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Samedi 2 septembre 2006 6 02 /09 /Sep /2006 16:05

Dans un précédent article, j’ai déjà signalé que la philosophie chinoise avait beaucoup plus pensé le concept de changement que ne l’a fait l’Occident. D’ailleurs, la conception classique et l’usage courant du changement n’envisagent le changement que comme le passage d’un état A à un état B. Le changement ne se décrit donc que par les modifications constatées sur l’état A. Le changement n’est pas vraiment pensé en lui-même.

Cette attention particulière se retrouve également dans la langue chinoise elle-même que ce soit un vocabulaire plus varié pour traduire la notion de changement, que des aspects grammaticaux inexistants dans les langues occidentales (demandez ainsi à un étudiant en chinois de vous parler du caractère了 le, lequel marque la notion de changement sur le verbe… au-delà de l’apprentissage des caractère, c’est une des bêtes noires des étudiants).

Une entité qui existe dans l’espace et dans le temps est nécessairement soumise, si ce n’est, dans une perspective relativiste, parce que son environnement évolue. Une entité qui existe sur le plan conceptuel n'est pas susceptible de changer. Elle relève de l'ordre du nécessaire, du constant et de l'abstrait.

La pensée occidentale est opposée à la tradition philosophique occidentale, qui aurait mis en valeur ce qui demeure immuable au-delà du changement, que ce soit des idées, des universels, ou d'autres entités abstraites, l'Etre ou Dieu. Au-delà de ces points soulevés entre autres par Anna Ghiglione "La pensée chinoise ancienne et l'abstraction" paru aux éditions You-Feng en 1999, François Jullien, dans son œuvre, a également avancé que la Chine n’avait que peu poser la question de l’origine et des fins (ce qui se constate dans les religions présentes en Chine et la mythologie) (pour relier au début de mon billet, la Chine ne s’est pas vraiment posé la question de l’état A et l’état B ; elle s’intéresse surtout au flux qui anime le monde, au changement).

Cette vision chinoise du monde décrit une réalité dynamique, en transformation perpétuelle et régie par une logique dialectique, selon laquelle les contraires sont conçues comme complémentaires et la relation entre les éléments est première par rapport aux éléments eux-mêmes ; les notions de tension et de potentiel (le rapprochement peut être réalisé avec les mêmes notions utilisées en physique de l’électricité).

Ainsi, la langue chinoise a développé un vocabulaire particulièrement riche autour du concept de changement. Nous essaierons d'en présenter ici certaines nuances sur la base de différents ouvrages dont principalement le livre d'Anna Ghiglione :

  • Bian4 ethua4 sont les deux termes principaux ; ils se combinent d’alleurs pour constituer un terme au sens générique : bian4hua4.
  •  bian4 : indiquerait un changement ou une transformation graduels, qui concerneraient surtout la forme ( xing2 ) d’un objet donné. Il s’agit donc d’un changement visible.
  •  hua4 : exprime des transformations et des altérations soudaines, touchant à la substance ( zhi2).  hua4 tend à être associé à une transformation positive.
  • yi4 (le fameux yi du yi qing ou i king) n’indique pas une transformation interne à A mais plutôt un échange bilatéral entre A et B. yi4 peut désigner une déviance négative par rapport à la norme.

Ces trois termes peuvent autant désigner un changement délibéré qu’un changement mécanique, imprévu.

  • gai3 et yi2 : un changement délibéré/intentionnel. gai3 serait même une simple retouche ou correction.
  • jiao1 est pareillement utilisé à yi4 pour un échange réciproque qui concerne en général deux personnes.
  • huan4 n’indique pas la transformation, mais l’échange, le remplacement, la permutation.

D’autres termes désignent des changements cycliques, des « révolutions »  comme zhuan , ou encore des processus de réaction et de « retour » comme fan   fu et huan.

Anna Ghiglione, sans rentrer dans le détail de tous ces sens, les présente pour souligner la présence des notions d’altérité, d’identité et de permanence dans le s écrits chinois classiques.

Il faut par ailleurs savoir qu’au sein des auteurs classiques chinois, des débats existent autour du sens des différents caractères cités ; le but n’est bien sûr pas de trouver le sens authentique ou de donner une vision exhaustive de ce débat mais de présenter/ouvrir le champs d’une autre manière de voir. Au passage, ce débat est d’autant plus difficile à retranscrire que les catégories internes à la pensée chinoise diffèrent des notres. A titre d’exemple, il faut savoir qu’un objet n’est pas toujours lié au même nom (question d’époque, de personne…) ; la langue et le concept ne sont pas autant figés qu’en Occident ; ce n’est pas un manque de rigieur mais une autre conception du monde. Par ailleurs, l’usage des termes est parfois dicté par des raisons stylistiques.

 

Je m’arrêterais donc ici dans cette présentation succincte qui s’inscrit dans ma réflexion plus générale sur les notions de processus et changement au travers de la carte/mindmap suivante : cliquez ICI.

 
 

Si les caractères chinois ne sont pas correctement affichés, je mets ci-dessous l’image des principaux utilisés (avec leur prononciation en pinyin pour vous y retrouver) :

Publié dans : Détours - Voir les 3 commentaires - Ecrire un commentaire - Par La Chouette
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La Rochefoucault
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