Lundi 29 octobre 2007
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Vous connaissez très
certainement la célèbre sculpture d'Auguste Rodin, le penseur.
Elle représente un homme en train de méditer, semblant devoir faire face à un profond dilemme. Tout d'abord appelée Le Poète, cette pièce fait partie d'une commande du Musée des Arts décoratifs
de Paris qui voulait créer un portail monumental basé sur La Divine Comédie de Dante. Chacune des statues de cette pièce représentait l'un des personnages principaux du poème épique. Le Penseur
devait au départ représenter Dante devant les portes de l'Enfer, méditant sur son poème. Rodin a fabriqué une première version en plâtre autour de 1880.
Le premier moulage en bronze a été achevée en 1902, mais n'a pas été présentée au public avant 1904. Elle est devenue la propriété de la ville de Paris grâce à une
campagne de dons organisée par des admirateurs de Rodin. Elle a été placée devant le Panthéon en 1906, avant d'être déplacée en 1922 à l'Hôtel Biron, transformé en Musée Rodin.
Arrêtez-vous un instant sur cette sculpture ; qu'en retenez-vous ?
L'homme sculpté est nu car Rodin voulait que sa figure héroïque à la Michel-Ange représente aussi bien la réflexion que la poésie.
Pour ma part, j'y retrouve sans aucun doute une représentation de la pensée ; par contre, l'œuvre n'évoque pas la moindre once de poésie en moi (mais il ne s'agit que de moi) ; toutefois, je
reste interrogatif quant au physique d'athlète de ce penseur.
Il ne s'agit pas de ce type de penseur caricaturé par le professeur Nimbus, tellement représentatif d'un grand nombre d'intellectuels occidentaux : une tête sans
corps ou une tête dans les nuages complètement déconnectée du quotidien, voir du monde réel (j'ai en tête que les Japonais ont toujours été étonné de notre incapacité à concilier la tête et le
corps, voyant défiler dans leurs pays de grands réprésentants scientifiques, mais tellement gauches).
Rodin a sculpté un "penseur", athlète et donc orienté vers l'action. Il traduit pour moi une pensée incarnée (par opposition à une pensée désincarnée), que nos amis de Chine traduisent par un
simple : l'action et la connaissance ne font qu'un (aucun ne précède l'autre ; ils sont complémentaires).
Je profite de ce petit détour par la Chine pour souligner un signe un trait intéressant de la langue chinoise : toutes les traductions vers le chinois des termes
relatifs à la pensée utilisent des caractères construits sur la clef du cœur (pictogramme du coeur).
Pour les Chinois, la pensée est avant tout une affaire de sentiment alors que la philosophie occidentale a considéré ce ce dernier comme un obstacle à l'exercice de
la rationalité.
Cette originalité chinoise prend une toute autre dimension si vous vous intéressez aux travaux du psychiatre Carl Jung ; en
effet, Carl Jung a échafaudé une théorie des types psychologiques, laquelle a fondamentalement permis d'élaborer le Myers Briggs Type Indicator (plus connu sous le nom de MBTI et très répandu
dans les tests de personnalité ; si vous souhaitez approfondir, rendez-vous sur un site très complet).
Pour faire simple, le MBTI travaille sur quatre axes, en supposant que chaque individu possède sur chacun d'entre eux, une dominante (à l'instar, de la main droite et la main gauche où chacun a
plus de facilités à utiliser l'une ou l'autre) :
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D'où tirez-vous votre énergie ? Extraversion ou Introversion
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Comment recueillez-vous les informations ? Sensation ou Intuition
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Comment prenez-vous vos décisions ? Pensée ou Sentiment
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Quel est votre mode d'action préféré ? Jugement ou Perception
Le troisième axe éclaire mes remarques sur la notion de pensée en Chine ; en marquant dans son lexique, la notion du cœur pour tout ce qui a trait à la pensée,
la Chine serait plutôt orientée Sentiment sur le 3ème axe de la typologie du MBTI.
La pensée T (T pour Think) est un processus d'évaluation des faits et d'élaboration de jugements basés sur des critères objectifs. En utilisant ce processus, nous
nous détachons de nos valeurs et cherchons à prendre des décisions basées sur des règles et des principes. Des activités comme la différenciation selon un ensemble de critères ou de normes
objectivement définies, l'analyse selon un ensemble de principes, la logique et les raisonnements de cause à effet sont tous les exemples d'utilisation du processus cognitif de la
pensée.
Le sentiment F (F pour Feeling) est un processus permettant de rendre des évaluations basées sur ce qui est important, où les valeurs personnelles,
interpersonnelles ou universelles exercent les fonctions de poteaux indicateurs. En utilisant le processus cognitif du sentiment, les situations et les renseignements sont évalués
subjectivement. L'impact sur les gens, les circonstances, la pertinence, l'harmonie, les goûts sont tous considérés dans la réalisation des jugements basés sur le sentiment. Peser les
différentes valeurs, considérer les enjeux éthiques et moraux, viser des buts personnels et de relations, avoir la conviction en quelque chose, tous impliquent ce processus.
Les Penseurs prennent des décisions en se basant sur des critères objectifs et impersonnels - ils sont foncièrement logiques. Les Sentimentaux prennent des
décisions en tenant compte de leurs valeurs et de leurs impressions personnelles face aux choix qu'ils effectuent. Les Penseurs ont donc tendance à garder la tête froide et à disposer d'un
esprit fortement analytique ; ils cherchent donc la Vérité. Les Sentimentaux sont sensibles, empathiques et recherchent l'Harmonie avant tout ; ils sont donc empathiques naturellement
.
Une dernière remarque quant à notre penseur ; il paraît bien solitaire…bien introverti… la pensée est -elle seulement une rencontre avec soi-même ? Non, je ne le pense pas.
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Par La Chouette
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Publié dans : DÉTOURS
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