Samedi 5 août 2006
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La communauté scientifique, dans un sens large (sciences humaines, biologie...) tend à affirmer que le fait de débattre modifie nos opinions... mais pas dans le sens de la modération.
La
délibération à l'intérieur d'un groupe tend en fait à
radicaliser l'opinion prédominante au départ, avant le
débat.
Les psychologies attribuent cet effet à deux causes :
- La tendance reconnue des gens à chercher l'estime de leurs semblables, ce qui les mènerait à renchérir sur ce qu'ils perçoivent comme étant l'opinion dominante.
- Les effets cognitifs de l'accumulation de points de vue allant dans le même sens ("le confort, la sécurité de la pensée majoritaire").
Pour d'autres auteurs, c'est l'addition des arguments exposés en faveur de l'opinion dominante qui radicalise le jugement d'une partie des membres du groupe.
Indépendamment de l'analyse des causes, on tend à parler d'
effet de polarisation.
Le débat et la délibération sont à la base des sociétés démocratiques et sont mis également en avant ici sur l'Agora. En entreprise, le débat est considéré comme un élément important de conduite
du changement pour mobiliser les différents acteurs de l'organisation. Au regard de l'effet de polarisation, il est intéressant de se demander si ce qui sert l'intérêt de l'entreprise et des
managers, ce n'est pas la radicalisation de l'effet de polarisation plus que les vertues du débat en lui-même.
Il ne faut pas pour autant balayer de la main le débat ; il faut juste éviter d'en faire une éloge inconditionnel sans égard pour don agencement ni la composition des groupes qui discutent. Une
des voies envisagée pour réduire l'effet de polarisation est la communication aux participants de points de vue contradictoires avant le débat.
Dans cette catégorie "Méthodologie", je reviendrai vers vous sur ce thème avec d'autres billets issus de mes lectures des revues
Cerveau & Psycho
(revue orientée sciences cognitives) et
Sciences Humaines (en particulier son numéro 169 sur l'intelligence collective, article du philosophe Bernard
Manin "Les conditions du bon débat").
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