Samedi 29 août 2009 6 29 /08 /2009 23:00
Dans son émission Questions d'éthique sur France Culture, Monique Canto-Sperber a invité le 30 mai, François Ewald, philosophe de formation, intellectuel proche du MEDEF et du monde des assurances. Leur discussion s'inscrit dans le contexte du Grenelle des ondes et plus particulièrement les récentes décisions de justice (çà l'encontre des antennes de téléphonie mobile) qui, ne s'alignant pas sur les expertises scientifiques, reconfigurent le principe de précaution, qui maintenant en France a une valeur constitutionnelle. Ils pointent ainsi du doigt ce phénomène qui, au final, aboutit à ce que la légitimité d'une décision se fonde moins sur la connaissance que sur les effets d'apaisement que procure cette décision. Sur le plan conceptuel, F. Ewald réduit le champ du concept de risque à ce qui est scientifiquement connaissable ; au-delà, pour lui, il ne faut plus parler de risque mais de menace, voir d'incertitude. Il conclut donc que seule l'approche scientifique permet de supporter l'évaluation d'un risque. Ainsi, la justice en mettant de côté les expertises scientifiques et en privilégiant le ressenti des riverains des antennes, donne un rôle à l'Etat de réduction des angoisses générées par l'incertitude. Comment alors garantir à des investisseurs (par ex., ici, les opérateurs de téléphonie mobile et leurs investissements sur les licences et réseaux) la stabilité de règles du jeu qui ne soient pas remises en cause à chaque crise d'angoisse. Un dilemme est ainsi posé. Pour l'instant, je ne suis pas convaincu du fait de juger de la réalité d'un risque sur la base de critères exclusivement scientifiques, et peut-être plus en raison de la confiance quasi-dogmatique de F. Ewald dans la science. Je parle ici de dogmatisme dans la mesure où la discussion qualifiait d'obscurantisme toute décision refusant de s'appuyer sur un discours scientifique établi. Pour ma part, l'obscurantisme peut être maintenu à distance, par exemple, par la pratique de la prudence d'Aristote. En matière de gestion des risques en entreprise, la représentation du risque mise en avant par F. Ewald trouve son équivalent dans les procédures, parfois excessives, de collecte d'incidents (pour calculer ensuite des probabilités et des impacts) mises en place majoritairement dans le secteur des banques et des assurances. La crise financière a montré les limites des approches développés dans ces secteurs en matière de risque. En effet, ce qui est possible dans la construction du savoir scientifique ne l'est pas forcément en entreprise (et toute autre forme d'organisation) : le fonctionnement collectif des groupes humains ne peut être simulé et répété en laboratoire (d'autres arguments peuvent être avancés mais cela n'est pas mon propos). Par conséquent, dans un travail prospectif et d'identification de risques, les liens de causalité ne peuvent être scientifiquement éprouvés ; ils ne peuvent qu'être supposés. C'est bien pour cela que les vertus aristotélicienne sont d'une formidable actualité. Vous pouvez écouter cette émission de 30' en cliquant sur le lien ICI.


Article publié le 9 juin 2009 sur mon ancien blog L'Agora du Risque
Voir les 0 commentaires - Par Damien - Ecrire un commentaire - Partager     - Publié dans : CONTRÔLE ET RISQUES
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