Dans son numéro juillet-août 2006, la revue Cerveau & Psycho a traité au travers de deux articles le phénomène du coaching.
Le coaching peut se définir comme un accompagnement vers des performances ; il peut être considéré comme une pédagogie de la réussite. Le rôle du coach est donc de conduire ses voyageurs d'un point à autre.
Le premier, intitulé "Le coaching ou l'obsession de la performance" a été écrit par Christophe André - est psychiatre à l'Hôpital Sainte-Anne et enseignant à l'Université Paris X.
Le coaching est un nouveau volet de la panoplie des méthodes de « travail sur soi », qui comptait déjà la psychanalyse et le développement personnel. Produit d'une société où règne l'exigence d'amélioration de l'individu, il reflète aussi la perte de la transmission familiale des savoirs et, à certains égards, une obsession de la perfection.
L'auteur rappelle que le travail sur soi ne serait pas le reflet d'un certain narcissisme contemporain. En effet, sa pratique aurait déjà existé dans l'antiquité ("l'askésis"). Il relève deux différences notables :
- Le phénomène s'est démocratisé et n'est plus réservé à l'élite ;
- Il s'est professionnalisé : être coach est un métier aujourd'hui.
Il avance également l'idée que le coach serait un palliatif, là ou la famille éclatée au sens large ne joue plus son rôle.
Cette affirmation n'est malheureusement que peu approfondi dans l'article.
Le coaching et sa légitimité font l'objet d'un débat qui, selon C. André, peut se résumer de la manière suivante :
- Pour les défenseurs du travail sur soi :
Il est normal de vouloir s'améliorer, c'est un besoin et un plaisir ;
Il apporte des bénéfices en matière de santé psychique et physique ;
Il permet de rattraper les inégalités de naissance (grandir dans un milieu équilibré qui aurait permis d'apprendre très tôt, et intuitivement, à gérer nos émotions, à bien communiquer, à cultiver une bonne estime de soi)
Une démarche inégalitaire traçant une nouvelle ligne de ségrégation entre ceux qui s'ouvrent à la démarche et ceux qui s'y refusent (ainsi, le tabagisme et le surpoids tendent de plus en plus à être des marqueurs sociaux de mauvais contrôle de soi, et seraient mal perçus lors d'entretiens d'embauche) ;
Une promesse mensongère car le travail sur soi n'est pas une garantie de bonheur et de mieux-être ;
Une source de pression et de déstabilisation pour ceux qui échouent ; facteur de démultiplication des troubles dépressifs ("fatigue d'être soi") et anxieux (stress des performances et pathologies de l'estime de soi)
La conclusion de son article, sur la base des arguments de ce débat, pose des affirmations que l'on pourra transformer en questions d'ordre philosophique :
- La poursuite d'un idéal peut devenir tyrannique.
- Le droit à se développer ne doit pas devenir un devoir
- Accepter les imperfections des uns et des autres. Si l'homme recherche liberté et bonheur, il doit d'abord s'accepter imparfait et s'aimer comme tel.
- L'ego ne doit pas être le seul but du travail sur soi ; à quoi cela sevirait d'être parfait, si c'est pour l'être seul ?
"Celui qui croit pouvoir trouver en soi-même de quoi se passer des autres se trompe fort...Mais celui qui croit qu'on ne peut se passer de lui se trompe davantage encore"
La Rochefoucault
Le deuxième article, de Jérôme Palazzolo (psychiatre libéral à Nice, professeur de socio-anthropologie de la santé à l'Université internationale Senghor à Alexandrie en Égypte et chargé de cours à l'Université de Nice-Sophia-Antipolis) est intitulé "un coach sinon rien !". Par rapport au questionnement de l'Agora, je n'en retiendrais qu'un point que je cite:
"En réalité, le développement du coaching, modalité de perfectionnement et de renforcement de la performance, a accompagné la montée en puissance, au cours des dix dernières années, du rôle des nouvelles technologies de communication et d'information. Il faut se rendre à l'évidence : on ne travaille plus, on ne se comporte plus aujourd'hui comme nos parents ou nos grands-parents ! Tout va plus vite, tout est axé sur la capacité de l'individu à faire circuler rapidement l'information, les sentiments... Cela nécessite de disposer de compétences, tant individuelles que collectives, nécessaires au management. Développer des comportements plus adaptés à la diversité des situations, renforcer l'intelligence relationnelle et la capacité d'influence, permettre aux individus de devenir "porteurs de sens", telles sont les fonctions premières du coaching aujourd'hui.
On retrouve donc ici la recherche de sens, chère à l'Agora du Management. Le coach est-il donc un philosophe ?
A titre personnel, je n'ai pas encore ressenti une obligation à m'adjoindre les services d'un coach ; il s'agirait plus d'un besoin que je satisfais actuellement, parfois et partiellement, avec différents collaborateurs ou différentes personnes de mon entourage ; cette démarche n'est toutefois pas complètement satisfaisante.
- le coaching est-il utile pour tout le monde ? Certainement, car la complexité du rôle de manager va en grandissant.
