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Agora du Management
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Questions et détours autour de l'éthique et du management
Le plaisir des idées et du dialogue...
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"Questionner sa pratique et en parler }?{
lui donner de la cohérence et du sens, c'est comme prendre un raccourci" 9 lecteur(s) actuellement - 165 par jour ; 173 839 depuis 2006. |
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Je viens d’achever la lecture du très enthousiasmant Storytelling de Christian Salmon (storytelling = l’art de raconter des histoires (sans valeur péjorative du
terme) ; l’auteur met à jour un mode de communication très utilisé, parfois inconsciemment : la narration. Néanmoins, au-delà de mon enthousiasme, je suis resté très sceptique quant à
l’argumentation : l’auteur tombe dans une critique peu factuelle qui, de surcroît, cultive la théorie du complot mondial.Depuis qu’elle existe, l’humanité a su cultiver l’art de raconter des histoires, un art partout au cœur du lien social. Mais depuis les années 1990, aux États-Unis puis en Europe, il a été investi par les logiques de la communication et du capitalisme triomphant, sous l’appellation anodine de « storytelling » : celui-ci est devenu une arme aux mains des « gourous » du marketing, du management et de la communication politique, pour mieux formater les esprits des consommateurs et des citoyens. Derrière les campagnes publicitaires, mais aussi dans l’ombre des campagnes électorales victorieuses, de Bush à Sarkozy, se cachent les techniciens sophistiqués du storytelling management ou du digital storytelling.
C’est cet incroyable hold-up sur l’imagination des humains que révèle Christian Salmon dans ce livre, au terme d’une longue enquête consacrée aux applications toujours plus nombreuses du storytelling : le marketing s’appuie plus sur l’histoire des marques que sur leur image, les managers doivent raconter des histoires pour motiver les salariés, les militaires en Irak s’entraînent sur des jeux vidéos conçus à Hollywood et les spins doctor construisent la vie politique comme un récit… Christian Salmon dévoile ici les rouages d’une « machine à raconter » qui remplace le raisonnement rationnel, bien plus efficace que toutes les imageries orwelliennes de la société totalitaire. Ce « nouvel ordre narratif » va au-delà de la création d’une novlangue médiatique engluant la pensée : le sujet qu’il veut formater est un individu envoûté, immergé dans un univers fictif qui filtre les perceptions, stimule les affects, encadre les comportements et les idées…
les arguments rationnels n'ont plus de prise sur les salariés et que les méthodes traditionnelles de communicaton (notes de synthèse, conférences, systèmes de visualisation powerpoint, check-lists...) se révèlent inopérantes, alors même que le volume et le flux des informations ne cessent de croître et que leur vitesse de circulations s'accélère.
Les gens ne veulent plus d'informations. ils veulent croire - en vous, en vos buts, en votre succès, dans l'hisoire que vous racontez. C'est la foi qui fait bouger les montagnes et non les faits. Les faits ne donnent pas naissance à la foi. la foi a besoin d'une histoire pour la soutenir - une histoire signifiante qui soit crédible et qui donne foi en vous.
Ainsi, les bavardages, les racontars, les commérages ou rumeurs gagnent un nouveau statut ; ils sont perçus désormais comme des vecteurs d'expériences et de connaissances ; tout un savoir informel, historique, façonné par l'expérience, s'y cristalliserait, des connaissances "tacites", non reconnues jusque là, sans lesquelles l'organisation ne pourrait pas fonctionner.Les risques du storytelling
[...] il plaque sur la réalité des récits artificiels, bloque les échanges, sature l'espace symbolique de séries et de stories. Il ne raconte pas l'expérience passée, il trace les conduites et oriente les flux d'émotions. Le storytelling met en place des engrenages narratifs, suivant lesquels les individus sont conduits à s'identifier à des modèles et à se conformer à des protocoles. Elle a pour objet, à travers la manipulation des pulsions et des émotions, la production et la circulation de modèles de comportements et de courants d'imitationIl écrit plus loin :
Dans l'entreprise éclatée, soumise aux aléas boursiers et aux menaces de délocalisation, où tout horizon de carrière s'est effacé quoi de plus naturel en effet que de "se sentir à l'orée d'un merveilleux changement" ? Quoi de plus engageant que la promesse d'un récit merveilleux
La nouvelle idéologie du capitalisme privilégie le changement à la continuité, la mobilité à la stabilité la tension à l'équilibre et propose un nouveau paradigme organisationnel : l'entreprise sans frontières, décentralisée et nomade, libérée des lois et des emplois, lègère, agile et furtive, qui ne se reconnaît d'autre loi que le récit qu'elle se donne, d'autre réalité que les fictions qu'elle répand dans le monde.
Souvenez-vous que les contes ne sont pas là pour endormir les enfants
mais pour éveiller les hommes.
Chaque jour, une question d'éthique posée via Twitter et reprise ici dans la catégorie éponyme. Me suivre sur Twitter
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