc la faiblesse d'une opinion prise pour un savoir.
En fait, l'opinion traduit un défaut et un besoin de savoir ; elle est une prise de position subjective, là où il y a incertitude.
Ce qui va faire la qualité d'une opinion (et non pas sa vérité) est l'exercice du sens critique, c'est-à-dire une prise de recul par rapport à ce que je pense. Chaque individu, par définition et dans un premier temps, croit en ses opinions ; leur remise en cause requière de la bonne foi et du courage car, comme le souligne Jean-Luc Nativelle, l'individu peut rencontrer des difficultés à trouver encore des réponses quand il doute de celles qu'il s'était donné.
Cet exercice critique est d'autant plus nécessaire que l'opinion n'est pas forcément le fruit d'une pensée rationnelle. Elle peut relever des sentiments (c'est-à-dire du domaine des sens).
Ainsi, une opinion peut être considérée comme pertinente plus parce qu'elle nous plaît que par l'exercice de ce fameux sens critique ; nous rentrons donc ici dans le domaine de la séduction.
Le bon manager ne doit-il pas être également un bon séducteur ? (ne l'avez-vous jamais entendu sous cette forme ou une autre ?).
Un autre moyen de garantir la qualité d'une opinion serait la confrontation à l'autre et ce afin de la préserver des écueils de l'affect. Une bonne opinion est une opinion critiquée, débattue et partagée (Aristote en faisait un fondement de la démocratie et trouvait plus de vertu dans le plus grand nombre que dans un seul) ; néanmoins, rappelez-vous, il y a des biais cognitifs ! ; relisez éventuellement ces deux articles :
J'ajouterai que le propos d'Aristote sur le plus grand nombre me paraît bien si ce plus grand nombre exerce son esprit critique...
En aparté, vous savez que la majorité des organisations ont une structure pyramidale et, de fait, plus vous êtes en haut, plus vous êtes seuls ; plus vous êtes seuls pour débattre. Il est donc important d'échanger sinon (et pour reprendre la phrase de conclusion de JL Nativelle) :
A se prétendre légitime à penser n'importe quoi, on finit par être l’esclave, non pas d’un tyran mais de sa certitude et de sa bêtise.
Peut-être que le fonctionnement traditionnel des entreprises ne permet pas ce "penser en commun" ? Comme faut-il faire ? Et d'ailleurs, les entreprises (ses décideurs) ne le souhaitent-ils pas ?
Le sens critique et le penser en commun garantissent (en partie) une opinion éclairée (que JL Nativelle appelle également la prudence).
Publié dans : Management et organisation
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Par La Chouette
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