Partager l'article ! Contre François Jullien : une économie sans finalité centrée sur les moyens: Mon blog est encore trop récent pour que vous ayez pu relever ...
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Questionner sa pratique et lui donner du sens |
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La fréquentation de son œuvre (que j'ai lue et relue), depuis plus de 10 ans, m'a aidé à renouer avec nos fondements philosophiques, à questionner notre manière de voir et de faire, et en particulier aujourd'hui à questionner le management. A ce titre, je salue son travail.
Dans celui-ci, j'ai particulièrement retenu (et l'ai déjà cité auprès de vous) son Traité de l'EfficacitéDu Temps ; ces ouvrages sont passionnants dans leur exposé d'une conception alternative du changement, du potentiel, du temps… J'aurais l'occasion de revenir dessus dans d'autres articles. et
Cependant, l'œuvre de
Dans cette approche, je n'arrivais pas à concevoir que l'on puisse être au monde sans intention ; une telle position relevait pour moi de l'idéalité et contredisait d'autres propos de l'auteur.
J'ai, par ailleurs, régulièrement constaté des décalages entre son exposé de la Chine que je pouvais percevoir au travers de mes différents amis chinois. Je pris donc le parti de prendre son œuvre, non pas comme une présentation de la Chine, mais comme un travail philosophique sur les concepts ; à la manière de Deleuze, je décidais donc de considérer
JF Billeter a souhaité apporter une contradiction à F. Jullien, au sommet de sa gloire ; pour votre information, cette gloire a porté dans le monde de l'entreprise puisqu'il anime et assure régulièrement des conférences.
La première partie de son livre m'a peu convaincu. Il met certes en avant des points justes, lesquels ne remettaient pas en cause ma manière de percevoir et d'exploiter l'œuvre de F. Jullien. Ce dernier présente en effet une pensée chinoise un peu trop uniforme avec peu de citations et sans aucune mise en perspective historique. JF Billeter lui reproche un recours au mythe d'une Chine philosophique et des abus de traduction. Je n'ai pas été sensible à ces arguments car ils relevaient plus pour moi d'un débat académique, typique des querelles sur la catégorisation rigide des discours et théories.
Néanmoins, JF Billeter apporte un éclairage intéressant sur le parti pris de F. Jullien de travailler les écarts/différences entre la pensée chinoise et la pensée occidentale ; il considère possible de postuler l'unité foncière de l'expérience humaine, et ainsi de changer la nature des analyses.
Par ailleurs, il accuse
Il reproche à F. Jullien de ne pas avoir vu dans quel monde et quel contexte historique s'inscrit cette pensée chinoise qu'il décrit : un monde dans lequel la question des fins ne peut être discutée, ni même posée, et dans lequel l'intelligence est, par conséquent condamnée à ne s'appliquer qu'aux moyens, aux méthodes, aux manœuvres et à l'art de s'adapter à ce qui est.
Pour JF Billeter, F. Jullien n'a pas vu (ou pas prêté attention) que la "pensée de l'immanence" est congénitalenent liée à l'ordre impérial, qui a créé un monde clos en résolvant autoritairement la question des fins. Parce qu'il était aveuglé sur ce point,
L'argumentation de JF Billeter m'a particulièrement interpellé car, il est vrai, j'avais constaté dans la littérature "philosophique" chinoise la prégnance des thèmes sur le pouvoir et l'art de gouverner. En outre, la longue histoire de la Chine, à la continuité apparente incroyable, met essentiellement en avant son régime impérial ; de nombreux auteurs considèrent que les gouvernements actuels, dits communistes, s'inscrivent dans cette continuité.
Au-delà de cette explication intéressante sur l'absence de la question des fins dans la pensée chinoise, j'ai reçu dans cette livre un échos à l'objet de mon blog : redonner du sens en questionnant les concepts de l'entreprise et du management trop marqués, à mon sens, par le discours dominant du marché et de la croissance (comme je l'ai déjà écrit, je ne juge pas ces discours mais ma personnalité me conduit naturellement à les mettre en doute, peut-être pour mieux y adhérer ultérieurement…).
JF Billeter note qu'à force de faire l'éloge de cette pensée captive qui ne s'applique qu'aux moyens, aux méthodes et aux manœuvres, et qui est donc tant tout soucieuse d'efficacité,
Voilà, donc l'idée intéressante qui mérite d'être posée et questionnée : dans l'économie de marché, tout comme dans le régime impérial chinois, la question des fins est occultée (il serait intéressant d'en identifier le mécanisme) ; les acteurs du systèmes acceptent les finalités inscrites en lui (croissance, profit…) et centrent leur réflexion sur les moyens, les méthodes, les manœuvres et l'art de s'adapter à ce qui est.
Même si j'ai atteint ici le point de mon article de ce jour, je vous fait part de deux autres analyses intéressantes sur la Chine aujourd'hui.
JF Billeter partage avec F. Jullien l'idée que la Chine ne pourra pas se tenir toujours à l'écart de la pensée du sens ; le profit n'y suffira plus. C'est alors que l'Europe, par sa tradition philosophique, pourrait retrouver une certaine importance.
Il relève également un entretien récent de F. Jullien qui avance que la Chine en restant attachée à l'idée de régulation des processus ne connaît que l'harmonie. Or la régulation, l'harmonie sur le plan humain, ne signifient toujours, en définitive, que la soumission aux rapports de force. Ainsi la Chine a-t-elle pensé le pouvoir (ou la morale), mais pas le droit. Elle a pensé la machine à obéissance, mais pas la transcendance de la loi et de la justice.
Dépayser les lieux communs.
Remettre du sens et de l'éthique dans les pratiques au quotidien.
"Socrate, un philosophe au secours de l'entreprise" - Damien Goy (Maxima)
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Mise à jour du 5 jan. 2012
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