Lundi 4 décembre 2006 1 04 /12 /2006 23:55
Quel piètre rédacteur ! Hier, je vous mets l’eau à la bouche avec le premier article d’une longue série et, dès le jour suivant, je publie sur un tout autre thème !

Que se passe-t-il donc dans l’Agora du Management ?

Attendez !!! Je vous explique ! Mon expérience professionnelle présente m’amène à vous ce soir avec l’impasse dans laquelle je m’enfonce ; est-ce une impasse ? En tous cas, il y fait bien sombre… cela ne met pas en confiance…
Voilà ce dont il s’agit ! Enfin, en partie ! La confiance. L'autre partie ? Le contrôle et le droit face à la confiance...

Qu’est-ce que la confiance ?

Vous souvenez sûrement, j’ai déjà abordé ce terme au travers de deux articles :
Je vous rappelle certains passages issus de ces articles :
La confiance est un certain niveau de probabilité subjective grâce auquel un agent estime qu'un autre agent ou groupe d'agents va accomplir une action particulière, avant qu'il ne puisse contrôler cette action (ou sans qu'il puisse jamais la contrôler) et dans un contexte où elle influe sur sa propre action.
"Définition de Diego Gambetta, Trust: making and breaking cooperative relations"
Si nous prenons sciemment un risque lorsque nous accordons notre confiance, alors la confiance que nous nous accordons à nous-mêmes en tant qu'évaluateur des risques semble devenir une forme de confiance aussi fondamentale que la confiance en Dieu l'était pour les moralistes théologiens.

La confiance crée donc un lien implicite entre deux individus ; la confiance est quelque chose de fragile ; il suffit de la trahir et elle disparaît à jamais. Elle est accordée et se mérite. Elle se gagne et l’on se dooit d’en être digne ; c’est une question de fiabilité dans l’action par rapport à ses engagement. Au fur et à mesure de relations régulières et éprouvées, la confiance tend à se renforcer jusqu’à devenir inébranlable. Elle peut constituer un véritable ciment entre deux individus ; au départ d’une relation, la confiance relève du registre de la croyance pour glisser progressivement dans celui de l’expérience (pas une expérience physique formalisée au sein de tests programmés d’une hypothèse) et, pour le dire de manière crue, de la probabilité (la confiance est d’autant plus grande que le taux de défaillance avoisine le zéro).

En filigrane de la notion de confiance, on voit apparaître celle de risque, et avec elle, celle de précaution et de contrôle.

Avant d’aller plus loin, voici un peu plus explicitement ma situation ; en tant que manager, certaines missions me sont confiées et pour les atteindre je suis aidée d’équipes, pour lesquelles il m’appartient de les motiver, de les orienter, de les sanctionner, les récompenser. A partir du moment où un individu n’est plus à la hauteur de son rôle, commet des erreurs, et tout cela malgré plusieurs entretiens et mises au point, il faut envisager sa sortie ; aujourd’hui, le droit social est tel que pour envisager un licenciement, il faut avoir constitué un dossier de faits « énorme » ! C’est normal ! Me direz-vous, cela relève de la protection légale du salarié et limite les abus du patronat ! Je ne chercherai pas à vous faire pleurer sur cette « difficulté » du patronat mais à revenir sur le phénomène amont : la constitution de dossier ; pour constituer un dossier, il faut avant tout des écrits (emails, avertissements,…) ce qui vous amène à privilégier la relation écrite au contact direct (sans les mains bien-sûr !) ; il faut tellement d’écrits qu’au bout d’un certain temps, tout devient défiance et prétexte à… cette situation devient dramatique dans le cas où je suis actuellement, d’une société en difficultés avec un changement de son PDG… il faut absolument redresser et pour cela il faut s’appuyer sur les collaborateurs de valeur ( ?!) ; pour ceux que l’on veut sortir, il faut constituer des dossiers (sinon vous vous faites recaler devant les prudhommes) et là, à chaque écrit que vous envoyez (sans mal y penser), les destinataires s’angoissent à essayer de lire entre les lignes le fait qui leur sera opposé dans un hypothétique recours judiciaire.
En résumé, en tant que manager, je me dois de faire en sorte que l’entreprise aît un « dossier » en cas de licenciement, ce qui amène défiance et perte de confiance (on ne croît plus l’autre !). C’est catastrophique ! Les équipes se démotivent.
J’aurais tendance à mettre cette pratique du « dossier » dans le phénomène plus large de judiciarisation de la société :
De manière générale, la judiciarisation peut se définir comme le processus au cours duquel « un traitement juridique ou judiciaire se substitue à un autre mode de régulation sociale».

Ce phénomène de judiciarisation déporte la confiance de l’autre vers le système de droit.

