Samedi 19 janvier 2008 6 19 /01 /2008 23:56
undefined Peut-être avez-vous eu l’occasion de feuilleter de la littérature managériale sur la thématique du sensemaking ?
Il s’agit en fait de donner du sens, le but ultime étant de mobiliser les hommes et femmes de l’organisation. Dans cette "nouvelle" approche, le sensemaking est montré comme un processus trop souvent délaissé mais prioritaire par rapport au processus de prise de décision.
Sans rentrer plus dans les détails de cette nouvelle tendance (mode) venue des Etats-Unis, nous pouvons déjà relever que la question du sens est une question philosophique par excellence.

Le manager, le dirigeant doivent-ils devenir philosophe ?

Un précédent article répond en partie à cette question : Donner du sens.

Je reviens en fait aujourd’hui sur ce type d'interrogation suite à ma lecture d'un article "La question du sens" du Magazine Littéraire d’octobre 2006. En voici quelques idées intéressantes :
Sa « bonne nouvelle » [référence à G Deleuze], c’est que le sens n’est pas à retrouver, mais à produire. Inutile, donc, de se déchirer les habits en déplorant que notre monde s’est vidé de ses dieux ; inutile de se demander si la vie a un sens ou n’en a pas : le sens n’est pas une priorité, mais un effet. Il nous reste donc à expérimenter de nouveaux montages, faire jouer les dispositifs symboliques déjà disponibles, inventer des langages, machiner des signes. Ni expérience, ni vériter, donc : bricolage.

Ainsi, Jean-Michel Salanskis […] redéfinit la philosophie comme une « philosophie du sens », qui ne produit plus de connaissance sur ce qui est, mais en dégage le sens pour nous. Ce sens délivré de toute indexation à l’être aparaît alors comme adresse, dédicace. C’est parce qu’une chose est adressée à, qu’elle a du sens ou plutôt c’est parce qu’elle est reçue comme ayant été adressée ou destinée, peu importe sa nature.

Les passages surlignés en gras m'ont interpellé ; je les soumets donc à votre sagacité.
La notion d'effet, utilisée dans le premier, me rappelle toujours mes lectures du philosophe (expert des détours par la Chine) François Jullien qui pose en parallèle l'approche occidentale "cause-conséquence" et une approche chinoise "dispositif-effet" ; je rappellerai ici un des paragraphes d'un précédent article :

Ma lecture de Foucault est encore insuffisante mais j’ai l’impression d’y retrouver le courant de réflexion qui a animé de nombreux penseurs chinois, des siècles différents ; en effet, ces derniers ont fait de la bonne manière de gouverner et du pouvoir des objets quasi obsessionnels. Leur pensée a particulièrement été bien saisie dans sa différence par le philosophe et sinologue contemporain François Jullien : le stratège n’agit pas ; de par son observation et sa disponibilité, il se positionne dans un dispositif pour en tirer un maximum d’effet. Par ailleurs, la lecture des penseurs chinois met en exergue la vision prométhéenne de l'action en Occident : un événement résulte, selon une causalité linéaire, de l'action d'un individu : une tragédie où l'homme devient héros. Dans cette voie et traditionnellement, le pouvoir est détenu par une personne ; la Chine comme Foucault (et vice versa) considère le pouvoir comme une résultante des relations ( des interactions) entre les hommes.

Au-delà ces citations, je vous inviterai également à lire l’article Entrepreneuriat et philosophie, et ses commentaires, du blog Metycea. Pour finir, et concernant la "production" de sens, je vous en reparlerai très certainement bientôt suite à ma lecture d'un livre sur le storytelling.

Bonnes réflexions !
Voir les 0 commentaires - Par La Chouette - Ecrire un commentaire - Partager     - Publié dans : ÉTHIQUE
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