- le coaching est-il possible n'importe quand ? Non, car il est d'une part nécessaire que la démarche soit volontaire, et d'autre part le coaching "d'entreprise" ne résout pas tout, en particulier" certains désordres psychologiques.
- le coaching produit-il des résultats ? Bien sur, mais de façon inégale. Cela dépend des qualités professionnelles du coach, et des motivations profondes du client.
Tout le monde sait bien que le coaching existe depuis toujours. Ca commence par l'éducation des enfants et ca se poursuit de mille et une manière à l'àge adulte, sous des formes très diverses. Je pense qu'utiliser des services de coaching en entreprise ne veut pas dire qu'on s'appuie sur une béquille, mais plutôt qu'on a un besoin de prise de recul qu'il est difficile de faire seul.
Je viens de lire vos différents commentaires et tentatives vaines pour établir correctement le lien vers votre site. En fait, après m'être renseigné auprès des modérateurs du forum, il apparaît que vous n'avez pas saisi votre url complet :
http://www.laurentderauglaudre.com (il manquait http://). Pour l'instant, et ça viendra surement plus tard, le système ne complète pas automatiquement comme cela se fait dans le corps des articles.
Dès lors, je supprime les deux commentaires suivants que vous avez mis pour essayer de corriger le problème et je mets le lien correct vers votre site dans ce commentaire :
Cliquez ICI pour aller voir le site de Laurent
Au passage, je vous remercie de l'intérêt que vous portez à l'Agora et de votre participation.
Cet ouvrage est la version livre de sa thèse réalisée sous la direction de Vincent de Gaulejac sociologue réputé directeur du Laboratoire de changement social de Paris VII.
Par ailleurs, puisqu'il semble que je sois tombée sur un blog qui réfléchit au management, je vous encourage la lecture du dernier livre de de Gaulejac "La société malade de la gestion".
"rapidos" !? il est clair que l'objet de mes articles n'est pas de développer, de rédiger une thèse. Je manque de temps. Ces petits articles ont vocation à ouvrir de nouveaux horizons, points de vues... je cite mes sources afin de permettre à toute personne intéressée d'aller plus loin. En l'occurrence, la revue que cite ici, regroupe des articles d'universitaires et chercheurs... il s'agit donc en général d'une présentation de leurs travaux scientifiques sur le fonctionnement du cerveau et de l'intelligence collective... elle présente des points de vues contradictoires, ce qui est important.
Je rappelle par ailleurs que, dans ma démarche, j'explore différents points de vue sans chercher à trancher.
En tous cas, ne vous méprenez pas sur le titre et le contenu de mon article ; il ne s'agit pas d'une attaque contre le coaching (que vous soutenez au travers de votre blog, si j'ai bien compris) ; il mentionne un phénomène de société : le développement personnel, l'introspection... Le coaching ? A titre personnel, dans mes fonctions de direction où l’on se sent parfois bien seuls, je ressens de plus en plus le besoin d’une aide extérieure : est-ce que le coaching peut m’aider ? Je ne sais pas encore… je me renseigne.
Concernant vos références, je tâcherai de lire Valérie Brunel. J'ai déjà lu le livre de Vincent de Gaulejac et suis resté avec un souvenir mitigé. Cela fait un certain temps que je l’ai lu ; j’ai souvenir d’excellents passages et de déceptions ; je remets ce livre sur le haut de la pile car certaines idées appuieront de futurs articles de ce blog.
Mon propos portait sur les articles de Cerveau&Psycho. Comme, se sont les "millième" que je lis sur le sujet j'ai désormais du mal à en apprécier le contenu. Artciles forcément synthétiques et qui ne valent pas es développements qui peuvent être faits dans un livre, d'o^ma qualif de "rapidos".
Quant au livre de Brunel, elle est très critique sur le développement dans les entreprises des techniques de gestion de soi, dont le coaching. J'ai apprécié la thèse qu'elle défend et serait heureuse que les coachs s'intéressent à ce genre de travaux. Elle y raconte son expérience au sein d'un cabinet de conseil, qu'elle ne cite pas, mais qui est reconnaissable pour ceux qui gravite dans ce métier (du conseil).
(NB: je ne soutiens pas le coaching, je soutiens les professionnels du consulting qui ont un haut niveau de compétences et pratiquent l'analyse critique des "prêt-à-penser")
Au sujet de "La société malade de la gestion", je partage votre avis mitigé. J'ai quand même apprécié cette volonté, que j'ai cru y décéler, d'agiter le bocal, de provoquer une distanciation salutaire sur la "culture" et les pratiques de management. A sa lecture, je pense que les consultants pourraient y perdre certaines de leurs idées convenues (ce truc qu'on se repasse les uns les autres et qu'on débite aux clients pour prouver que "quand même" on réfléchit...)
Merci pour votre commentaire ; si vous avez l'occasion, n'hésitez pas à développer ces points communs et différences que vous identifiez (sur votre blog, le cas échéant, en indiquant ici le lien vers votre article).
Au plaisir de vous lire