Dans ce questionnement, je me suis remémoré cette phrase, maintes fois entendue : la confiance n’exclut pas le contrôle.

Cette phrase n’est-elle pas une simple hypocrisie ? Le contrôle n’est-il pas source de défiance ? Comment peut-il se compléter avec la confiance ? Combien de personnes ne se sont-elles pas senties trahies à l’occasion de contrôles après plusieurs années de relation en toute confiance ?



En synthèse, voilà donc mon questionnement aujourd’hui :
Je pars de l’hypothèse que l’efficacité de l’action collective repose sur le partage de la confiance entre les individus du groupe ; la confiance entre des individus est-elle compatible avec le contrôle et le recours à la règle de droit ?

A l’instar, de la méthode de résolution des problèmes mathématiques, la question « la confiance est-elle compatible avec le recours à la règle de droit » peut se décliner jusqu’à arriver à : « la confiance peut-elle exister dans une société de droit ». In fine, l’existence du droit ne traduit-elle pas la défaillance de l’homme et la chute de la confiance ?


Dans cette première approche, j’ai pris la croyance comme point de départ de la confiance mais la confiance ne se fonde-t-elle pas plutôt sur le contrôle. Dans ces deux cas, a-t-on affaire à la même nature de confiance ?

Là encore, et veuillez m'en excuser, je complèterai ultérieurement la suite de cette article.
Voir les 1 commentaires - Par La Chouette - Ecrire un commentaire - Partager     - Publié dans : CONTRÔLE ET RISQUES
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Commentaires

Confiance et contrôle , voici un binôme paradoxal mais inséparable à mes yeux ; tout aussi inséparable que le yin et le yang, ou le bâton et la carotte.


J'ai confiance en mes équipes, certes, je crois qu'ensemble nous réussirons. Je pense que nous avons à nous tous le potentiel de parvenir à nos fins. Une vision positive et partagée porte notre groupe.


Mais je sais aussi que la diversité existe en ce bas monde ; que parmi mon équipe certains ne méritent pas ma confiance. Que le nombre d'acteurs efface la qualité de la relation personnelle ; et donc que parmi le groupe se cachent des "vilains canards". Donc je crée un dispositif de contrôle ; qui n'est certes pas le fondement de mon analyse sur le travail de l'équipe, mais qui sert juste à repérer et dénoncer le ou les membres du groupe qui ne méritent pas la confiance.


Ce que tu appelles judiciarisation, et que tu as l'air de vivre hélas au travail, c'est la situation dans laquelle le dispositif de contrôle devient le référent premier, avant la vision au sens positif et collectif du terme. Dans ton contexte il me semblerait utile de réinsuffler une vision collective.


Je vis un peu en ce moment une idéalisation, que je placerais à l'opposé de la judiciarisation : une vision collective très poussée ; martelée à l'extrême malgré les difficultés ; et qui s'érode avec le temps (deux ans et demi de projet ; ouf c'est fini ;-)


Aujourd'hui le dispositif de contrôle est insuffisant ; et serait nécessaire dans mon contexte d'idéalisation. Et c'est tout aussi désagréable que la judiciarisation si cela peut te rassurer !


Entre judiciarisation et idéalisation mon coeur balance...

Commentaire n°1 posté par Florent le 05/12/2006 à 00h47
Merci Florent de ton commentaire ;
Pour compléter ma situation actuelle, au-delà des "vilains petits canards" en lesquelles j'ai perdu confiance, je la conserve pour le reste de mes équipes et de manière très affirmée ; néanmoins, la judiciarisation de la relation avec les "vilains petis canards" déteint sur le reste  et même au-delà de mes équipes (les effets indirects des décisions/attitudes de direction générale ; tous nos actes sont observés, interprétés et commentés dans l'ensemble de l'entreprise ; ajouté à cela les rumeurs/angoisses que génèrent ce type de situation chez le personnel) .

A la  lecture de ton commentaire, je réalise néanmoins que l'on ne refait pas sa culture en particulier, celle d'une recherche de valeurs absolues. Et pourtant ! je suis convaincu que tout est équilibre et tension (au  sein d'une relation entre deux pôles mouvants), qu'il ne peut y avoir exclusion totale d'un des pôles et que chaque pôle est nécessaire à l'autre (pas de bien sans mal...). Il y a six mois, j'avais publié deux articles autour de cette thématique (le paradoxe comme point de levier putôt que comme situation à fuir, les pôles ago-antagonistes...) :
Est-ce que donc le couple contrôle-confiance constitue un couple ago-antagoniste ? Sont-ils vraiment antagonistes ?
Une réflexion que je poursuivrai ce soir...

Réponse de La Chouette le 05/12/2006 à 07h54

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