
Travaillant actuellement sur un projet de charte éthique, je me
trouve confronté à la traduction en anglais du terme de loyauté (terme que l’on rencontre régulièrement dans les chartes éthiques, codes de déontologie et codes de bonne conduite des
entreprises).
J’ai d’abord été surpris par la proposition de mon cabinet de traduction d’utiliser, en équivalence, le terme de "good faith".
Il est vrai, les mots voyagent au gré des cultures à travers les âges et les peuples, et plus particulièrement à travers la Manche.
Le mot anglais "loyal" vient de l'ancien français "loial" lui même provenant donc du latin "legalis" qui se référait à la Loi.
Cela m’a amené à clarifier différents concepts qui se croisent dans les définitions, voire se font référence, dans le genre :
- la loyauté : fidélité à
- loyal : faithful to
- good faith : honest intent to act without taking an unfair advantage over another person or to fulfill a promise to act, even when some legal technicality is not fulfilled. The term is
applied to all kinds of transactions (on y retrouve l’idée de loyauté (to fullfil a promise to act). (source)
Alors, entre loyauté, fidélité et bonne foi ; quelles différences faire ?
Je ne parle ici que des difficultés de traduction vers l’anglais ; je ne parle pas d’autres langues, comme le chinois.
Après quelques investigations dans les dictionnaires et écrits, je vous propose comme point de départ, le français et les distinctions suivantes :
La loyauté, qui dérive du latin ‘legalis’, a un lien avec la Loi. En ce sens que sera dit loyal celui qui tient ses engagements au regard de ce, ou ceux, qui fait ou font autorité pour tous.
La fidélité, renvoie quant à elle à la foi. ‘Fides’ ; il s'agit bien là aussi de tenir ses engagements, mais là, ce n'est pas uniquement envers une autorité légale, reconnue par tous, instituée…
mais envers ce à quoi l'on accorde foi, et nul besoin que tous partagent la même foi pour tenir son engagement…
La loyauté semble donc plus liée à une position sociale ou juridique (salarié, soldat, citoyen…) alors que la fidélité relèverait plus d’une position ou d’un engagement personnel.
Par ailleurs, on peut aussi considérer que la loyauté ne tient que tant que l’on occupe la position sociale/juridique considérée ; on se doit alors de respecter les devoirs et obligations de sa
position, d'éviter les conflits d'intérêts... Peut-il y avoir encore loyauté une fois que vous avez quitté une entreprise ? D'ailleurs, le fait de vouloir quitter son employeur, est-ce manquer de
loyauté ? La fidélité renvoie pour sa part à la mémoire, d’une certaine manière la mémoire du passé en acte, une gratitude pour le passé. Dans l’eprit d’Aristote, la fidélité est le juste milieu
entre un excès, l’opiniâtreté, et un vice, la versatilité.
Même si l’on distingue les deux termes, fidélité et loyauté sont des conditions de la confiance. Dans le contexte d'une charte éthique, ils s'appliquent donc à la relation entre des individus et
entre des invididus et un groupe. Ces vertus reposent donc sur une certaine réciprocité, en particulier concernant la loyauté (la fidélité étant plus personnelle et ne pouvant donc caractériser
une organisation). Peut-on envisager la loyauté d'un salarié à son entreprise sans envisager celle de l'entreprise à son salarié ?
Et la bonne foi dans tout ça. En français, elle relève d’un autre registre, celui d’un rapport à la vérité, aux faits. La bonne foi est l’amour ou le respect de la vérité.
Alors ! Puis-je traduire loyauté par « good faith » ; quelques définitions anglaises semblent en ouvrir la possibilité.
Néanmoins, je ne pense pas commettre un contresens en revenant au terme de « loyalty ».
J’ai d’ailleurs l’impression que les termes de loyalty, faithfulness, fidelity ou de good faith présentent des différences moins marquées qu’en français.
Est-ce dû à une autre vision de la société idéale comme le propose Philippe d’Iribarne :
On trouve, du côté américain, une vision idéale de la société combinant deux éléments : d’une part des rapports contractuels, mettant en relation des entités dont les droits et obligations sont
définis aussi précisément que possible par un engagement auquel elles ont toutes deux souscrit ; d’autre part, une appartenance partagée à une communauté morale.
Vous pouvez (re)lire, à ce sujet, mon récent article : Devez-vous adapter votre charte éthique d'entreprise à chaque pays d'implantation ?
ICI
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