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Management et Philosophie
Un voyage pour nourrir la pensée et penser l'action du management, dépayser ses lieux communs.
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Mardi 10 juillet 2007
bonbon.jpg Aujourd'hui, dans l'exercice que je vous propose, il faut être au moins deux (a minima dans votre imagination) :
  •  
  • Vous disposez d'un bonbon.
    •  
    • Si vous le donnez à votre partenaire, vous n'en aurez plus.
    •  
    • Si vous le récupérez, votre partenaire n'en aura plus.
    •  
  •  
  • Vous disposez d'une idée.
    •  
    • Si vous en faites part à votre partenaire, chacun de vous deux aura la même idée. Dans la transmission, vous ne perdez pas l'idée.
    •  
L'objet de ce petit exercice est d'inciter au partage d'idées au sein d'une entreprise ou d'un groupe.

On retiendra également qu'une idée est une chose immatérielle, et qui de ce fait, est duplicable sans priver le détenteur initial de sa chose. Comme le diraient des juristes, sa duplication est inaliénable, perpétuelle et imprescriptible.

Cette nature spécifique de l'idée est ce qui, entre autres, a donné naissance à la notion de propriété intellectuelle, dont le but est de protéger les droits de l'auteur.

Du point de vue de la transmission des idées au sein de l'entreprise, c'est ici qu'apparaissent les difficultés.
En effet, la propriété intellectuelle n'a pas droit de citer entre les salariés d'une même entreprise ; par le contrat de travail, cette dernière est, en quelques sortes, propriétaire de toutes les idées.

Néanmoins, chaque individu souhaite prétendre à l'originalité et à la reconnaissance de sa propre création (ce dernier point est, je pense, très important).

Mais, quoi qu'il en soit, est-ce que cette propriété décrétée par le droit ou revendiquée par le salarié est légitime ?

Dans l'Essai sur l'entendement humain (II, 27, 9), le philosophe John Locke affirme que :
"Bien que la terre et toutes les créatures inférieures appartiennent en commun à tous les hommes, chaque homme est cependant propriétaire de sa propre personne. Aucun autre que lui-même ne possède un droit sur elle, le travail de son corps et l'ouvrage de ses mains lui appartiennent en propre. Il mêle son travail à tout ce qu'il fait sortir de l'état dans lequel la nature l'a laissé, et y joint quelque chose qui est sien. Par là, il en fait sa propriété. Cette chose étant extraite par lui de l'étant commun où la nature l'avait mise, son travail lui ajoute quelque chose, qui exclut le droit commun des autres hommes."
De cette manière, J. Locke affirme que l'homme est propriétaire du résultat de son travail, dans la mesure où celui-ci incorpore une partie de lui-même. La propriété intellectuelle découle de ce principe, ce qui, selon moi, peut constituer un point d'achoppement conceptuelle : la propriété intellectuelle en donnant un droit à un auteur nie le rôle de toutes les personnes dont les idées ont permis l'émergence de cette nouvelle idée.

Et, c'est I. Newton (vous savez le gars de la pomme) qui exprime le mieux cet autre point de vue :
If I have seen further [than certain other men] it is by standing upon the shoulders of giants.
Si j'ai pu voir plus loin [que d'autres hommes], c'est en me tenant sur les épaules de géants

Dans ce point de vue, la création d'idée est qualifiée de cumulative (j'utilise parfois le terme d'incrémental). Une nouvelle technologie (ou une nouvelle idée) n'est possible que grâce aux innovations (idées) qui l'ont précédée, une œuvre d'art est liée aux autres œuvres ayant influencé son créateur, une découverte scientifique s'appuie sur les découvertes précédentes.

La diffusion des connaissances dans l'entreprise ne doit pas oublier le caractère cumulatif des idées et leur caractère collectif.

D'un point de vue externe à l'entreprise, la propriété intellectuelle trouve une justification pratique, au sens où le droit ainsi reconnu évite de décourager l'innovateur potentiel. Mais est-ce vraiment pertinent ? Que fait-on de la rémunération de tous les géants qui ont permis à Newton de voir plus loin.


PS : vous aurez peut-être remarqué que je parle de diffusion des idées/connaissance plutôt que de partage ; en effet, une idée/connaissance est indivisible, elle constitue une unité en elle-même et ne peut donc faire l'objet d'un partage.
Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire - Publié dans : Nourrir la pensée
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