Vendredi 26 octobre 2007 5 26 /10 /2007 00:49

engagement-0.jpg Chers lectrices  et lecteurs, bonsoir,

 

Je me suis fait moins présent ces derniers temps et m’en excuse ; je ne me noierai pas dans les explications mais croyez moi, elles sont nombreuses.

 
 

Ce soir, je souhaite vous parler d’engagement ; en effet, ce concept est devenu un leitmotiv, jusqu’à satiété, de ma direction : « je vous rappelle, à telle date, vous vous êtes engagés à… », « s’engager, c’est faire ce que l’on dit ».

 Avant de faire un détour par la philosophie, quelques réactions primaires :

-         Sur les conditions d’expression de l’engagement : une réunion, un sujet pas forcément préparé ; « tu peux le faire d’ici la fin de la semaine ? » « bah, euh…. » « pas d’objections ? » « Comment cela, non ! » « Ok, j’attends donc cela pour la fin de la semaine » ; bien entendu, à la fin de la semaine : « ce n’est pas fait ! ; tu n’as pas respecté ton engagement ! ; comment veux-tu que l’entreprise se redresse ? » 

-         Sur la réciprocité : elle n’existe ni dans les actions de grande portée, ni dans les petits gestes de la vie quotidienne (arriver à l’heure, ne pas répondre au téléphone portable pendant une réunion…)

-         S’engager, c’est faire ce que l'on dit et dire ce que l'on fait .

 

Le Petit Larousse est même utilisé pour rappeler ce qu’est un engagement ; à défaut, d’avoir la référence exacte sous la main, je vous livrerai la définition du TILF :

  • Action de s'engager par une promesse, une convention, une obligation en vue d'une action précise ou d'une situation donnée.
 
  • Action de s'engager par une promesse, une convention, une obligation en vue d'une action précise ou d'une situation donnée.
 
  • Participation active, par une option conforme à ses convictions profondes, à la vie sociale, politique, religieuse ou intellectuelle de son temps.
 
  • Action de mettre en gage quelque chose; résultat de cette action.
 

Source : TILF

 Cette dernière définition est assez proche de l’étymologie du terme.
 L’engagement ne consiste-t-il qu’à être impliqué ? Être impliqué, est-ce être présent au sein de l’entreprise ? Comment juge-t-on de l’implication, de la qualité de l’engagement ? Suffit-il d’aimer ou d’être attaché pour être engagé ? Suffit-il de faire ? Qu’est-ce que ne pas respecter ses engagements ? L’individu peut-il vraiment s’engager ou est-ce que c’est la situation que l’engage ? L’engagement est-il unilatéral ou relève-t-il de l’ordre de l’échange : un retour futur et hypothétique pour un engagement ?
 

Dans cette dernière question, on retrouve l’étymologie du terme ; on donne quelque chose en gage pour garantir autre chose ; quelle garantie doit-je recevoir lorsque je m’engage à réaliser quelque chose ?

 

S’agit-il de la confiance ? Ne ‘obtient-on qu’un fois l’engagement tenu ou est-ce que la confiance précède l’engagement ? : je ne m’engage que si je suis certain (certitude relevant de la confiance) d’un retour de la part de l’autre.

 

Doit-on encore parler d’engagement lorsqu’il devient le pain quotidien de chaque action ? Peut-il être autant vulgarisé ? Ne doit-il pas s’entourer de plus de solennité et, surtout, s’accompagner comme le souligne la troisième définition, d’une « conviction profonde.

 

Si l’on y regarde bien, l’engagement reviendrait à s’auto-attribuer les effets constatés sur le principe d’une causalité exclusive entre une action et le phénomène constaté. Pus simplement, la notion d’engagement revient à s’approprier tous les effets constatés et à nier la possibilité d’interactions avec l’environnement, d’autres personnes ou leurs actions. L’engagement implique donc de considérer que l’homme puisse transformer dans la réalité sa volonté, ses idées… La négation de la possibilité d’autres interférences revient à considérer l’homme comme un démiurge, un créateur… S’engager serait donc se prendre pour dieu ?

 

Devant le côté irréalise de certaines idées, je préférerai retenir trois  points dans cette première approche de l’engagement :

 
  • L’engagement traduit plus une implication dans ses projets qu’une réelle efficacité des actions
  • L’engagement implique un retour, et ce afin de rester un élément d’unité du groupe, traduisant la notion de confiance
  •  La liberté est nécessaire à tout exercice  d’engagement

 Qu'en pensez-vous ? Qu'évoquent pour vous, ces premiers éléments ?

 

Voir les 5 commentaires - Par La Chouette - Ecrire un commentaire - Partager     - Publié dans : ÉTHIQUE
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Commentaires

salut la chouette

intéressant merci

tu ne mentionnes pas la parole. Et comme disait quelqu'un récemment. "If you want to do what you said, you need to say what you'll do".

L'engagement est très lié à la parole. Pour moi le gage prend la forme d'une parole ; c'est une promesse. L'engagement sans parole n'est il pas quelquechose de vain ?

Ensuite comme tu le dis, l'engagement est plus une obligation de moyens (fidélité à cette parole) que de résultat (efficacité de l'action)

J'ai cherché ce mot (qui présuppose une solide idée de sujet agissant, dont on sait qu'elle est plutôt occidentale) en chinois, mais figure toi que je n'ai rien trouvé d'intéressant ;-)

Commentaire n°1 posté par Florent le 26/10/2007 à 16h54

Bonjour la chouette,

Pour moi, l'engagement consiste à donner un sens à son existence: assumer le poids de sa responsabilité en toute liberté, sans quoi l'existence apparaît sans fondement.

Mais c'est vrai, on retrouve l'engagement dans d'autres contextes: recherche de l'efficecité au sein d'une entreprise, voire même un dévouement entier. Mais où est la liberté ?

Bien amicalement

Commentaire n°2 posté par laurence le 26/10/2007 à 17h01
Voir les theoriciens de l'engagement  en sociologie , de bonne piste loin des € et des $ pour definir ce qu'est l'egagement  pour l'homme
A+
Commentaire n°3 posté par jc144711111 le 09/03/2008 à 09h53
A l'occasion d'un message récent, Stéphane V. m'a indiqué un article intéressant issue d'une conférence d'un philosophe, Stéphane Gaubert, intitulée "S'engager pour quoi faire ?" http://appli-etna.ac-nantes.fr:8080/peda/disc/philo/conf_de_Gaubert_engagement.htm
Commentaire n°4 posté par La Chouette le 01/07/2008 à 23h07
En réponse à jc144711111 : je ne sais comment interpréter l'opposition que je perçois entre la sociologie et le monde de l'entreprise (la synecdoque, "loin des € et des $") ; j'ai eu l'occasion de la croiser récemment encore dans un livre et m'insurge contre cette opposition. L'entreprise n'est pas hors du champs de la sociologie ; elle n'est pas asociale. Elle est un phénomène de société, un de ses visages. Par ailleurs, l'engagement dans les entreprises n'est pas exclusivement financier ; il est aussi un engagement entre des hommes.
Commentaire n°5 posté par La Chouette le 01/07/2008 à 23h19

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