Dimanche 24 décembre 2006 7 24 /12 /2006 01:31
Je vous invite à consacrer 30 minutes de votre temps à l’écoute de l’émission de Monique Canto-Sperber sur France Culture « Questions d’éthique » (faites comme moi, écoutez la quand vous le souhaitez en podcast). Le 16 décembre, elle avait retenu pour thème « Morale et Sciences Humaines » avec Sylvie Mesure, pour invitée. Cette émission peut être écoutée en cliquant ICI (cela nécessite l’installation de Realplayer ).
En quoi cette émission radiophonique est-elle intéressante ?



Je vous ferai part de deux points qui ont particulièrement retenu mon attention, peut-être, parce que certaines idées sont posées simplement, ce qui ouvre ainsi quelques voies de réflexion.

La moralité
Les sciences humaines essaient de comprendre comme les hommes vivent ensemble au sein d’une société particulière ; lors de son émission, Monique Canto Sperber cherche à identifier plus spécifiquement comment ces sciences humaines expliquent le phénomène moral, un ensemble complexe de raisons et de valeurs que l’on retrouve sous différentes formes :
- Les hommes disent « C’est bien » ou « C’est mal » ;
- Ils qualifient positivement ou négativement les actions, les comportements, les individus ;
- Ils éprouvent indignation, culpabilité ;
- Comment dois-je vivre ?
- Ils jugent.

La moralité : une idée passéiste ? Non, à mon sens essentiel dans un monde écrasé par…(les points de suspension traduisent finalement ce malaise qui n’a pas de nom ou qui n’en a que trop : rationalité, la logique mécanique ou technique,…)..

L'image prise en illustration de ce billet est l'affiche du film "The lord of war", dont je ne cherche pas à faire la promotion mais dont le thème pose une question de moralité : continuer un commerce d'armes dont l'utilisation amène à tuer des enfants et des hommes plus largement, en prétextant qu'il y aura toujours quelqu'un pour le faire.

Structuralisme et rationalisme : que deviennent l'individu et, plus particulièrement, la moralité
Elle résume deux théories souvent opposées de l’individu : modèle structuraliste et modèle rationaliste.
Le structuralisme est un modèle déterministe fondé sur des éléments non personnels, des invariants, des structures qui permettent de prévoir les comportements humains et sociaux : il revient à dissoudre le sujet dans le structure, et par là même, la philosophie morale ; l’individu n’a plus de pouvoir agissant.

De l’autre côté, il y a le modèle rationaliste, cher à l’économie ; il prône un retour à l’homme réflexif qui maximise ses intérêts, à partir de ses croyances et de ses préférences ; il choisit les options qui servent au mieux ses souhaits et ses désirs. Ce modèle remet au premier plan le sujet humain qui, conscient des moyens utilisés pour parvenir à ses fins, est transparent à lui-même.

Entre ces deux visions, une troisième voie se dessinerait, en particulier au travers d’auteurs comme Raymond Boudon et sa rationalité axiologique : ce concept pose que l’on ne saurait toujours ramener un choix ou une décision à des considérations instrumentales, a fortiori à des considérations utilitaires (une action guidée par des principes plutôt que par les conséquences qu’elle risque d’entraîner).

Quelle serait donc la vision de l'homme à retenir dans l'entreprise ou tous types d'organisation ? Quelle serait celle la plus proche de vos croyances ?

Comme vous avez déjà pu, peut-être, l’identifier, je ne reste méfiant vis-à-vis des modélisations, en particulier lorsqu’elles prétendent à l’unicité et à un pouvoir explicatif absolu. Les modèles, parce qu’ils sont réducteurs de la réalité, doivent aider à la réflexion et non pas la structurer, au risque de l’enfermer.

