Le mercredi 24 Mai 2006, l’IAE de Lille organisait une journée de rencontre : « Représentation(s) et volonté(s) en management», dans le cadre de la troisième édition du congrès « Philosophie et Management".
Vous trouverez ci-joint un extrait de leur appel à communication (cliquez
ICI pour aller à la source) au contenu duquel je n'ai apporté aucune modification ; j'ai seulement mis en valeur des axes de réfléxion intéressants :
Pour justifier ses modèles ou ses pratiques, le management fait référence aux sciences sociales. Mais il est aussi questionné par les débats philosophiques sur le sens ou la portée des choix et des représentations qu’il tend à imposer aux organisations et aux collectifs de travail. C’est ce que montrent les discussions actuelles sur l’éthique, sur la responsabilité sociale de l’entreprise ou sur la place de la démocratie au coeur des organisations. Dans les situations exceptionnelles comme dans les pratiques quotidiennes, le manager est confronté à différents niveaux de prises de conscience ou de représentations. Ces dernières ont elles-mêmes des rapports complexes avec des désirs, des mobiles ou des volontés hétérogènes. Sur ces thèmes toujours actuels, les philosophes ont apporté de nombreux cadres d’analyse.
De leur côté, les disciplines de gestion se sont intéressées aux représentations, tant comme sources de conflits ou de controverses que comme moyens d’uniformisation des comportements. Mais elles ne les ont pas suffisamment reliées aux enjeux des acteurs, autrement dit à leurs volontés en oeuvre. Or, c’est bien la relation entre représentations et volontés qui permet de comprendre certaines décisions, actions managériales ou formes de comportements. En ce sens, les travaux de psychologie les plus récents ont montré que la gestion des émotions exerce une puissante influence sur la faculté de raisonnement, les deux systèmes étant imbriqués eux-mêmes avec la régulation des fonctions biologiques.
Ce que redécouvre la science, la philosophie a passé de longs siècles à l’argumenter. Elle permet de comprendre en quoi les représentations à l’oeuvre dans les organisations sont complexes, ambivalentes et pour partie incompatibles, car elles interfèrent avec la mise en oeuvre de volontés qui s’en servent en même temps qu’elles les façonnent à leur service. Les représentations sont les instruments de l’action voulue, comme elles en sont la condition nécessaire. Pour certains philosophes, l’homme est d’ailleurs moins une personnalité cherchant à exprimer ses différences qu’une volonté utilisant ses caractéristiques personnelles comme des ressources d’action.
Selon Schopenhauer, la Volonté anime les individus et les laisse convoiter le monde comme s’il était un lieu capable d’assouvir leurs désirs. Mais cette convoitise a besoin de Représentations, c’est-à-dire d’interprétations partielles, subjectives et pourtant présentées comme des évidences, soit naïvement, soit par calcul et rhétorique – pour « avoir raison ». Schopenhauer était plutôt sophiste, il ne croyait guère à autre chose qu’à des « vérités » imposées, à des représentations devenues de « bonnes raisons » de par la loi du plus subtil ou du plus fort. Est-il possible ou non de dépasser ce combat des Volontés et, à travers lui, de trouver des solutions au débat sans fin des Représentations ?
Y a-t-il des vérités organisationnelles (par exemple des « fruits » des sciences de gestion) qui puissent échapper à la raison des Volontés individuelles ? Comment concilier les savoirs et les individus qui les portent, qui en font de la connaissance, à partir de leurs Volontés, à travers ce qu’ils construisent en matière de Représentations ? Comment peut-on imaginer des convergences, des compromis ou des accords de points de vue, dans ce monde d’acteurs qui sont aussi des créateurs de sens, et que Schopenhauer définit comme « un monde de représentation(s) et de volonté(s) » ?
Je surveillerai l'année prochaine à l'organisation de ce colloque afin de pouvoir vous en faire part dans la rubrique "Actualités" de l'Agora.
Commentaires récents