Dimanche 30 septembre 2007 7 30 /09 /2007 22:40
Aristote-copie-1.jpg Aristote (384 – 322 av. J.-C.) montre dans de nombreux textes dont "l'Éthique à Nicomaque" la différence fondamentale entre l'économique et la chrématistique ; pour faire simple, l'économique est l'art d'administrer sa maison ; la chrémastique est l'art de s'enrichir, d'acquérir des richesses (de khréma, la richesse, la possession).
Aristote condamne la chrémastique dans la mesure où l'accumulation se fait pour le plaisir. Deux formes de chrémastique peuvent être distinguées :
  • la "chrématistique naturelle" ou "nécessaire" ;
  • la "chrématistique" proprement dite ou "commerciale".
La première s'associe à la nécessité de l'approvisionnement de la famille ; elle est nécessaire à la survie. Selon Aristote, l'accumulation de la monnaie pour la monnaie (la "chrématistique" dite "commerciale") est une activité contre nature et qui déshumanise ceux qui s'y livrent : suivant l’exemple de Platon, il condamne ainsi le goût du profit et l'accumulation de richesses. Le commerce substitue l’argent aux biens ; l’usure crée de l’argent à partir de l’argent ; le marchand ne produit rien : tous sont condamnables d'un point de vue philosophique.

Cette vision semble bien réductrice ; en effet, le marchand a obtenu quelques lettres de noblesse dans la mesure où il facilite la rencontre des besoins des acheteurs et des producteurs dans une économie globalisée et beaucoup plus intensive ; le marchand vient vers l'acheteur, l'aide à découvrir son besoin (parfois, à le créer).

Néanmoins, la distinction faite par Aristote est, sans sa dimension morale, utile pour différencier le manager (l'homme de l'économique) et l'homme d'affaires (l'homme de la chrématistique).
Au-delà, la question morale d'Aristote peut toujours être d'actualité, en particulier dans le monde des entreprises ; l'accumulation de richesses doit-elle avoir une limite morale ?
A partir de quand, cette accumulation dépasse le nécessaire ; toute accumulation permet d'accroître des capacités d'investissement futures ? Est-ce que l'existence d'une finalité morale (le bonheur du monde) permet de donner sa moralité à l'accumulation  ?


Quelques passages d'Aristote :
On peut se demander si l'art d'acquérir la richesse [khrêmatistikê] est identique à l'art économique [oikonomikê], ou s'il en est une partie ou l'auxiliaire. […] On voit clairement que l'économique n'est pas identique à la chrématistique. Il revient à ce dernier de procurer [porisasthai], à l'autre d'utiliser [khrêsasthai]. Quel autre art que l'économie s'occupera de l'utilisation des biens dans la maison ? » (Aristote, La Politique, I, 8-9, 1256a 3-5).

Il y a une forme d'acquisition [eidos ktêtikês, sc. La guerre et la chasse] qui par nature [kata phusin] appartient à l'économie : ou bien les ressources existent ou bien l'économie doit les faire exister. Il s'agit de la constitution des réserves de biens nécessaires à la vie et utiles à la communauté d'une cité ou d'une famille […] Ainsi il existe un art naturel d'acquérir pour les administrateurs de famille [oikonomois] et les administrateurs de cité [politikois] » (1256b 27-38).


L'art d'acquérir [khrêmatistikê] est-il ou non affaire du chef de famille et de l'homme en charge de la cité [politikou] ? Encore faut-il que ces biens existent. De même que la politique ne fait pas les hommes mais s'en sert après les avoir reçus de la nature, de même la nature doit fournir la terre, la mer et le reste dont l'administrateur familial [oikonomos] doit disposer au mieux » (1257b 19-25).
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