Dimanche 15 octobre 2006 7 15 /10 /2006 01:33
Un ami a m'a récemment orienté sur un article intitulé "Le rôle de la confiance dans la performance collective" par Jean-Yves Prax, écrit en 2004. L'auteur travaille essentiellement sur tout ce qui tourne autour du knowledge management.

L'auteur résume son article de la manière suivante :
La confiance est un facteur déterminant de la performance collective, en particulier dans le cas des communautés virtuelles ou/et d’équipes dont la production est à forte intensité immatérielle. Même si, d’expérience ou d’intuition, nous partageons tous cette conviction, les mécanismes de création de la confiance restent énigmatiques et peu maîtrisables : la confiance, qu’est-ce que c’est ? comment la créer ? A quelle rationalité obéit-elle ?

Je ne reprendrai ici que la première partie de son article visant à définir la confiance.

Analyser la confiance, c’est aborder l’un des aspects les plus délicat du fonctionnement d’une communauté.
La confiance, qu’est-ce que c’est ?

La littérature sur le sujet est abondante et les définitions très diverses et variées, par exemple :
  • La confiance analysée d’un point de vue rationnel, comme un choix raisonné, par exemple le ratio effort-bénéfice d’une action individuelle au sein d’un collectif ; on entend parler d’indice de confiance, de ce qui est maîtrisable, de ce que l’on peut déléguer.
  • La confiance analysée d’un point de vue normatif, conforme à un label, une certification : par exemple, nous sommes capables de confier notre santé et notre vie à un médecin parfaitement inconnu au seul prétexte qu’il a obtenu un diplôme national, diplôme que nous ne vérifions même pas ! Il en va de même pour la « marque » (d’un véhicule, d’un ordinateur) qui est souvent porteuse d’un indice de confiance.
  • Une confiance par intuition, par croyance, qui ne suppose pas de véritable délibération critique, elle est affective, esthétique, c’est-à-dire purement émotionnelle et par conséquent tout à fait irrationnelle. Cela peut aller jusqu’au « délit de sale gueule »!
  • La confiance basée sur une sorte « d’engagement à respecter la norme » issu d’un code partagé (souvent implicite) de devoirs réciproques, de valeurs morales et d’éthique. « Il n’a pas réussi, mais il a fait tout ce qu’il pouvait – c’est un brave garçon » Sous-entendu « on a rien à craindre de lui… ». La perspective sociale considère qu’un individu n’est pas évalué uniquement par ses résultats mais aussi en tant qu’acteur social ; il peut conforter les prévisions ou de les décevoir, à condition qu’il le fasse dans le respect de ses obligations morales et sans bousculer les routines.

La perspective rationnelle se définit comme « une attente sur les motivations d’autrui à agir conformément à ce qui était prévu dans une situation donnée ». Elle considère l’individu comme un acteur rationnel, prévisible, et sa rationalité est confortée par le fait que ses choix et ses actes sont gagnants, utiles. Cette définition de la confiance, largement présente dans le monde professionnel, a des avantages et des limites.
  •  L’avantage majeur est qu’il n’y a pas confusion entre confiance et affinité ; une personne peut acheter un livre par amazon.com, car elle a confiance dans le système de paiement et de livraison, mais aucune affinité. Ne vous est-il jamais arrivé, impressionné par le professionnalisme d’un individu, de dire « il est bon et je lui fais entièrement confiance, mais je ne passerais pas mes vacances avec lui… ».
  • La limite réside dans la prévision de rationalité : un individu confronté à un système complexe : environnement incertain, jeu de contraintes, choix difficiles, n’agit pas toujours de la façon qui était prévue et n’obtient pas toujours les résultats escomptés.

La théorie de la rationalité en économie voudrait que les choix individuels s’appuient sur des raisonnements utilitaires :
  • Si je préfère A à B et B à C, alors je préfère A à C ;
  • Toute décision est fondée sur un calcul coût-bénéfice, ou sur une analyse de risque.

