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Samedi 16 septembre 2006 6 16 /09 /Sep /2006 22:41

Agir par soi-même « L’individu réflexif » : résumé d'un article de la revue Sciences Humaines Octobre 2006


L’individu est sommé dans nos sociétés de donner sens à ses pratiques et d’inventer sa vie. Les sociologues parlent de réflexivité pour désigner, face au déclin des normes et des institutions, la nécessité pour chacun de construire soi-même son action. Véritable mutation sociétale ou simple air du temps ?

 

Deux visions s’opposent :

  • La théorie du sens pratique représentée par P. Bourdieu

Ce qui nous fait agir, c’est bien davantage l’incorporation des régularités du monde social sous la forme d’un ensemble de dispositions à agir, ce qu’il appelait l’habitus.

La grande majorité de nos actions qui sont ainsi adaptées sans être le produit d’un calcul.

Certains considèrent que dans cette vision, l’acteur est mis en avant comme un idiot culturel ?!
  • L’individu réflexif

Les pratiques sont réflexives, au sens où les « membres » sont toujours en mesure d’expliciter ce qu’ils sont en train de faire, et qu’ils le font d’ailleurs de manière routinière dans le cours de leurs interactions. Même si son action n’est pas nécessairement rationnelle, l’individu est toujours en mesure de dire ce qu’il fait et pourquoi il le fait.

Cette théorie a évolué pour ne pas faire de la réflexivité une propriété générique de l’action, mais bien une spécificité de notre époque.

Tous les domaines de la vie sont ainsi ouverts au choix, ce qui force l’individu à une intense réflexivité qui répond au déclin de la force de la tradition : on ne peut plus justifier  une façon d’agir « parce qu’on a toujours fait comme ça ».

L'accès à l'information facilité par les nouvelles technologies permet également la prise de conscience, « l‘examen et la révision constants des pratiques sociales, à la lumière des informations nouvelles ».

Les acteurs paraissent n’être jamais pleinement dans leur action. Ils ménagent sans cesse une distance critique.

Les conduites sont organisées par des principes culturels et sociaux hétérogènes. Les individus ne collent plus subjectivement au rôle prescrit par leur institution d’appartenance, entre autres, parce que ces dernières sont porteuses de principes contradictoires (par exemple, respect des procédures, souci des personnes…).

Plutôt une synthèse des deux approches 

Certains auteurs comme A. Ehrenberg prennent du recul par rapport à cette deuxième théorie. Pour eux, la théorie de l’individu réflexif correspond à une vision d’une société  abordée comme un tas d’expériences individuelles reposant sur la subjectivité de chacun ; comme si nos ancêtres étaient dépourvus de ces traits qui appartiendraient en propre à l’individu moderne ! Ce serait de l’ethnocentrisme !

Ce n’est pas parce que les choses semblent plus personnelles qu’elles sont moins sociales.

Par rapport à cette approche réflexive, plusieurs auteurs émettent des doutes quant au fait que l’individu puisse se fonder lui-même comme il fonde un foyer.

Certes, notre monde est marqué par la généralisation des valeurs de l’autonomie à l’ensemble de la vie sociale, mais il reste un monde « institué », un monde des règles qui sont moins des contraintes que « quelque chose qui nous dirige »

En fait, peut-être faut-il considérer que ces deux approches puissent être valables selon les situations. Une forme de réflexivité induit par des dispositifs d’encadrements sociaux, qui demandent à l’individu de commenter son action (sportif commentant son match, patron présentant son bilan à ses actionnaires…).


Ces différentes approches amènent différentes questions :

  • Le management, l'entreprise se caractérisent par les plans d'actions, le contrôle de son organisation, la rationalité... Quel regard porter sur ces éléments au travers de la notion d'habitus de Bourdieu.
  • Si l'action humaine est considérée comme réflexive, ne risque-t-il pas d'y avoir des frictions entre l'entreprise, institution orientant, contrôlant et l'individu réflexif créateur de son sens et, en tout cas, critique de tout ce qu'il fait et réitère.
  • Que devient la notion de responsabilité au travers de l'habitus ?

Pour finir, j'ajouterai une note plus personnelle ; l'article soulignait le déclin de la tradition accompagnant l'individu réflexif, en particulier l'impossibilité de justifier une façon d'agir par un « parce qu’on a toujours fait comme ça ». Ce paragraphe m'a d'autant plus interpellé que, en tant que manager, je mène un véritable combat contre cet argument ; en prenant du recul, je souhaite que mes équipes aient un regard critique sur leurs pratiques. Mes différentes expériences, en particulier celle d'auditeur, m'ont amené à pointer ce type de discours et y trouver derrière des faiblesses organisationnelles significatives. Mais :

  • Est-ce que cela veut dire que la tradition, l'habitude sont des sources d'inefficacité et d'erreurs et, à ce titre, sont à bannir de l'entreprise ?
Publié dans : Éthique et gouvernance - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire - Par La Chouette
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"Tout le monde se plaint de sa mémoire mais personne ne se plaint de son jugement"
La Rochefoucault
"Voyager nuit gravement aux lieux communs"
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