Dimanche 22 juillet 2007
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Le management équitable est une utopie (1)
de management, et plus particulièrement de gouvernance, recentrée sur l'homme et l'environnement mais toujours orientée vers la recherche du profit, un profit néanmoins partagé entre les
différents acteurs de l'entreprise : les salariés, les clients, les actionnaires et l'entreprise elle-même.
Voilà un court commentaire de ce que présente le livre "Le management équitable - Un nouveau mode de direction des entreprises" (Editions EMS) de J. Stuckert et J. Le Heran.
A partir d'une interrogation sur la la situation économique et sociale en France, les auteurs en viennent à pointer du doigt en particulier la logique d'opposition qui prévaut dans de nombreux
discours : profit vs homme, nord vs sud, Etats-Unis vs Europe,…
Pour eux, ces mises en opposition sont destructrices ; ils invitent à plutôt considérer les complémentarités ; que seraient les actionnaires sans les salariés ? (Cette conception n'est pas
spécifique au management équitable ; elle est très prégnante dans la culture chinoise et j'en parlais dans un de mes tous premiers articles (3) ).
Le management est équitable parce qu'il accorde une considération aux quatre clients de l'entreprise (l'actionnaire,
le salarié, le client/consommateur, l'entreprise elle-même) en reconnaissant leurs rôles respectifs et en le rémunérant par une juste répartition des profits (les auteurs proposent même le
principe d'une répartition alternée, dans l'idée, "la plus grosse part ne revient pas toujours au même).
Le caractère "juste" de cette répartition serait évalué par un Comité d'équité. Les auteurs préfèrent l'équité (4) à l'égalité (5), en avançant en particulier que :
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l'égalité est un leurre
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"Comme la qualité, l'égalité n'existe que si elle est totale"
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L'égalité est uniformisation ; elle ne permet pas, contrairement à l'équité, de rémunérer l'effort et la performance réelle de chacun
Le projet, réconciliant performances individuelles et finalité collective, reposent sur huit valeurs fondementales :
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Environnement naturel
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Confiance en l'homme
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Pérennité
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Complémentarité
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Responsabilité
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Imagination et créativité
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Anticipation
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Ambition et humilité
Sans pousser plus loin la présentation du livre, il faut souligner l'intérêt et l'originalité indéniables de la démarche ; elle répond à certains constats régulièrement évoqués par l'Agora
et propose un projet et une mise en application.
Néanmoins, je reste sceptique.
Tout d'abord, parce que j'ai eu le sentiment d'un certain sectarisme ; en effet, la justification de leur préférence pour l'équité par rapport à l'égalité me donne l'impression d'un procès
injuste et surtout faiblement argumenté à l'encontre de l'égalité :
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comment garantir que les décisions du comité d'équité soient justes ?
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comment mesurent-ils la performance réelle de chacun (voir mon récent article sur la mesure (6)) ; plusieurs autres idées qu'ils avancent, butent selon moi sur la
problématique de la mesure : valeur ajoutée d'un poste, d'une personne
Par ailleurs, deux grands obstacles semblent se dresser devant cette utopie :
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Sa mise en place n'est viable que si elle a lieu dans tous les pays du monde, à défaut de quoi le pays/ l'entreprise qui ferait le choix de sa mise en place
pourrait être confronté à une fuite des capitaux.
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A l'instar des théories de M. Porter sur les analyses de marchés, les différents acteurs, c'est-à-dire les actionnaires, les salariés et les consommateurs, ne
sont pas soumis aux mêmes contraintes à l'entrée et à la sortie ; ces contraintes peuvent considérées sous deux angles :
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Avec quelle facilité un acteur peut-il entrer ou sortir de l'entreprise ? Ainsi, le consommateur peut très facilement
"quitter" l'entreprise (sauf à ce qu'elle est une position dominante) ; l'actionnaire, un point moins facilement et le salarié beaucoup plus difficilement en raison des préavis
contractuels (le consommateur, s'il est une entreprise peut se trouver dans la même contrainte que le salarié)
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Quel est le poids relatif de chaque acteur ? Client et actionnaire peuvent peser lourdement ; le salarié ne pèse que très peu financièrement ; néanmoins, il
peut avoir un rôle clef dans l'entreprise.
Cette petite réflexion vise seulement à montrer que le poids de négociation (le pouvoir) de chaque acteur n'est pas identique. Les auteurs ont peut-être
oublié de considérer l'existence de jeux de pouvoirs.
Au final, ce petit détour par l'ouvrage, fort intéressant de J. Stuckert, soulève deux questions que je garde pour de prochains articles de l'Agora
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Quelle différence entre égalité et équité et quelle importance pour le management ?
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L'équité a-t-elle une réalité au milieu des jeux de pouvoirs de l'entreprise et du marché ?
Pour aller plus loin :
(1) Utopie :
Plan imaginaire de gouvernement pour une société future idéale, qui réaliserait le bonheur de chacun.
Système de conceptions idéalistes des rapports entre l'homme et la société, qui s'oppose à la réalité présente et travaille à sa modification.
Idées qui participent à la conception générale d'une société future idéale à construire, généralement jugées chimériques car ne tenant pas compte des réalités.
Ouvrage qui conceptualise une société idéale à construire.
Ce qui appartient au domaine du rêve, de l'irréalisable.
(2) "Le management équitable - Un nouveau
mode de direction des entreprises" (Editions EMS) de J. Stuckert et J. Le Heran
(3) Les paradoxes et contradictions : un levier de management ? Détour par la Chine
(4) Equité :
Principe impliquant l'appréciation juste, (le) respect absolu de ce qui est dû à chacun.
(5) Egalité
Fait de ne pas présenter de différence quantitative.
Fait de ne pas présenter de différence de qualité, de valeur.
Ne pas présenter de différence dans un domaine.
Fait de ne pas présenter de différence de droits.
(6) La mesure : améliorer et surveiller
Publié dans : Éthique et gouvernance
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Par La Chouette
Les exemples de réussite viennent paradoxalement du SUD où les 4 piliers de l'entreprise occidentale (Actionnaire, Salarié, Consommateur et Entreprise) sont réunis pour ne former que deux piliers (salarié et consommateur).
En Argentine, le nouveau système ainsi crée est plus performant.
Au Brésil, une entreprise a choisit l'éducation et le laisser agir pour tous les maillons de l'entreprise, le seul turn-over est celui des managers qui n'arrivent pas à s'adapter à ce système sans contention.
Les résultats économiques et sociaux de ce nouveau système de management sans contention sont tels qu'ils sont désormais enseignés à l'université d'Harvard.
Equité ou égalite ? Ces exemples démontrent que l'égalité amène dans un premier temps de meilleures performances.
Sommes-nous prêt à revoir nos convictions?