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Management et Philosophie
Un voyage pour nourrir la pensée et penser l'action du management, dépayser ses lieux communs.
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Mardi 8 janvier 2008
interest-rate.jpg Dans le monde de la finance (au sens large), l’actualisation, ou valeur actuelle, est un outil largement utilisé dans les milieux de la banque (comprenant les marchés financiers) et des assurances, et est très enseigné sur les bancs des universités et écoles de commerces ; néanmoins, il est moins présent dans l’entreprise, en particulier dans les PME. En effet, il repose sur des outils mathématiques moins évidents d’utilisation, et surtout nécessitant d’autres moyens que la simple calculatrice de conversion de l’euro ;-) . Il est important de rappeler les postulats et limites de l’outil, surtout à une époque où ces calculs sont réalisés par des ordinateurs et logiciels (dont on ne questionne plus, parfois par manque de temps et d’information, les méthodes).

La méthode part du principe qu’un euro aujourd’hui ne vaut pas un euro demain. Pourquoi ? Tout simplement à cause de l’inflation et des stratégies possibles d’investissement.

Aujourd’hui, si vous êtes adepte des baguettes « tendances » des boulangeries parisiennes, vous paierez autour d’1 euro votre pain ; si au lieu d’utiliser cet euro aujourd’hui, vous le mettez de côté, il est très probable que dans dix ans, vous ne pourrez même plus vous acheter, en raison de l’inflation, cette même baguette.

L'actualisation est donc la méthode qui sert à ramener sur une même base des flux financiers non directement comparables parce que se produisant à des dates différentes. Cela permet non seulement de les comparer et ainsi d'effectuer sur eux des opérations arithmétiques. En entreprise, l'actualisation pourra être utilisée pour mesurer la pertinence du choix d'un investissement, avec deux questions fréquentes :
  1. Mesurer la rentabilité d'un actif quel qu'il soit : L'achat d'une machine est-il rentable, autrement dit, ce qu'elle est susceptible de me rapporter dans le futur couvre-t-il son prix d'achat ?
  2. Choisir entre plusieurs investissements possibles : Vaut-il mieux acheter telle machine plutôt que telle autre, sachant ce que chacune coûte aujourd'hui et ce qu'elles sont susceptibles de rapporter dans les années à venir ?
L’actualisation n’est en général pas utilisée en comptabilité, laquelle cumule des flux pouvant intervenir à différentes périodes. Ainsi, une créance impayée restera toujours valorisée à sa valeur d’origine au bilan de l’entreprise.

L’outil suppose déjà un acteur/décideur rationnel ; en tant que tel, vous devez placer votre épargne et ainsi compenser a minima l’effet de l’inflation. Vous placerez par conséquent votre épargne, 1000 €, sur un livret A à 3% ; au bout d’un an, le solde de votre livret doit s’élever à 1030 €. Sur cette base, vos entrées d’argent à un an seront comparées à des revenus d’aujourd’hui en considérant, comme stratégie de base, votre recours au livret A (non ! ne commencez pas à me dire que le montant des placements sur le livret est plafonné ; vous compliquez l’approche et en relever une autre limite).

Par exemple, si vous êtes un adepte du livret A et que votre employeur vous donne le choix entre une prime de 1000 € versée aujourd’hui et une prime de 1100 € versée dans un an, je vous recommanderais la deuxième solution : 1100 € / (1 + 3%) = 1068 €, ce qui est supérieur à 1000 € (la méthode d’actualisation a donc permis de comparer les deux solutions). Le taux de 3% sera considéré comme votre coût d’opportunité ; il est également appelé taux d’actualisation. Le montant de 1068 € est appelé valeur présente ou valeur actualisée.

Dans cet exposé, vous avez donc bien compris que l’actualisation marque en principe une préférence pour une jouissance immédiate et reflète en quelques sortes le coût du temps.

Cette méthode repose également sur un deuxième principe, celui de l’aversion au risque. Le coût du risque reflète lui le fait qu'un euro certain vaut plus qu'un euro espéré mais incertain. Ce coût du risque est souvent matérialisé par une "prime de risque" qui s'ajoute au taux sans risque pour constituer le rendement attendu d'un actif risqué.


Le choix du taux d'actualisation est une variable clé de la valorisation par actualisation et peut changer fortement le résultat. Le taux généralement choisi reflète le coût du capital ; les utilisateurs avertis retiendront souvent le taux d'intérêt du marché pour une durée comparable, ou éventuellement du taux d'inflation anticipé, Le choix de ce taux est très subjectif (ce qui peut être également considéré comme une limite) et ses fondements théoriques sont très discutés ; en effet, et sans rentrer dans le détail, il est assez difficile de trouver la référence d’un taux de placement sans risques ; faut-il retenir la rémunération proposée par l’Etat français (dans le cadre de ses emprunts obligataires) ou celle proposée par le Gouvernement américain ?
Ainsi, toute prise de risque doit être rémunérée, en retenant un taux d’actualisation d’autant plus élevé que le risque est grand ; il s’agit d’une deuxième grosse difficulté de la définition du taux d’actualisation ; comment traduire en chiffres le risque. Là encore, je ne rentrerai pas dans les détails mais les taux retenus sont souvent issus des marchés financiers que l’on suppose efficients, dans le sens où les prix synthétiseraient toute l’information disponible (il ne s’agit que d’un des postulats des marchés parfaits).

Par ailleurs, le même taux d'actualisation sera appliqué à tous les flux, aux plus proches dans le temps comme à ceux les plus éloignés, ce qui ne correspond véritablement à la réalité que dans le cas fort rare où l'on a affaire à une courbe de taux plate (autrement dit, l’inflation est toujours la même, les taux des placements sont constants…).

L’actualisation est insuffisante pour les professionnels des marchés financiers ; pour les autres acteurs, elle reste intéressante mais ne doit pas être considérée comme un juge de vérité. Elle doit seulement aider la décision humaine et non la remplacer.

Ceci est d’autant plus important que l’hypothèse de l’acteur rationnel plaçant systématiquement ses liquidités n’est pas toujours rencontrée ; certains rétorqueraient qu’une telle entreprise s’exposerait rapidement à une fuite des capitaux, les investisseurs « institutionnels » étant eux rationnels…

Je finirai cet article en soulignant les implications philosophiques (le sens que l’on donne) des principes sous-jacents de l’actualisation :
  • La préférence pour la jouissance immédiate (un euro aujourd’hui vaut plus qu’un euro demain) ou monétarisation du temps : le recours à cette méthode,en particulier au travers de taux d’actualisation « trop » élevés, n’accentue-t-il pas une certaine propension au court-termisme ? Ne faut-il pas parfois laisser le temps au temps ?
  • L’aversion au risque (un euro certain vaut plus qu'un euro espéré mais incertain) : la prise de risque n’est-elle pas inhérente à toute décision en raison de la complexité de notre monde et n’est-elle dont pas inhérente à la vie ; refuser le risque en fixant des taux dissuasifs, n’est-ce pas se fermer à la vie et, donc, à des opportunités de progrès ?




PS : maintenant que vous avez lu cet article, vous considérerez peut-être autrement la caution de 10 000 € que vous avez versée dans le cadre d’un emprunt immobilier et que vous récupérerez à la fin de votre emprunt ; dans 20 ans ! Sur la base d’un taux d’actualisation à 3%, les 10 000 € récupérés dans 20 ans, valent aujourd’hui 5 537 €….
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