Mercredi 27 septembre 2006
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Hier soir, en rentrant un peu tardivement à mon domicile, je suis tombé sur les dernières minutes de l’émission radiophonique « L’économie en questions » sur France Culture. Le thème de la soirée portait sur : « Reprise de la croissance : la France peut-elle se passer de l’Europe ? » avec Patrick Artus, Eric Heyer, Denis Ferrand.Ces trois conjoncturistes critiquaient, de concert, la décision du gouvernement d’affecter un surplus de recettes fiscales au désendettement et, ainsi, de piloter le pays au travers de ses seuls indicateurs macro-économiques.De leur point de vue, ils auraient préféré voir l’Etat recourir à des méthodes plus modernes de management, en particulier en cherchant à exploiter l’effet de levier de l’endettement.Cela consiste à ne pas diaboliser l’endettement et accepter de se financer par emprunt sur des projets dont la rentabilité est supérieure au taux d’intérêt. Il citait, à titre d’exemple, le cas de l’Espagne dont de récentes mesures ont privilégié des investissements dans la recherche ou les zones de développement économique.Un exemple chiffré ?Votre endettement s’élève à 1000 A pour lequel vous payez tous les ans un intérêt de 3%, soit 30 A.Vous avez une recette exceptionnelle de 400 A. Deux possibilités s’offrent à vous :
- Vous remboursez une partie de votre dette, qui passe ainsi à 600 A, et, dès lors, vous ne payez plus qu’un intérêt de 18 A, soit une économie de 12 A. Par ailleurs, cela vous permet de respecter les critères d’endettement de la Commission.
- Vos économistes vous suggèrent de continuer à payer vos 30 A d’intérêt et de ne rien rembourser – le niveau des taux d’intérêt étant jugé particulièrement bas – et de privilégier un projet nécessitant un investissement 400 A avec une rentabilité de 5% ; dès lors, vous gagnerez pour la première année un produit de 20 A et paierez 30 A d’intérêt, ce qui en net représente une perte de -10 A, à rapprocher des -18 A du cas précédent.
Au passage, je rappellerais que la notion d’effet de levier ne se réduit à cette vision simplifiée ; ce fameux effet découle de la déductibilité fiscale des intérêts.L’idée est donc fantastique ; le maître mot du discours dominant, et tout son nuage d’illusions, est lâché : la rentabilité.Je ne conteste pas ici l’efficacité de l’économie de marché, mais vise à nommer les choses pour ce qu’elles sont, et attribuer à ce discours, cette pratique, son vrai statut épistémologique. Je reprendrais à mon compte la phrase de Jean-Claude Guillebaud : « Sur le terrain de l’économie aussi, le travestissement d’une croyance en « savoir » est toujours une violence faite au libre examen et à l’intelligence ».Pour moi, l’argument de la rentabilité est bel et bien une croyance.Pourquoi ? Examinez les méthodes de calcul de ces rentabilités ? Quels éléments sont pris en compte et d’autres pas ? Sur quelle période de temps, cette rentabilité est-elle appréciée ? Comment intègre-t-on des événements non mesurables sur une échelle monétaire ?Ces insuffisances que je cache sous la forme de questions ne signifient pas que je considère meilleure la profession de foi du service public, garantissant le bien-être collectif en ne se restreignant pas aux seuls flux monétaires ou assimilés. Les instances d’évaluation de politiques publiques ne s’appuient certes pas exclusivement sur les informations financières mais ont tendance à peut-être trop valoriser tous types de statistiques.Ah ces chiffres qui facilitent tant les prises des décisions ! Leur utilisation intensive n’est-elle pas un moyen de se voiler la face devant la réalité de nos croyances. Assumons nos croyances pour ce qu’elles sont !
Ce billet d'humeur bercé d'une légère teinte de réflexion (philosophique ?) devra certainement faire l'objet d'un travail plus posé.
Publié dans : Management et organisation
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Par La Chouette
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