Lundi 28 septembre 2009
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"Pour progresser et se donner les chances de réussir, il ne faut
pas se poser trop de questions".
Dès que j'eus lu cette phrase dans l'édito de Capital de Septembre, je me précipitai pour débrancher mon ordinateur et arrêter ce satané blog qui met en avant le questionnement comme une démarche
de progrès dans le management ! Après ce vertige schizophrénique, je me ressaisis et laisse la nature revenir au galop.
Reprenons l'édito dans son intégralité :
Les vertus de la Google attitude
Pour progresser et se donner les chances de réussir, il ne faut pas se poser trop de questions. L’exemple nous vient de Google, une entreprise qui ne recule devant aucune audace. Quand ses
ingénieurs réclament un budget pour lancer un nouveau projet, leur hiérarchie ne met qu’une condition : faciliter la vie des internautes et, si possible, les épater. La rentabilité ? Question
subsidiaire, on fonce et on verra plus tard. Si ça ne marche pas, on arrêtera. C’est ce mode de fonctionnement qui fait la force du roi du cybermonde depuis sa naissance, il y a dix ans. Tout
part de l’innovation, qui crée la puissance. Le pari est que les profits suivront, même si la stratégie commerciale n’est pas claire au départ. Voilà dans quel esprit se préparent les nouveaux
services qui vont déferler sur le Net et les téléphones mobiles dans les prochains mois. Nos envoyés spéciaux sont allés les découvrir au siège de Mountain View, en Californie (page 46).
Bluffant ! Parfaitement adaptée au secteur de l’Internet, où rien n’est prévisible car la technologie change tout en permanence, la démarche de Google l’est aussi à n’importe quel autre univers
incertain. C’est-à-dire, en ce moment, à l’économie tout entière ! La phase la plus violente de la crise semble passée, mais nul ne peut encore établir le calendrier précis de la reprise (voir
page 14). Tout le monde est dans le brouillard et on ne peut avancer qu’en essayant d’imaginer ce qu’il y a derrière. C’est notamment le cas des particuliers qui s’intéressent à l’immobilier, le
grand sujet de ce numéro (à partir de la page 100). Pas de krach, mais une sévère correction à la baisse, annoncions-nous l’an passé. La suite nous a donné raison et cela ouvre de nouvelles
perspectives aux acheteurs. Si une bonne affaire se présente, le moment est peut-être venu de la saisir. Réfléchissez un peu, mais pas trop…
En d'autres termes, l'attitude vantée pour faire face à un contexte de forte incertitude, est celle du agis d'abord, il sera toujours temps de réfléchir après.
A y regarder de plus près, l'idée n'est peut-être pas si aberrante que cela, en particulier si l'on fait l'hypothèse que l'on ne peut ni connaître ni anticiper l'avenir ; elle remet l'expérience au
coeur de la démarche de connaissance : agir puis tirer des enseignements de l'expérience réalisée. Pourquoi pas ?
Aristote avait déjà réfléchi aux modalités de l'action dans contexte de contingence, autrement dit d'incertitude. En son temps, il avait préconisé une attitude de prudence, une prudence en actes
qui repose sur la délibération et ne se refuse pas à l'action. Peut-on vraiment toujours délibérer de son action à venir, en particulier dans des contextes d'urgence ? Délibérer, est-ce perdre du
temps ?
Il ne faut d'ailleurs peut-être pas réduire la délibération-décision-action à un schéma aussi linéaire délimité dans le temps : la délibération peut se construire dans le temps (dans ce cas, on
pourra aussi appeler son résultat, intuition), parfois l'action est justifiée a posteriori.
Mais dans ces quelques questions que j'ai limité en nombres pour rester dans la Google Attitude, il me semble avoir oublié la question de l'éthique. Cette Google Attitude ne fait pas la part belle
à l'éthique :
- Ne pas se poser trop de questions, en particulier celles sur les conséquences, sa responsabilité dans la société ; que devient ici la Corporate Responsibility ?
- Le seul objectif qui prévaut est la satisfaction du client, ce qui laisse à d'autres le soin de s'occuper des autres parties prenantes, l'actionnaire y compris... ?
Comme vous l'aurez certainement compris, j'ai essayé d'aller chercher "rapidement" quelques fondements à cette Google Attiude, quitte à être caricatural et extrême.
Néanmoins, Norbert Alter dans son livre "L'innovation ordinaire", rappelle que l'innovation jaillit de la déviance et non de la remise en ordre, deux tensions qui animent l'entreprise désireuse à
la fois de stabiliser (pour prévoir/anticiper/organiser) et de s'adapter à un environnement fluctuant. La déviance ne se pose pas trop de questions ; n'est-ce pas Eve ?
Encore une fois, ce cher Aristote nous servira de juge de paix ; il préconisait le juste milieu, un savant et exigeant équilibre, qui, concernant l'incertitude, se situait entre le pusillanime et
le téméraire, et donc entre le questionnement sans fin et l'absence de questionnement.
Références :
l'édito de Capital
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