Lundi 8 septembre 2008 1 08 /09 /2008 23:40
Dans le numéro 22 de Philosophie Magazine, F Schiffter vient de publier un "Court éloge de la flemme". La lecture d’un tel article ne devrait pas intéresser beaucoup de managers sauf à regarder d’une autre manière ce penchant de certains. Ce vice serait-il une vertu déguisée ? Qui pourrait imaginer un manager hurler à ses collaborateurs : « bande de travailleurs ! Arrêtez de flemmarder ! » La paresse est-elle le juste milieu entre la fainéantise et l'agitation ? (l’agitation recouvre ici une accumulation d’actes et de décisions sans réelle réflexion). Pourquoi pas, dirais-je ? En effet, qu'est-ce que le paresseux si ce n'est un gestionnaire de la rareté et plus particulièrement de son énergie? Le paresseux manque d'énergie pour réaliser quoique ce soit. Pour faire face à ce manque, il doit être inventif, créatif, trouver le meilleur moyen de consommer le moins d'énergie possible. Le paresseux a également de grands talents pour prioriser, ne mettre que le strict nécessaire sur le haut de la pile. C'est un être terriblement efficient et efficace (n1) ! Il m'est arrivé et m'arrive encore régulièrement de trouver de très bonnes idées/solutions et d’économiser des heures de travail par paresse… Je suis certain que vous aussi ! Cependant la paresse fait l’objet d’une sérieuse désapprobation morale ! Le dicton populaire déclare bien que la paresse est mère de tous les vices ! Nous sommes loin de la Rome antique où le travail était considéré comme une servitude ! Comme a-t-on pu passer à une position aussi radicalement opposée où le travail est érigé en valeur ! Catherine Halpern dans un article « Des vertus de la paresse » du dernier numéro de Sciences Humaines dédié aux péchés capitaux met en avant l’idée que cette apologie du travail fait écho à F. Nietzsche « Les apologistes du travail » et une peur de tout ce qui est individuel ; ainsi, elle écrit « Au fond, on sent aujourd’hui, à la vue du travail – on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir –, qu’ un tel travail constitue la meilleure des polices, qu ’ il tient chacun en bride et s’ entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’ indépendance ». Alors, faut-il réhabiliter la paresse ?

Note 1 : je considère ici l’efficience comme un rapport entre des moyens et des résultats et l’efficacité comme un rapport entre objectifs et des résultats.
Voir les 1 commentaires - Par La Chouette - Ecrire un commentaire - Partager     - Publié dans : DÉTOURS
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