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Lundi 11 décembre 2006 1 11 /12 /Déc /2006 23:34
Ce soir, je vous propose un extrait de l'ouvrage collectif  "L'action - Délibérer, décider, accomplir" paru aux Editions Ellipses en 2006 dans le cadre du programme du concours externe 2007 de l'Agrégation de philosophie.
Ce court extrait provient de la conclusion du texte de Hervé Guineret sur "L’action, entre incertitude et nécessité" où il s'appuie particulièrement sur les écrits de Machiavel.
Comme à mon habitude, j'ai surligné en gras quelques passages particulièrement intéressants, dans l'idée d'une synthèse ; en bleu, mes commentaires.

Il existe des spécificités de l’action présente. J’agis sans avoir toujours une pleine connaissance des situations et tensions. Pourtant, je ne peux ajourner ni la décision ni l’action. Ceci nous conduit à comprendre que l’action ne relève pas d’une « sagesse », si cette dernière est définie comme connaissance totale ou perfection. En revanche, elle suppose nécessairement la prudence, la capacité à peser et évaluer dans l’incertain. Dans toute action, il y a donc un risque quoique les enjeux puissent être d’une importance variable.
En commentaire de manager, j'aurais presque envie d'écrire que "j'agis sans jamais avoir une connaissance des situations et tensions", ce qui revient à dire que j'agis toujours dans l'incertain ; et encore ! si nous disposions de cette connaissance totale des situations et des tensions, cela supprimerait-il vraiment tous les risques ? Je ne le crois pas.
L’action présente possède des caractéristiques qui la distinguent des faits passés. Quand nous sommes acteurs ou que les choses se passent sous nos yeux, nous avons une connaissance « entière». Nos jugements sont moins modérés que pour les actions passées, alors même que le jugement est complexe puisque les choses sont mêlées.
Qu'est-ce qu'une connaissance entière ? Je ne suis pas sûr que vivre l'action soit une condition d'objectivité, au contraire !
L’action que nous allons réaliser est une tension entre deux pôles. Le premier est celui de notre visée car nous agissons pour réaliser, inscrire dans le réel ce que nous estimons juste, souhaitable ou nécessaire. Le second est la situation elle-même que l’action veut modifier mais dont elle doit partir. C’est pourquoi les hommes doivent «observer leur époque et s’y conformer». 
Je retrouve ici ce concept de tension que j'affectionne tout particulièrement. L'action est donc une tension entre une visée, un idéal que nous souhaitons inscrire dans le réel à partir d'une situation et de tensions présentes. Combien de fois des actions sont-elles menées sur la base d'une connaissance approximative de la situation présente ?  Pour agir , il faut un bon diagnostic.
Mais une fois écrit cela, je me dis que si j'ai besoin d'un bon diagnostic à chaque fois, je n'agis plus. Mais est-ce si grave ? ...
Et puis, si l'on va chercher un peu plus loin... (en particulier du côté de François Jullien, d'une vision un peu chinoise)... ce ne sont pas le bon diagnostic et le bel idéal qui garantissent l'efficacité... c'est justement parce qu'il est idéal, c'est-à-dire pensé au-delà du réel actuel et donc déconnecté de lui, que l'idéal a peu de chances de se réaliser.
La condition de l’action est donc de se plier à son temps, non pas par conformisme mais pour réunir les conditions d’un changement. Cette maxime n’est donc pas celle de la résignation mais, au contraire, celle de la véritable virtù. Sans cela, aucun accomplissement n’est possible car agir ce n’est ni agir contre les choses ni contre les hommes. Le conflit frontal ne produit que rarement des effets probants et durables.
L'auteur mentionne ici implicitement ce qui fait le fond du machiavelisme et le discrédit de la "manipulation", vision anti-héroïque au possible, et pourtant... : s'adapter aux circonstantes, se fondre dans les situations et tensions du présent pour les exploiter au mieux et en tirer toute leur potentialité.
les guerres frontales et déclarées ne sont pas les plus efficaces...
Réunir les conditions d'un changement signifie donc savoir patienter et renoncer à des plannings préétablis.
L’action suppose une définition de la liberté car sans cette dimension nous ne parlerions que de réaction et certainement pas d’initiative ou de décision. Encore faut-il comprendre anthropologiquement cette liberté. Nous ne sommes pas créateurs du monde. Notre liberté n’est donc pas celle d’un «fiat lux ». Même les fondateurs des États, qui font naître ce qui n’existait pas, sont soumis à des conditions, des obstacles qui ne peuvent être surmontés que par une bonne connaissance des circonstances. Le monde des hommes se comprend sans Dieu et sans la destinée. Il n’est pourtant pas le lieu où l’intention se réalise parce que je le veux. Dans l’espace politique et social, la conscience de la liberté est tout d’abord celle de l’épaisseur et de la résistance des choses.
fiat lux est la version latine de "Que la lumière soit".
Au-delà de cette petite précision, je m'abstiendrais de tout commentaire car la lecture attentive de ce dernier paragraphe doit provoquer une réflexion authentique et personnelle  (même s'il rebondit avec un échange de commentaires sur l'article suivant : Contre François Jullien...  ;-)...).


Publié dans : Risques et contrôle - Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire - Par La Chouette
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La Rochefoucault
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