Dans la vraie vie, cette rationalité n’existe pas ! En effectuant leurs choix les hommes n’obéissent pas aux lois bayésiennes de la décision :
  • Ils accordent trop de poids à l’information qui leur est parvenue en dernier ;
  • Ils ne sont pas sensibles à la taille de l’échantillon, c’est même souvent l’inverse1,
  • Ils réagissent plus à la forme qu’au fond.
[Je mets en avant ce passage même s'il n'apporte rien à la définition de la confiance, car il rejoint mes réflexions sur la croyance, les décisions absurdes...]

(1) « Un mort c’est un drame, dix morts c’est un accident, mille morts c’est une statistique. »
Une intentionnalité limitée au champ d’interaction

Comme nous le constatons, le champ d’investigation est immense, mais on peut singulièrement le réduire si l’on accepte l’hypothèse d’une confiance limitée au domaine d’interaction ; je m’explique : lorsqu’on fait confiance à une autre personne, ce n’est pas dans l’absolu, c’est dans un domaine précis, qui est le champ d’interaction prévu ; ainsi une jeune adolescente qui accepte de sortir au cinéma avec son ami lui fait confiance par rapport à un certain nombre de critères ; ces critères ne sont pas les mêmes que ceux qui dicteront le choix du futur directeur général d’une firme internationale, ou encore d’un guide de haute montagne.

Nous nous limiterons ici à une analyse de la confiance dans un environnement professionnel (même si cette limite ne supprime pas complètement les facteurs affectifs et moraux, loin s’en faut), et principalement dans le champ de l’action collective au sein d’une communauté : travail en équipe, partage de connaissance, mutualisation de compétence, décision collective, process…

Si l’on prend soin de distinguer la confiance de l’affinité, alors on devine que, dans un groupe de travail ou une équipe, la confiance est en forte interaction avec la compétence : chaque membre fait confiance à un individu pour sa capacité à…

Si vous souhaitez lire l'article complet, rendez-vous ICI.

Cet article m'a néanmoins laissé sur ma fin ; après réflexion, j'ai cru pouvoir identifier que la confiance apparaît là où il n'y a pas de certitudes ; elle est donc fortement liée à l'existence de croyances et de risques.

Le dictionnaire d'éthique et de philosophie moral de Monique Canto-Sperber donnait une revue assez complète de la notion de confiance  (article écrit par Annette Baier); je vous en livre quelques définitions :

La confiance est un certain niveau de probabilité subjective grâce auquel un agent estime qu'un autre agent ou groupe d'agents va accomplir une action particulière, avant qu'il ne puisse contrôler cette action (ou sans qu'il puisse jamais la contrôler) et dans un contexte où elle influe sur sa propre action.
"Définition de Diego Gambetta, Trust: making and breaking cooperative relations"

Dans cette approche, la confiance naît d'une interaction entre les hommes et semble relever plus d'un état cognitif que d'un sentiment.

Dans sa revue, A. Baier complétait :
Si nous prenons sciemment un risque lorsque nous accordons notre confiance, alors la confiance que nous nous accordons à nous-mêmes en tant qu'évaluateur des risques semble devenir une forme de confiance aussi fondamentale que la confiance en Dieu l'était pour les moralistes théologiens.

J'arrêterai ici aujourd'hui ce premier travail sur la notion de confiance.
Voir les 2 commentaires - Par La Chouette - Ecrire un commentaire - Partager     - Publié dans : CONTRÔLE ET RISQUES
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Commentaires

Je crois qu’il y a une passerelle entre la confiance et l’amitié et encore une autre entre l’amitié et « LA FRATERNITE » aucune est lié (je vais dire obligation de résultat)

La logique ne répond pas toujours aux faits, mais quand la logique et les faits sont au rendez-vous, et ceci est important de le provoquer pour que la formule prenne. NOUS pouvons parler d'AMITIE collective.....si l'ont consire que au dela de "un" c'est du colectif.
Que pensez vous???
Commentaire n°1 posté par L\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\ le 15/10/2006 à 13h17
j'ai beaucoup aimé  votre article .
Commentaire n°2 posté par amina le 30/03/2009 à 22h31

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