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Agora du Management
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Questions et détours autour de l'éthique et du management
Le plaisir des idées et du dialogue...
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"Questionner sa pratique et en parler }?{
lui donner de la cohérence et du sens, c'est comme prendre un raccourci" 7 lecteur(s) actuellement - 165 par jour ; 173 839 depuis 2006. |
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Aujourd’hui, je vais vous faire part
de quelques actualités suite à la parution du dernier numéro de Philosophie Magazine, n°14 du mois de novembre 2007 ; quelques thèmes intéressants
:La philosophie en entreprise
La philosophie en entreprise est à la fois un lieu, mais aussi une modalité spécifique ainsi qu’une raison d’être différente de l’activité philosophique. Ce peut être un atelier ouvert aux employés dans le cadre des activités organisées par un comité d’entreprise, ou alors, cela fait partie des activités de formation de l’entreprise, ce qui devient alors un cas de figure différent puisque c’est l’entreprise qui détermine l’intérêt de cette activité : elle conseille à ses employés d’y participer ou les y oblige. Il existe plusieurs motivations: la formulation de valeurs d’entreprise, l’apprentissage du travailler en commun, l’activité de détente, ou encore la consultation individuelle. Les valeurs sont pour une entreprise ce qui lui donne une identité à la fois interne et externe. Interne, cela signifie que ses employés se rassemblent autour de quelques grands concepts ou principes, qui valorisent les personnes, régulent l’activité et les relations, etc. Le principe de l’activité philosophique est alors de formuler ces valeurs, d’en examiner le sens, de les problématiser, de les discuter, de les faire vivre, d’en vérifier l’opérativité, en collaboration avec les différentes parties prenantes de l’entreprise. Externe, cela signifie que les valeurs doivent faire partie de l’image de l’entreprise, et la représenter auprès des consommateurs ou du public en général. L’idée en est d’améliorer l’image de l’entreprise, parfois aussi de réfléchir aux processus de décisions, aux critères utilisés, en particulier dans le domaine éthique. Deuxième motivation : penser et travailler ensemble. Un des parasitages les plus fréquents de la vie en entreprise, comme dans la société en général, réside dans les conflits de personnes ou d’ego. L’atelier de philosophie devient par conséquent une manière de réapprendre à collaborer, soit en traitant le quotidien sous une modalité différente, soit en abordant des questions totalement déconnectées de la vie courante, ce qui apporte une bouffée d’air frais dans un environnement confiné, ou permet de prendre conscience des difficultés. Troisième motivation : l’activité de détente. Il s’agit ici de mener une activité de pensée qui permet à l’esprit de se déployer plus librement que d’habitude, d’aborder des thèmes qui le préoccupent, de manière libre et détendue, pour prendre la distance et pour se reconstituer intellectuellement, de la même manière où l’activité physique le permet au corps. Ceci s’effectue soit sous la forme d’atelier de pratique, soit sous la forme d’une conférence avec un apport culturel. Quatrième motivation : la consultation individuelle. Cette pratique vaut en particulier pour les cadres supérieurs qui doivent en permanence prendre des décisions difficiles et se sentent souvent seuls face à leurs responsabilités. Mais cela vaut autant pour tous les employés, qui parfois se sentent pris dans un étau existentiel, entre leurs besoins personnels, leurs obligations familiales et leurs responsabilités professionnelles. La consultation philosophique se présente alors comme un moyen de clarifier sa propre pensée et les enjeux qui la sous-tendent. Il ne s’agit pas de psychologiser, puisque c’est principalement de la pensée dont il est question et non du ressenti. Il s’agit d’identifier une vision du monde, de la problématiser et de se positionner face à elle. Ce n’est pas non plus du coaching, puisqu’il ne s’agit pas d’examiner les problèmes et enjeux concrets afin de prendre des décisions immédiates. Bien que la distinction n’est pas toujours très claire. À propos de la philosophie en entreprise, chacun aura son idée sur la légitimité ou non de telles initiatives, à savoir s’il s’agit réellement d’une amélioration du concept d’entreprise, du bien-être des employés, ou d’une manipulation gestionnaire ou de communication.
Encadré 44 : La consultation philosophique en entreprise
Ce qui peut être introduit en entreprise, c’est la philosophie en tant que méthode de penser et culture donnant un certain regard sur le monde. Voici ma façon d’accompagner les personnes qui travaillent en entreprise. L’introduction de la philosophie en entreprise commence par deux refus. Je refuse de plaquer du mécanique sur du vivant et d’agir dans l’urgence. Ce double refus coïncide avec le recours à l’activité pensante de tous ceux qui sont impliqués dans la situation à traiter. Cette situation peut être de différentes sortes. Intégration des salariés d’une entreprise rachetée ; construction ou/et mise en oeuvre d’un projet ; enquête sur un sujet ; redéfinition des repères d’un changement de Directeur général ou d’un rachat. Dans tous les cas, je pars du principe que les personnes impliquées dans une situation détiennent, sans encore le savoir, les clés permettant de traiter au mieux cette situation. Ma façon d’aborder est vivante et rapide. Le dialogue porte sur un thème qui concerne le sujet à traiter. Si un manager veut que ses collaborateurs soient autonomes, le thème pourra être : qu’est-ce que l’initiative ? Si une entreprise se trouve face à l’inertie d’un groupe, le thème pourra être : qu’est ce que le changement ? Le dialogue invite les individus à partir d’une définition à la fois précise et ouverte de la notion, puis à croiser leurs questions et leurs idées pour comprendre ce que signifie l’initiative ou le changement hors entreprise. Cette approche leur permet de se rencontrer sur un autre terrain que celui du faire. Et elle me permet d’identifier la représentation du monde à partir de laquelle chacun parle et agit. Au fur et à mesure du dialogue, les interlocuteurs reviennent à l’entreprise. Mais, enrichis de ce qu’ils ont compris, ils voient à présent les choses autrement. Le dialogue s’achève toujours sur une question pratique, qui est le thème du prochain dialogue. Le dialogue révèle la culture de l’entreprise, cet ensemble de représentations et de conduites qui favorisent ou freinent, en l’occurrence l’initiative et l’adhésion au changement. Dans la synthèse écrite, je reprends avec des mots étrangers au jargon de l’entreprise le produit du dialogue. J’adresse ce document à tous les interlocuteurs en leur demandant d’apporter corrections et compléments. Je reprends le tout à partir de leurs réactions et leur présente la synthèse définitive car revue et validée. Ainsi, lors du prochain dialogue, nous allons de l’avant. Les points philosophie scandent le dialogue et apparaissent à la fin de la synthèse écrite. Pendant le dialogue, j’éclaire ce qui est dit par des références aux philosophes. Ces références ont, au moins, deux avantages. Le premier est de faire prendre aux esprits une réelle hauteur. Le second est de procurer aux personnes un sain plaisir narcissique, celui de se sentir intelligentes. Les gens oublient en entreprise que leur intelligence ne se limite pas à traiter ce que l’entreprise leur demande de traiter. Ma porte d’entrée en entreprise est le Directeur des ressources humaines, mais cette porte s’ouvre seulement à deux conditions. La première est que ce Directeur soit ouvert à l’humain et convaincu de la nécessité de réfléchir avant d’agir. La deuxième est que ce même Directeur ait la confiance de la Direction générale.
Eugénie Végléris, Agrégée et docteur en philosophie, consultante (France)
Chaque jour, une question d'éthique posée via Twitter et reprise ici dans la catégorie éponyme. Me suivre sur Twitter
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