Pour ma part, je suis convaincu d'un individu déterminé partiellement par des mécanismes cognitifs, culturels et sociaux ; pour le reste, il fonctionne selon des principes, des normes, des valeurs, des croyances, des préférences...
En fait, je crois en un mélange de visions qui ne font pas une théorie ; mais en faut-il absolument une ? Cela revient à apprendre à vivre en toute conscience dans l'incertain et le flou.
Voir les 2 commentaires - Par La Chouette - Ecrire un commentaire - Partager     - Publié dans : ÉTHIQUE
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Commentaires

J'ecoute avec attention l'emision radiophonique du 16/12/06 sur la "Morale Sciences Humaines" et je dois dire que je suis d'accord avec vous sur cette troisieme voie que est celle du vecu, de la culture et du resenti de chacun. Les modeles pour moi ne sont que un guide ou un mode d'emploi dans un labyrinthe d'idées."La Morale" chose abstraite par definition trouve tout son sens dans le comportement dans le respect identitaire de l'autre sans tenir compte des gains ou des valeurs marchand à entirer dans le cadre d'une organisation ou dans ce lui propre. Souvant cette "Morale" est un héritage, donc les générations ont de plus en plus du mal à le transmettre et qui démande de s'impliquer individuellement. Ce n'est pas plus compliqué que ça!!!!!! Je pense ??????
Commentaire n°1 posté par L'AIGLE le 24/12/2006 à 14h54
Aujourd'hui, dimanche 24, après déjeuner, la pause café pour certains et la pause cigare pour d'autres (amis lecteurs, ce paragraphe et cette image sont un clin d'oeil à un ami ; néanmoins, toute aussi sympathique soit elle, l'image n'a rien à voir avec la moralité, si ce n'est qu'elle part peut-être en fumée).

Le commentaire de l'Aigle, en particulier affirmer que la moralité est un héritage générationel, peut laisser imaginer qu'aux structures familiales de moins en moins marquées, la moralité perd ses repères.
Peut-être la rapidité des évolutions de notre monde ne laisse-t-elle plus le temps d'analyser et de se poser ces questions : c'est bien, c'est mal.
D'ailleurs, où est la vrai moralité ? Celle héritée où un comportement est considéré comme mauvais parce que nos parents nous l'ont enseigné (mais d'ailleurs pourquoi est-ce considéré comme mal ?) ;ou une moralité pensée (presque à chaque instant) qui nécessite d'avoir fait un travail sur soi, ses valeurs et des normes auxquelles on adhère.
Je positionnerais l'Agora (et moi-même) dans ce deuxième type de moralité même si je ne suis pas exempt du premier type de moralité, une moralité héritée.

Par ailleurs, et pour faire un petit détour chinois, il ne faut pas perdre de vue que cette opposition entre le bien et le mal, et cette obsession à vouloir tout qualifier négativement ou positivement est typiquement occidentale (par opposition à une littérature extrême-orientale classique). La Chine (sans oublier quelques occidentaux et chercheurs actuels) ne sent pas gênée de la coexistence des opposés et paradoxes et la considère comme normal ; elle ne cherche pas absolument à trancher.
Mais en affirmant cela, est-ce à dire qu'il n'y pas de moralité en Chine, si la moralité est cette démarche visant à juger et qualifier les comportements et actes afin de suivre un idéal de voie.
Et d'ailleurs, comme cela traduit la morale en chinois : dao4de2 道德
(il s'agit du dao ou tao suivant les transcriptions, de la Voie, du Lao zi). Je m'arrêterai ici car exposer le sens chinois de ce terme m'amènerait à rédiger un article complet...qui viendra en son temps !
Réponse de La Chouette le 24/12/2006 à 15h32

Merci pour ce "clin d\\\'oeil" au fumeur de cigares que je suis.


Moralite = Jugement


La Moralité sans Jugement exiterait elle ?


Car comment les chinois la Coexistence des Oposes et Paradoxes ne posent pas de probleme si l\\\'ont ne Juge pas ce que l\\\'autre fait, se\\\'ulement rentre en compte le RESPECT de SOI et de l\\\'Autre pour ne pas empieter sur le jugement. La Moralité se "mesure" dans la capacité à assumer ce que JE suis et ce que JE fais.


 

Commentaire n°2 posté par L\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\ le 24/12/2006 à 17h04

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