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Questions et détours autour de l'éthique et du management
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"Questionner sa pratique et en parler }?{
lui donner de la cohérence et du sens, c'est comme prendre un raccourci" 7 lecteur(s) actuellement - 165 par jour ; 173 839 depuis 2006. |
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Certains d’entre vous auront peut-être remarqué hier l’ajout d’une série de caractères chinois dans la page d’accueil du blog ; comme je vous l’ai déjà indiqué, j’ai développé un intérêt tout particulier pour cette culture et le dépaysement que sa fréquentation peut provoquer dans nos modes de penser.
Ainsi, ce petit proverbe de quatre caractères est appelé chengyu dans la langue chinoise. J’ai décidé aujourd’hui de vous parler un peu plus de ces formes lexicales car elle constitue une autre manière de considérer les choses et peuvent, à ce titre, nous aider à faire évoluer notre approche méthodologique.
Je vous livre ici une première approche que vous trouverez également sur le site de Chine Nouvelle.
Les chéngyǔ (成語) sont des expressions proverbiales chinoises à quatre caractères écrits en 文言 wényán (langue littéraire et artificielle classique en usage majoritaire pour le chinois écrit depuis la plus haute Antiquité jusqu'en 1919 ; on pourrait comparer le wényán au latin tel qu'il fut utilisé en Occident dans le domaine scientifique jusqu'à récemment). De fait, les chéngyǔ ne respectent pas la grammaire et la syntaxe du chinois parlé actuel, sont très compacts et synthétiques et peuvent même être illisibles pour un Chinois n'ayant pas étudié la langue classique.
Souvent, ces chéngyǔ se réfèrent à un épisode mythologique ou historique précis qu'il faut connaîtrepour les déchiffrer ; c'est le cas pour l'un des plus célèbres : 杯弓蛇影 bēi gōng shé yǐng soit, mot à mot, « tasse / arc / serpent / reflet », que l'on ne peut comprendre que si l'on connaît l'histoire de cet homme apeuré par le reflet (影) de son arc (弓) dans sa tasse (杯), reflet qu'il a pris pour un serpent (蛇)... L'expression est synonyme de « poltron ». On le voit, le chéngyǔ en question n'est qu'un résumé des temps forts de l'anecdote ; ce n'est pas réellement une phrase mais une liste de mots-clefs.
De même, le chéngyǔ 破釜沉舟 pò fǔ chén zhōu n'indique que la liste suivante : « briser / chaudron / saborder / bateau ». L'anecdote historique à connaître est la suivante : un général avait ordonné à ses troupes de détruire tous les ustensiles de cuisine (破釜) et de saborder les bateaux (沉舟) après avoir franchi la rivière ennemie, de manière à bien montrer sa confiance en la victoire, toute possibilité de retraite ou de repli étant devenue impossible. Il gagna
Pour vous aider à en comprendre l’utilisation et la portée, voici un exemple avec une phrase française :
Monsieur Dupond est Bill Gates et Microsoft.
Ici « Bill Gates et Microsoft » serait le chengyu ; il fait référence au mondialement connu Bill Gates dont l’ascension depuis son garage d’étudiant est bien connue de tous ; l’utilisation de ce chengyu singifierait plusieurs dimensions à la fois :
La langue chinoise est une langue contextuelle ; le contexte peut donc amener à retenir seulement certaines dimensions de l’histoire (la légende) connue de tous.
Le chengyu pourrait être rapproché des « cas » bien connus dans les écoles de management ou des arrêts des instances judiciaires faisant jurisprudence, évoqués au travers de quelques mots ou noms clefs (cas Kodak, L'arrêt Dame veuve Trompier-Gravier,…).
Comme vous le savez, le concept est une notion centrale de la philosophie et de la culture occidentale ; elle est significative de la recherche de l’absolu ; la conceptualisation vise à dégager des aspects constants pour identifier un certain objet ou phénomène réel et pour construire éventuellement l’objet théorique correspondant. Le concept est, en quelques sortes, une version épurée du réel.
Le chengyu conserve finalement toutes les dimensions d’une situation et tend à considérer chaque situation comme étant singulière. Le chengyu, tout comme plus largement la langue chinoise, ne cherche pas enfermer la réalité dans des mots, à figer le contenu et le sens.
Le chengyu doit être retenu pour sa dimension évocatrice dans un contexte donné : poser les objets/idées à proximité les uns des autres et laisser le sens surgir des liens que l’observateur fera dans son contexte.
Dans cet article, je rappelle donc que l’approche occidentale tend à trancher, exclure et ainsi décomplexifier le monde ; l’individu sort du monde (combien de fois avez-vous constaté des écarts entre la théorie et la pratique). Je n’affirme pas que la pensée chinoise ignore l’abstraction mais souligne seulement sa capacité à conserver par delà les siècles son fond d’expériences et à ne pas figer les choses, ce qui permet d’en tirer les enseignements en fonction du contexte.
Pour arriver à cela, cela implique donc de garder trace de ces situations exemplaires, de ces cas originaux et de les faire connaître de chacun des membres de l’organisation.
Ces quelques idées sur lesquelles il faudra bien évidemment revenir, m’amènera à explorer des approches moins philosophiques que d’habitude, en particulier sur l’imaginaire, la pensée symbolique…
En ce qui concerne l’expression présente sur ma page d’accueil (j’essaierai d’en changer régulièrement), il s’agit en fait d’un xiehouyu, une autre figure de style chinoise ; le xiehouyu se scinde en deux parties ; la première présente la situation, c’est le sujet ; la deuxième qui n’est pas énoncée, est la réponse que pose la première partie. Dans la pratique quotidienne, seule la première partie est mentionnée. L’expression complète que j’ai indiquée est :
盲人摸象 … 各執一端
Mang2ren2 mo1xiang4 / ge4zhi2yi1duan1
La première partie signifie : des aveugles tâtent un éléphant
La deuxième partie sous-entendue : chacun n’en touche qu’une partie
Seule la première partie est explicitée et signifie : en considérer qu’une partie de la réalité.
UN ÉLÉPHANT ET LES AVEUGLES
Ils n’avaient aucune idée de ce qu’était un éléphant. Ils décidèrent que, même s’ils n’étaient pas capables de le voir, ils allaient essayer de le sentir. Tous allèrent donc là où l’éléphant se trouvait et. chacun le toucha.
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