Mardi 9 mai 2006
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Hier, je vous faisais part du « choix de Sophie » : sous la pression d’un officier nazi, elle doit choisir lequel de ses deux enfants doit mourir. Pouvons-nous justifier une quelconque imputation de responsabilité à une personne se trouvant forcée de décider quelque chose qu’elle ne veut pas accomplir ?
Ce cas est souvent cité pour illustrer que la liberté constitue un pré requis à l’exercice d’une quelconque responsabilité.
A mon sens, cette situation extrême ne démontre pas nécessairement que la liberté au sens large est nécessaire à l’exercice de la responsabilité. Il souligne que chaque individu reste responsable des choix (ou décision) qu’il effectue, aussi restreint soit le nombre d’alternatives possibles (pour avoir un choix, il en faut au minimum 2 : faire ou ne pas faire).
Sur cette base, je parlerai néanmoins d’une liberté relative nécessaire à l’exercice de la responsabilité.
Dans une majorité de textes, l’idée de responsabilité reste indissociable de l’exercice de la volonté et de la liberté ; il en découle que l’idée d’une responsabilité est incompatible avec toute conception déterministe de l’action humaine (Dieu, le destin, la fortune, providence, les gênes…) ; de la même manière, le hasard présente la même incompatibilité.
Cette affirmation peut être atténuée si l’on considère la question suivante : ne suis-je responsable d’une action que si je peux me reconnaître comme origine de l’action ? En effet, ici il importe peu que l’individu soit la cause réelle de sa décision/action ; ce qui compte, c’est sa perception. La responsabilité peut donc se considérer sous l’angle d’un sentiment. Dès lors, qu’apporte le concept de responsabilité.
A minima, l’exercice de la responsabilité requière donc une réelle causalité entre sa propre décision/action et les conséquences de cette dernière.
Depuis le début des années 80 (Morin, Le Moigne…), la notion de système a trouvé un écho toujours plus croissant dans l’entreprise et l’économie mondiale. Sa théorisation a été complétée par celle des réseaux. C’est la fameuse métaphore du coup d’aile de papillon à l’origine d’un ouragan à l’autre bout du monde. D’ailleurs, ce pauvre papillon est-il vraiment responsable de cet ouragan (au passage, se pose la question de la limite de la responsabilité au regard des conséquences). C. Arnsperger (dans l’ouvrage collectif Le philosophe et la manager, Penser autrement le management ; Editions De Boeck ; 2006) pose la question : qu’est-ce qu’être libre dans un système ?
En effet, la sociologie et les sciences cognitives ont fortement remis en question l'assurance du philosophe d'une liberté radicale de l'homme ; par exemple : détermination de l'individu par des biais cognitifs (genre de comportements réflexes permettant de réagir de manière efficace dans l'environnement ; poids dans de la culture dans les comportements individuels… Je profite de cette aparté sur les sciences cognitives pour vous recommander la lecture de la revue Cerveau & Psycho : passionnante et riche d’exemples et expériences qui vous font réfléchir sur notre maîtrise de nos actions et pensées.
Si nous considérons les contraintes internes (cognitives…), les contraintes extrernes (société, culture…) et l’interaction de tous les agents (complexité), quel est l'espace de la liberté et donc de la responsabilité ? La liberté n’est jamais complète. De plus, on ne peut jamais être certain du résultat de son action. En permanence, les individus s’adaptent à l’environnement ainsi généré ; leur degré de liberté peut être limité.
Si l’action de l’individu est purement adaptative, on peut considérer qu’il se positionne dans la pure réactivité ; est-il encore libre, responsable ? Si l’on substitue ici la notion d’anticipation à celle de réactivité (sans toutefois parler de prévision), l’individu gagne-t-il en responsabilité ? On peut donc considérer une responsabilité là où l’individu exerce ses capacités rationnelles pour construire des scénarios de l’avenir ; je ne parle pas de prévision et donc de maîtrise de l’avenir (ou de pari sur l’avenir).
Par ailleurs, on peut également se poser la question si le cloisonnement croissant des tâches, processus ne contribue pas réduire le degré de liberté des individus et donc leur responsabilité.
Mon expérience personnelle m’amène aussi à constater la large diffusion de ces notions de complexité, de système, de réseau tout en me retrouvant confronter au quotidien à une pratique toujours largement sous l’emprise de la causalité simple et de la responsabilité absolue.
Dans ce dernier paragraphe, j’ai indirectement introduit les notions de faute, culpabilité, d’héroïsme de l’acteur…
A suivre et à bientôt
La Chouette
Publié dans : Éthique et gouvernance
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Par La Chouette
Merci pour ces lignes d'une verdeur sans pareil ! C'est toujours un plaisir enivrant que de boire à la coupe d'un puissant et d'apprendre.
Pour ma part, avec 14 auteurs de pays différents nous sommes " l'auteur " de:
" La rose blanche et l'olivier "
sur:
http://yadiam.over-blog.com/
Nous y parlons de Paix, d'Amour, de Philosophie, mais aussi de Voyages, de Sciences, de Kabbala, de Soufisme... bref, de toutes les ficelles et cordes que la Poésie nous offre.
PS: n'hésitez pas à laisser un commentaire: nous vous répondrons.
Faut-il considérer qu'il n'y a pas de responsabilités individuelles mais des responsabilités collectives seulement ?