Dimanche 22 octobre 2006
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Dans son livre "Manager avec la philo", Eugénie Vegleris définit la notion de "sens" de la manière suivante :
La signification d'un mot vient du lien que la pensée établit entre le signifiant (la sonorité orale ou la forme écrite) et le signifié (la chose évoquée). Et un mot n'a de sens que parce qu'il fait partie d'un ensemble de mots aux sens semblables, différents, opposés, etc. Et un mot ne prend son sens que dans une phrase, qui lui donne une position relative aux autres éléments. Et une phrase ne prend son sens que par rapport à un contexte, d'autres phrases...
L'expression "donner du sens" est philosophiquement inexacte. Le sens ne se donne pas, il se découvre et se construit. Nous découvrons le sens d'un événement en le reliant à d'autres événements, aux facteurs sociaux, économiques, politiques ne cours au moment de sa production. Nous construisons le sens de notre existence en élaborant des pensées et des actions qui relient les exigences de nos aspirations aux contraintes des situations.
Mener une existence qui a du sens, c'est chercher à comprendre ce qui s'est passé et utiliser cette compréhension pour construire ses pensées et ses actions. Mener une existence qui a du sens, c'est exister en nous reliant à tout ce qui peut nous éclairer, nous réchauffer, nous nourrir.
Publié dans : Éthique et gouvernance
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Par La Chouette
Imaginons à l'inverse ce leader qui ne donnerait pas de sens, qui garderait tout pour lui, qui ne donnerait que des ordres, des récompenses, des sanctions.Echec garanti.
Alors même si le philosophe nous l'interdit, je crois qu'il faut toujours être en situation de don de sens.
C'est un échange, qui marche dans les deux sens.
- "le philosophe nous l'interdit" : ce billet est publié dans ma catégorie "point de vue" ; il s'agit donc comme l'intitulé l'indique du point de vue d'un seul philosophe ; de plus, ce philosophe, Mme Vegleris, n'interdit en aucune manière de "donner du sens" ; dans sa vision, il s'agit d'un abus de langage.
-le leader peut apparaître, de manière sous-jacente dans ce commentaire, comme un héros ; à mon avis, si l'on affirme que le leader donne du sens , on lui attribue un pouvoir de création, tel un démiurge ; le leader (ou décideur ou manager) devient cet homme capable de s'arracher aux déterminations, aux chaînes causales et d'initier un nouvel ordre, un nouveau sens. Par ailleurs, lorsque l'on parle de donner du sens, on y associe souvent l'idée d'un objectif, d'un idéal que le manager se doit de faire passer héroïquement (héroïquement car il doit affronter les circonstances, les tendances de fonds, le monde) dans les faits.
A mon avis, le leader donne un sens parmi d'autres qu'il retient parmi tous les possibles que les circonstances, le contexte donnent. D'ailleurs, plus que de donner un sens, il donne des valeurs, lesquelles permettent d'évaluer, de juger une action, une évolution. Les membres du groupe adhèrent ou non à ces valeurs.
En tous cas, il est vrai que les membres d'une équipe, d'un groupe attendent de leur leader qu'il donne un sens, qu'il soit donc un héros (peu importe si l'affirmation d'un sens relève plus d'un pari que d'un pouvoir démiurgique). Si le leader ne "donne" pas le sens, il sera rejeté. Il s'agit là pour moi d'un rituel à respecter.
Cette vision (que j'explore encore) est issue de la lectures d'ouvrages comme le Traité de l'efficicacité de François Jullien, la tragédie de la décision de Pascal Billecocq, under control de Van Loon... Sans affirmer que ce point de vue est le bon, il s'illustre par sa différence et à ce titre y trouve tout son intérêt.
On réconcilie ainsi les deux expressions.
D'autres part, en ce qui me concerne, le leader est celui qui a la connaissance de l'environnement. C'est donc bien lui qui peut contribuer à aider les autres à construire leurs représentations, leur sens.