Partager l'article ! Définir la réalité (2): Définir la réalité Je vous rappelle la citation rapportée par Zone Franche et ayant déjà fait l'obje ...
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Questionner sa pratique et lui donner du sens |
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Définir la réalité"La première responsabilité du leader est de définir la réalité. La dernière est de dire merci. Entre les deux, le leader est un serviteur"
Une chose dont on ne parle pas n'a jamais existé. C'est l'expression seule qui donne la réalité aux choses.Le réel n'est jamais complètement et définitivement fixé dans ses contours ; par sa faculté d'interprétation, l'homme peut créer du réel.
J'aime particulièrement cette vision de la réalité comme quelque chose de relatif dépendant des personnes qui la considèrent et des savoirs admis et paradigmes reçus. Une telle vision appelle à l'exercice du sens critique (relire Sur la voie du discernement avec Hitchcock et Le management, une affaire d'opinions).
Partons de l’opinion commune. Le plus souvent, « la réalité » est un mot qui est employé dans l’attitude naturelle pour désigner l’ordre des faits et l’ordre des choses en tant qu’il est séparé de moi, qu'il existe en soi, qu’il est indépendant de moi et surtout qu’il s’impose massivement à moi.(...) Je dis que la table est réelle, parce que je me cogne dedans. Je me rends au bureau et je dois retourner dans ce lieu plutôt gris, affronter ce chef de service râleur, l’ambiance exécrable du travail. C’est ma réalité de tous les jours. Il y a moi et les autres, moi et ma femme, ma belle-mère, mon patron, mon chef d’équipe, ma belle sœur et ce cousin casse-pieds toujours là pour emprunter quelque chose sans jamais le rendre ! Ma réalité quotidienne, c’est ce monde de conflits permanent, cet ennui, cette grisaille, avec parfois quelques bons moments, une sorte de répit dans la lutte quotidienne. Ma réalité, c’est l’angoisse de parvenir à boucler mes fins de mois, de recevoir encore des factures imprévue, c’est d’appréhender la situation de mon fils, de ma fille en étudiants, c’est de m’inquiéter pour leur avenir. (...) Cette réalité est très humaine, et cette représentation de la réalité est tellement conflictuelle, violente, cruelle, que le sens commun adjoint souvent au mot réalité un qualificatif : la dure réalité du monde.
Nous allons donner un nom à cette réalité, nous l’appellerons réalité empirique, ce qui souligne qu’elle est posée au niveau de la sensation, mais surtout à travers une d’opposition brutale entre le sujet et l’objet, entre moi est le choses contre lesquelles je bute, contre moi et les personnes contre lesquelles je bute aussi, contre tout ce qui est dans l’ordre de ces faits massifs qu’il faut affronter, et devant lesquels je dois finalement m’incliner. Il y a un implicite dans la représentation de la réalité dans l’attitude naturelle. « Que voulez-vous mon bon monsieur, c’est comme çà ! C’est la réalité et on n’y peut rien ». On ne fait que subir cette réalité. La réalité, c’est oppressant par nature. (...) En tout cas, le mot même de réalité, prononcé dans l’opinion n’a pas du tout de connotation positive, c’est plutôt un constat accablant. Il implique aussi une conception du sens de la vie qui est d’un impayable conformisme : à en croire tous ces gens qui se disent « réalistes », tout ce qui compte, c’est de « s’intégrer » à la société, de mettre en place chacun comme une brique dans un mur (like a brick in the wall, Pink Floyd ! ). (...)
Nous pensons que la réalité va de soi. Comme si l’ensemble des choses qui ont une existence objective, l’ensemble de tout ce qui peut faire l’objet d’une constatation ne faisait jamais intervenir notre propre subjectivité. Mais à y regarder de près, « chose », « existence objective », « constatation », tout cela n’existe que dans la conscience que j’en prends. (...) Ce que nous appelons réel est le résultat d’un consensus présent dans la conscience collective. C'est ce consensus que l'on appelle notre réalité empirique. Au Moyen-Age, en Occident, il paraissait réaliste de penser que la Terre était plate, que les moustiques pouvaient apparaître par génération spontanée de l’eau croupie. Dans les temps modernes, il est réaliste d’admettre que la terre est ronde, de penser qu’il n’y a pas de génération spontanée d’organismes. Ce que nous appelons réel est déterminé par le savoir admis, les paradigmes reçus. (...)
Pour échapper à une réalité bien trop décevante, on se tourne vers une représentation qui relève du fantasme. C’est un peu comme si, par le biais de l’art, nous cherchions à réintroduire le monde du rêve dans l’état de veille. D’où l’idée que l’art est là pour transporter le spectateur dans un autre monde, un monde qui n’est pas le monde réel, mais un monde irréel, tissé par le désir. (...) Nous n’avons aucun mal à regarder l’art comme une évasion : toute notre culture de la consommation nous y encourage en permanence, elle qui exalte les fuites exotiques, les extases psychédéliques, les évasions romantiques, les sublimes délires de la science-fiction… contre la laideur grise de la réalité dans laquelle nous vivons d’ordinaire. Nous avons besoin d’un au-delà de la vie pour nous faire oublier la vie. (...) L’art engagé en ce sens, procède exactement à l’inverse de la recherche d’une fuite, d’un exercice parfois désespéré de lucidité. Picasso n’a assurément pas peint Guernica pour proposer une sorte d’évasion, mais pour faire exploser sur la toile la violence de la guerre civile en Espagne. (...) Il y a heureusement des esprits assez perspicaces pour avoir compris que l’art, loin d’être le véhicule de la fuite, pouvait être ce pas de danse qui nous emporte et nous ramène au sein du Réel. Là où nous sommes. Au sein de la Vie, de sa Joie d’être et de ses souffrances, de son éternel jeu avec elle-même et son expérience pathétique.
Dépayser les lieux communs.
Remettre du sens et de l'éthique dans les pratiques au quotidien.
"Socrate, un philosophe au secours de l'entreprise" - Damien Goy (Maxima)
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Mise à jour du 5 jan. 2012
On pourrait engager un débat sur cette deuxième responsabilité : ça veut dire quoi , dans l'entreprise moderne, "dire merci" ?
Donner des primes ? faire des discours ? il y a autant d'ambiguïté dans ce terme que dans le premier...
J'espère que le philosophe nous trouvera des références intéressantes sur le sujet...
j'y réfléchis moi-même.
http://gillesmartin.blogs.com/zone_franche/2007/06/ici-matelot-jon.html
Comme Michel Foucault l'a montré dans "les mots et les choses" ; la perception de la réalité est différente selon le système dans lequel on la voit.
Un exemple simple : si je connais la grande ourse, je la vois. Sinon je ne la vois pas parmi les étoiles du ciel.
Si le manager est dans son propre système, en rupture avec les systèmes de ses collaborateurs, il ne parviendra pas à définir la réalité auprès d'eux.
Les valeurs de cohésion et d'une identité collective, absentes de la citation (en dehors du remerciement quand tout est fini), me semblent essentielles à l'exercice du management.