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Management et Philosophie
Un voyage pour nourrir la pensée et penser l'action du management, dépayser ses lieux communs.
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Lundi 14 janvier 2008
danse-tribale.jpeg Le livre de Pascal  Lardellier, sociologue, "Faut-il brûler les rites", interroge la pratique contemporaine des rites avec pour toile de fonds l'idée généralement admise que le rite ne relève pas de la raison mais plutôt d’un mode de pensée primitif  et, qu'à ce titre, il  doit être éradiqué. Pourtant, les rites restent nombreux : dire bonjour, inviter à un dîner, le mariage, l’enterrement de vie de garçon, la Saint-Valentin, la pendaison de crémaillère, Noël, les examens d’université, les tribunaux, Halloween, le bizutage… Selon l'auteur, quelques dérivent guettent ces rites dans la mesure où ils peuvent se transformer en spectacle ou en jeux, purs moments ludiques et théâtraux, vidés de leur substance symbolique. Cependant, ils résistent, voire évoluent pour s’adapter. Qu’en est-il des rites en entreprise, lieu où seule la raison a droit de citer ? Le rite y est présent ? Que révèle-t-il de l’entreprise ?

P. Lardellier souligne que le sens du mot "rite" est large, et que la notion  est extensible ; cependant, il mets en avant principalement les traits caractéristiques suivants :
  • Son caractère formel et normatif, stabilisé par la tradition, les coutumes. Il est demandé aux participants au rite de respecter l'ordonnancement rituel, au risque de faire tache et scandale.
  • Sa dimension de spectacle : les rites se déroulent au sein de dispositifs de nature théâtrale.
  • Sa dimension symbolique : souvent le rite n'a pas d'utilité sui generi, leur action se situant à un autre niveau : transformer les rapports, les états et les statuts, ou renforçant des liens existants
  • Son caractère performatif (au sens du linguiste Austin : « je te baptise » est un exemple d'énoncé performatif
  • L'exercice d'une médiation : les rites sont en fait les vecteurs d'une demande d'intercession, qui s'adresse à des valeurs, à des « pères fondateurs », à des communautés.
Selon lui, le rite vise à marquer les passages, modifier les statuts, tout en « faisant appartenir » (le rite fonderait le lien social) et en produisant de la mémoire.

Dans leur ouvrage, "Pour une anthropologie de l'entreprise", Marc Lebailly et Alain Simon, tous deux consultants et anciens patrons, ont la même approche :
On considère comme un acte rituel tout comportement qui d'une part n'est pas nécessaire aux processus d'échange, de communication et de production, et d'autre part est déterminé par l'infrastructure du collectif dans lequel il se réitère à des moments et circonstances prévisibles. C'est-à-dire que tout comportement « inutile » mais répété dans des circonstances repérables, dans la mesure où il est intégré dans un système de conduite dont la logique s'inscrit dans la transformation d'un système d'opposition, doit être réputé « rituel ». En effet, il se manifeste comme signe de reconnaissance et, de ce fait, renforce la cohésion sociale.
On peut considérer trois types de passage : de passage, d'appartenance, de séparation.

Les auteurs précisent bien que le rite n’a pas d'efficacité quantifiable ; on peut souvent le considérer comme négligeable pour le bon déroulement des processus de production.

Sur la base de ces définitions, quelques conduites en entreprise peuvent être qualifiées de rites (la liste ci-dessous peut être discutée) :
  • Recrutements et embauches, y compris le stade de l’intégration ;
  • Les promotions avec les différentes phases de décision puis de communication : faire prendre conscience à l’intéressé et à la communauté de l’évolution de responsabilités et du changement opéré.
  • Les pots à l’occasion d’événements comme les naissances ;
  • Les départs en retraite : ne s’agit-il pas ici de remercier et susciter une certaine fidélité ; l’entreprise reconnaissante de tous, des plus jeunes et des plus anciens.
  • Les vœux annuels du dirigeant : moment privilégié pour rappeler les moments difficiles de l’année (d’où (re)venons-nous ?) et, surtout, remettre en mémoire les valeurs de l’entreprise et les objectifs de l’entreprise (quel sens ?)

J’ai également hésité à citer le processus budgétaire mais ce dernier garde un statut ambiguë :
  • Sa vocation pragmatique au travers de la réalité des chiffres et de la définition des marges de manœuvre futures semblent l’exclure du champ des rites
  • Son caractère répétitif à des moments prévisibles de l’année, la mobilisation et la création de vision qui l’accompagnent,  le ramènent dans le champ des rites.

Nous arrivons donc à la conclusion qu’il existe des rites dans l’entreprise ; mais qu’est-ce que cela apporte de le savoir ?
D’une part, identifier les rites amène à se poser la question de leur sens et peut peut-être ainsi participer à redonner du sens au « faire partie» de l’entreprise.
D’autre part, cela suscite une certaine vigilance dans le cadre de changements afin de se poser la question de la préservation de ces moments rituels ; ne faut-il pas conserver certaines points de repères et éviter de désorienter ainsi les équipes, et par voie de fait, l’entreprise elle-même ?

Certains d'entre vous pourront compléter cette première approche, en particulier si vous avez lu un ouvrage paru à l'époque de la réforme du temps de travail (2000) : "Les rites dans l'entreprise - Une nouvelle approche du temps" par JP Jardel et C. Loridon.

 
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