Jeudi 1 novembre 2007
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Georges Dumézil (1898-1986) est un philologue et académicien français ainsi qu'agrégé d'histoire. Il a travaillé sur les sociétés et les religions indo-européennes et a montré que les anciens
mythes de nombreux peuples indo-européens obéissaient à des structures narratives identiques et qu'ils traduisaient une vision de la société découpée en trois fonctions :
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La fonction du sacré et du juridique : aussi nommée fonction souveraine, elle correspond aux divinités liées à la magie ; elle donne le sens
profond et explicite, transmet à la société les croyances ; elle assure la cohésion sociale.
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La fonction guerrière est liée à la défense du peuple ainsi qu'à la conquête territoires ou biens nécessaires au développement de la société ;
c'est au sein de cette fonction que l'on retrouve aussi le principe du chef, du roi, du râja.
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La fonction de production est liée à la fécondité ; sa mission est de fournir tous les moyens de subsistance et logistiques ; elle regroupe les
agriculteurs, éleveurs, artisans, et les commerçants.
Il n'y a pas nécessairement de liens hiérarchiques entre ces trois fonctions ; néanmoins, en leurs seins, il peut exister une structure pyramidale de chefs et
d'exécutants, voire de maîtres et d'esclaves.
G. Dumézil a également montré que ces trois fonctions se retrouvent aussi bien dans la mythologie, dans des récits fondateurs de la Rome antique, que dans des
institutions sociales : castes indiennes, organisation sociale d'Ancien Régime en clergé, noblesse et tiers état ; par exemple :
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La société médiévale divisée en oratores (ceux qui prient, le clergé), bellatores (ceux qui combattent, la noblesse) et laboratores (ceux qui travaillent, le
tiers état) ;
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La société indienne, divisée en Brahmanes (prêtres, enseignants et professeurs), Kshatriyas (roi, princes, administrateurs et soldats), plus la caste productive,
se subdivisant en Vaisyas (artisans, commerçants, hommes d'affaires, agriculteurs et bergers) et Sudras (serviteurs).
Cette structuration serait toujours présente dans nos sociétés contemporaines ; aujourd'hui, je m'interroge sur son existence en entreprise ou faut-il tout
simplement considérer que l'entreprise appartient à la fonction productive. Alain Simon et Marc Lebailly ont également abordé ce thème dans leur livre "Pour une anthropologie de
l'entreprise - Eloge de la pensée sauvage", paru en juin 2007. Plus particulièrement, ils considèrent à juste titre que :
La production industrielle a pris la suite des producteurs agraires dans la tripartition des époques précédentes, entre la fonction politique sacrée — mais laïque
—, qui s’est substituée à celle de la religion, et la fonction guerrière, toujours assumée par l’armée et la police. (...) Et la bipartition entre maître et esclave a été transformée en
nouvelles oppositions qui permettent de faire perdurer à l’identique l’infraculture d’origine. Aujourd’hui, on peut considérer qu’à l’opposition maître / esclave s’est substituée l’opposition
conception / exécution. Les uns pensent tandis que les autres font — même s’ils sont rémunérés et libres, ils prennent la place de l’esclave. (...)C’est dire que la transformation juridique et
la condamnation morale n’ont aucune prise sur l’infraculture. Et que dans ce domaine, 1789 a échoué à transformer l’organisation fondamentale de la nouvelle société indo-européenne qui est la
nôtre. Le seul progrès que la Révolution ait apporté est la possibilité de passer d’un état social inférieur à un autre supérieur. Dans l’entreprise, cette possibilité se joue grâce à
l’instauration de la méritocratie et de la formation. C’est ce que l’on repère sous le terme sociologique d’"ascenseur social".
Au-delà, si vous consédérez l'organisation interne des entreprises (siège, sites d'exploitation/de production), vous pouvez retrouver chacune des trois fonctions ;
l'entreprise, aussi rationelle soit-elle, s'organiserait selon cette stucturation ancestrale.
Je vous laisse imaginer, en particulier au travers des commentaires, la répartition des métiers de l'entreprise entre ces trois fonctions.
Je tiens à préciser que le but de ce billet n'est pas d'affirmer la vérité et réalité de cette structuration (qui est d'ailleurs assez controversée) au sein de
l'entreprise mais de donner une éventuelle clef de lecture de l'entreprise, en tous cas, de questionner le non-dit, nos logiques inconscientes.
Publié dans : Détours
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Par La Chouette
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