Dimanche 3 décembre 2006 7 03 /12 /2006 21:57
Certaines notions ne semblent jamais franchir le seuil de l’entreprise ; peut-être l’avez-vous déjà remarqué aussi ? Pourtant, elles sont propres à des domaines visant à la connaissance de la société. Est-ce à dire que l’entreprise n’est pas un sous-ensemble à l’image de la société ou est-ce plutôt que l’entreprise ne veuille pas voir certaines des dimensions qui la composent ?

Parmi ces notions exclues ou masquées ou ignorées, je citerais : symboles, imaginaires, peur, rites, mythes… Je parlerai aujourd’hui de la notion de symbole.

Pour cette première approche, je me suis appuyé sur le petit livre de Françoise Raffin, paru aux éditions Delagrave, « Le symbole et son interprétation ». En voici quelques extraits permettant de mieux cerner ce qu'est un symbole :
L’étymologie du symbole est le verbe grec symballein qui signifie « réunir, rapprocher », « mettre en commun », « échanger ». Le sumbolon est un signe de reconnaissance, en général un morceau de poterie ou une pièce de monnaie, que deux hôtes partageaient et dont ils conservaient chacun la moitié qu’ils transmettaient à leurs descendants. Ultérieurement, le rapprochement des deux parties servait à attester les liens anciens contractés. Le sumbolon qui réunit s’oppose au diabolon qui divise ; le symbolique marque ainsi la réciprocité, l’engagement et la reconnaissance mutuelle et s’oppose au diabolique, ruine du lien social et de la relation des hommes aux dieux.

Le symbole est donc un signe. La moitié visible n’a de sens que par rapport au tout auquel elle renvoie : elle fait signe vers. Le symbole se caractérise par une polarité : à la fois unité et différence, et tension entre deux parties qui sont inséparables.

Le symbole réunit dans une même communauté et par là même il exclut. Le partage opère au sein d’une communauté et la renforce. L’affirmation d’une appartenance forge l’identité de la communauté et pousse à l’exclusion de l’altérité.

Le symbole a une force et une efficacité
Il n’a pas seulement un sens et un rôle cognitif, mais il prescrit attitudes et comportements. Le lever du drapeau impose le salut militaire ; le cloître cistercien requiert le silence et le recueillement ; la présence du Roi commande le respect de l’étiquette, etc. Claude Lévi -Strauss montre bien l’efficacité symbolique des paroles du sorcier dans les sociétés archaïques, dans l’Anthropologie structurale.

Symbole/signe
"Le symbole est d’abord un signe, mais..." Le symbole appartient en effet à la classe des signes car il présente comme lui, une structure duelle : sa matérialité sensible renvoie à autre chose qu’elle-même. Mais le symbole se distingue à l’intérieur de cette classe des signes. Alors que, "dans les langues", le lien du signe avec les idées signifiées est le plus souvent extérieur, ("arbitraire", diraient les linguistes contemporains), le symbole présente un lien plus profond avec ce qu’il symbolise. Il n’y a aucun arbitraire à ce que ce soit le renard qui symbolise la ruse, et non le poulet… De même, le cercle, mouvement sans commencement ni fin assignables, est symbole de l’éternité. Il y a une unité intérieure du symbole et de ce qu’il symbolise.
Définition du symbole
Ni arbitraire, ni identique, ni complètement autre chose, ni la même chose, le symbole entretient un rapport avec qu'il symbolise qui reste à découvrir. Il est donc « par sa nature essentiellement équivoque ». Un même objet peut offrir de multiples sens et être symbole à ces divers titres. Un lion peut n’être d’abord qu’un animal. Quand il devient ymbole, sa force et son courage peuvent le faire symboliser le Héros ; la noblesse de son port de tête le fait symbole de la royauté et, par ressemblance, on peut être tenté de donner son nom à une constellation céleste et d’attribuer ses qualités aux natifs du signe astrologique ainsi créé.
Il ne faut pas confondre le symbole et la polysémie. Celle-ci est le fait qu’un mot a plusieurs sens. Un seul de ces sens se trouve réalisé dans le discours, même si les autres sens peuvent rester virtuellement présents. Mais le contexte dans lequel la phrase est prononcée laisse rarement place au doute. En revanche, dans le symbole, les différents sens restent présents et il n’appelle aucune recherche de l’univocité. L’ambiguïté n’est pas un défaut à réduire.

Symbole et comparaison
La réduction de l’ambiguïté se paie du prix de la destruction du symbole comme tel et le transforme en comparaison. Alors que le symbole requiert une interprétation en vue de sa compréhension, la comparaison explique clairement en éclairant l’inconnu par le connu. D’où sa fonction pédagogique et sa valeur heuristique dans le domaine des sciences. Par exemple, c’est en comparant le cœur à une pompe aspirante et foulante alors utilisée dans les mines que Harvey a pu expliquer le fonctionnement du cœur et son rôle dans la circulation du sang. La comparaison donne à connaître. Mais quand le cœur est pensé comme symbole, il est multiple de sens et donne à penser.


J'espère que ces quelques passages vous ont donné une idée un peu plus précise de ce qu'est un symbole.  Certains se demandent pourquoi je me suis intéressé à cette notion ; j'y vois principalement deux raisons, ou plutôt deux questionnements :
  • La fonction symbolique, si présente dans d'autres champs des sciences humaines (anthropologie, sociologie...), est-elle absente de l'entreprise et du management ? si oui, pourquoi ? si non, pourquoi est-elle occultée et quelle est son rôle ?
  • Les débats et prises de décisions fonctionnent trop systématiquement sur un mode binaire d'exclusion (c'est noir ou blanc et pas les deux à la fois) et rejettent l'ambiguïté, les paradoxes, qui selon moi, donnent plus à penser qu'il n'y paraît ; afin d'ouvrir le champ des possibles, je cherche/réfléchis à une approche alternative ; dans cette optique, le symbole laisse entrevoir une possibilité (de la même manière que la pensée chinoise et certains philosophes occidentaux m'on ouvert à d'autres visions possibles, m'ont permis de changer de perspective).
Je mènerai cette double exploration en plusieurs temps et, une fois de plus, pour deux raisons :
  • Vous éviter des articles trop longs à lire
  • Eviter de passer trop de jours à écrire un article trop long à lire et, de surcroît, rester trop longtemps sans publier et donc échanger.

En attendant, vous qui managez et travaillez dans une organisation (au sens large),
avez-vous conscience de symboles dans votre quotidien ?

Pour ma part, je commence à y réfléchir... N'hésitez pas à laisser vos premières impressions en commentaires.

Voir les 2 commentaires - Par La Chouette - Ecrire un commentaire - Partager     - Publié dans : DÉTOURS
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